‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 43 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

",l I.A CHINE ET LES PUISSANCES CHRf.TlENNES.

Il n'y a ni avorats ni notaires. C.liacun plaide pour sui-nicine. NaluiH^lk'inent cclni cjui n'a pas la connais-j; sancc pratiiiuo des bureaux se procure les conseils et' l'aide d'un lettré.

Dans les procès criminels l'accusé écoute les déposi-j lions des témoins: les réponses ou observations qu'il fait constituent sa défense. Il peut se présenter au tribunal accompagné d'un parent ou d'un amiau(iuel il est permis de parler.

Quelques riches propriétaires ou négociants payent au gouvernement une somme assez considérable pour obtenir le rang de mandarin et le droit de porter les boules d'uniforme dont nous avons parlé ; mais cela leur donne seulement cet avantage que, s'ils viennent à avoir affaire a la justice, ils ne peuvent être jugés que par un mandarin d'un bouton supérieur. J'ai connu à Chang-ha'i ur jeune propriétaire qui avait un bouton bleu transparent ,on disait qu'il l'avait payé plus de 600,000 francs ; mais i ne jouissait pas d'une grande considération, et quand oi le nommait on disait : monsieur Lou, comme on aurait di d'un particulier quelconque, et l'on ne disait pas: \&sei rjneur Lou ou le grand seigneur Lou^ comme on l'aurai dit d'un véritable mandarin de son rang.

La manière de donner l'argent en pareille circonstanc consiste à souscrire volontairement pour la constructio: de quelques travaux d'utilité publique, ou pour subveni aux dépenses de la guerre, quoique la somme se règl d'avance et qu'il y ait une espèce de tarif établi.

Dans ces dernières années, on a acheté ces honneur pour très-peu de chose, par suite des désastreuses circor stances toutes spéciales qui ont accablé le gouvernemen

On obtient aussi par le même moyen sus-mentionné è véritables emplois, ce qui entraîne de grands inconvi nients, parce que celui qui a payé une forte somme dar ce but doit bientôt la rattraper sur le pays où il con mande. Les deux censeurs qui, en 1822, firent des repr

SYSTKMK \l>MIMSTH\Tir Hi; l.\ (IIIINL. ".:.

scntalioiis ii rcinprroiii' coiilic cet abus, disaient (iiic iiail'argonl on avait vu arriver a la ilii^Miilc de luaiidaiiii des prêtres (bonzes) etdcs voUîurs de grand cbeinin ; qu'il y avait plus de 5,000 tsinz et plus de 27.000 laijins qui jutlendaient des places, et (jue quohiues-uns d'entre ou\ avaient obl(>nu leurs grades depuis plus de trenli; ans. Kn elVet, celte prali(iue produit des résultats funestes, et a miilribué probablement à l'état d'anarchie où se trouve aujourd'liui cet rnii)ire. N'oublions pas cependant que celui qui entre dans le service public en donnant une forte somme appartient à une famille riche, et ne rabaisse pas toujours la hauteur aristocratique du corps des employés.

Cette aristocratie, nous l'avons dit, est beaucoup plus hautaine et pointilleuse que celle d'Europe; mais il faut observer qu'elle est ouverte au peuple. 11 y a peu d'années que l'on vit un .y^n-^o (vice-roi de deux ou trois provinces) qui était iils d'un portefaix.

En Chine le gouvernement est toujours, et sans exceplion, entre les mains des employés civils; les ofïiciers et chefs militaires n'ont d'autorité que sur leurs inférieurs |3t sur les soldats. Les troupes sont généralement cantonnées loin des grandes villes, et elles accourent seulement luand elles sont appelées par le mandarin civil du pays ioù elles sont. Dans aucune des villes de la Chine où je suis juié je n'ai vu de soldats, pas même aux portes de la ville ai au palais du gouverneur. Quand un mandarin sort ians les rues, il est escorté de bourreaux et de gens irmés de haches et de lances de différentes formes; mais

i outes ces armes sont de bois peint et doré. Il est dans

i.m palanquin, porté par quatre ou six hommes, et suivi

le différents secrétaires ou commis, portés aussi en pa-

anquin.

Devanttoutecette escorte marche un homme portant une

;rande plaque de cuivre ronde et concave, et avec un mail-

• t il frappe de temps en temps cinq coups, ou sept, ou

nouf, etc., iii(li(inant ainsi lo rant; du iiiaiidaiiii. Le peuple ne le voit jamais que dans cet a])paieil on dans son salon olliciei d'audienco.niiaiid il passe dans nne rue, ceux qui sont assis se lèvent, ceux (jui niai-ehent on travaillent s'arr.Hent et osentà peine loregarder.Kn un mot, il impose sans comparaison plus de respect qu'un souverain d'Europe. S'il arrivait à un mandarin de paraître seul et à pied dans les rues, on croirait assurément qu'il a perdu la raison.

11 est vrai que les employés du gouvernement ne sont pas, à beaucoup près, aussi nombreux qu'en Europe. 11 y a, par exemple, un {gouverneur, ou un magistrat, ou un trésorier; et celui-ci a besoin do commis, mais il se les procure, les paye et les renvoie comme il lui convient ou comme il lui plaît. Et voilii pourquoi il n'y a pas de mandarin, si peu élevé qu'il soit, qui ne reçoive légalement au moins 5 ou 6,000 francs par an, ce qui représente plus de 20 ou 25,000 francs à Paris. Le gouverneur d'une seule province ne louche pas légalement moins de 300,000 francs, et chacun des huit *Mn-foj (chefs de deux ou trois provinces) 500,000 francs.

11 y a aussi une grande centralisation dans les différentes branches de l'adaiinistration, a laquelle contribue le défaut de carrières civiles spéciales; de manière que tel qui est aujourd'hui magistrat est le lendemain percepteur, un autre jour directeur de quelque travail public, ou tout cela en même temps. Par exemple, k Changhaï et à Ning-po, où se trouvent des douanes importantes, il n'y a aucun employé salarié du trésor impérial pour la douane. Le tautai lui-même, autrement dit gouverneur du département, en est le chef.

Dans toute la ville de Chang-hai, qui renferme plus de 300,000 âmes, et est l'un des ports ouverts aux étrangers, il n'y avait a l'époque où je la visitai que le tautai et deux autres mandarins; il est vrai qu'ils occupaient des employés particuliers dont le nombre montait peut-être à deux ou trois cents.

Page 1