‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 48 sur 65 · II · texte numérisé non relu

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370 LA Cm.Nt: ET LES PULSSANCES CHRÉTIENNES.

lui-diateint'iit, et se mit h peindre la spacieuse et jolU maison dudit seiyneur, eu tirant parti de cet expédient, — Tout le monde aurait cru que ce mode d'ornementation allait cire adopté par les autres peintres, mais ce fut tout le contraire qui arriva. L'innovateur ayant été accusé pa^ devant les chefs de sa corporation (chaque art ou métiei ayant la sienne avec ses règlements], fut contraint de détruire tout ce qu'il avait commencé et à rétablir les cliosos suivant le mode de peinture antérieurement usité. L'atl'aire se termina par un repas payé par lui à tous ceux de sa profession : conclusion qu'il regarda comme très-hourcuse.

Tel est donc le résultat des maximes de Confucius. C'est a cet homme extraordinaire qu'on doit, sans aucun doute , qu'un si vaste empire se soit maintenu compacte et sur pied jusqu'à nos jours, mais c'est aussi jusqu'à lui qu'il faut faire remonter la cause des obstacles qui s'opposent à ce que ce pays se régénère et parvienne à jouir des bienfaits de la civilisation moderne.

Il ne manquera pas de gens qui, aujourd'hui même, soutiendront qu'il vaudrait mieux pour les habitants de la Chine qu'ils ignorassent ce qui se passe dans les autres parties du monde, qu'ils s'en tinssent pour vivre à leurs propres ressources, et qu'ils conservassent autant que possible le mode de vie le plus conforme à celui des époques patriarcales de Yao et de Chun, au lieu, d'avoir des bateaux à vapeur, des chemins de fer, des télégraphes électriques, et les sciences et les machines européennes. Peut-être serait-ce mieux pour eux. Je ne veux pas le nier ; mais se rencontrera-t-il quelqu'un qui croie que ce soit possible?

Je pense que le lecteur aura compris de reste le motif par lequel la Chine, si elle a été précoce, est demeurée stationnaire. 11 ne lui sera pas plus difficile de se rendre compte du mépris qu'inspirent dans cet empire les

INFLUENCE DE CUNFUCIUS. 371

onînier(;anli> en général et les Européens en parliculiei'. Les négocianis indigènes sont considérés comme parmi lOUS relaient il n'y a pas encore lon^ilcnips Irs usnrit'is, t comme aujonid Inii le sont les boutiquiers. KuEuiopc oéme nous n'avons pas été exempts de ces idées erroées. On rapporte que le grand Napoléon appelait les ommerçants : le br'njanda'je organisé.

En ce qui regarde les étrang(îrs, les circonstances sont lus détavorables. Tous les Chinois sont tenus, comme e l'ai dit, d'honorer les tombes de leurs pères et de leurs ïeux. A cet ell'ot, les lois défendent aux citoyens de hanger de domicile et, bien plus, de sortir du pays, ibandonner les ossements de ses pères est une des choses es plus déshonnètes qui se puissent faire en Chine. — Il stvrai que, malgré tout, la surabondance de population ontraint un très-grand nombre d'habitants d'émigrer, et (ue le gouvernemenr, fatigué de couper des tètes de pirates t de larrons, tolère l'émigration. Mais il n'est point sorti le Chine, que l'on sache, pour passer a l'étranger, un Ihinois ayant un titre universitaire, pas même celui de iut-sai.

Ceux qui émigrent appartiennent a la classe la plus ibjecte. Il n'emportent pas avec eux d'autre équipement [ue les haillons qui les couvrent. Ils se mettent dans une )arquc de transport pour Manille, Singapor, etc. A leur irrivée la, se présente à boi*d quelqu'un d'entre les ChilOis établis dans le pays, qui paye alors le montant du )rix de passage dun ou de plusieurs des nouveaux renus; ceux-ci s'engagent a le servir, pour tout ce qu'il eur commandera, durant deux ou trois années, en change seulement de la nourriture.

Telle est la classe de Chinois qui sortent de leur patrie )Our chercher fortune.

Après cela, comment voudrait-on qu'un disciple de lonfucius pût voir un homme respectable dans un Anglais ou un Français qui entreprend de naviguer, rien

nittins que do l'Ocôan jusque vers les bmiclios du Yan se-kiang, dans le but de tirer de Vargent des Chinois J

Volnoy a dit que les nuisuhuans ne se civilisoront poio aussi longliMiips qu'ils n'auront pas abjuré la loi d Coran. — On peut observer la même cliose relativcnien aux Cliinois et a leur Confucius. Ileurcusomcnt ici il n'. a pas do projugos roligioux qui s'opposent à la révolutiO: d'idées qu'il est nécessaire d'opérer.

Ce que nous avons dit touchant les vues politiques d Conluciuset de son influence sur la nation chinoise, ex pliqiie eiiforo l'état arriéré où elle se trouve rclativemen il 1 art militaire. On n'y a jamais accordé de l'iniportanc aux talents guerriers; on n'y a point travaillé au perfec tiouncniont des armes et des navires de guerre; les offi c.icrs et les généraux reçoivent de faibles rétributions c ne jouent qu'un rôle secondaire prés des employés civils qui, eux, exercent seuls le commandement. Si l'on com pare les armes que fabriquent les Chinois à presque tou les autres produits industriels, on est frappé infaillible ment de leur grande infériorité, et il faut reconnaîtr alors que cet effet doit avoir sa cause. Il n'en a poin d'autre que l'horreur que les Chinois ont pour la guerre Confucius a tout fait pour exalter les bienfaits de 1 paix.

En terminant ces considérations sur Confucius, etafi: que personne ne soit tenté de mépriser le peuple qui pour lui une vénération si grande, je donne copie de principes de sagesse qui vont suivre. ,

Il raconte iConfucius) qu'il les trouva gravés au do d'une statue d'or dont les lèvres étaient traversées e jointes par trois aiguilles. Cette statue, qu'il vit dansl sépulcre d'un ancien souverain chinois, devait av-oirét faite onze cents ans avant Jésus-Christ. Mais on con naît la propension qu'avait le philosophe chinois àcorro borer ses principes par l'autorité de l'ancienneté, et il e.« permis de soupçonner que ces maximes, en tout ou ei

JNFLL'ENCE DE CÛM'IICICS. 5-.-

partie, sont bien plutôt siennes qu'elles n appuitiennent à la statue :

« Anciennement les hommes étaient très-cirronspocts dans leurs discours : il faut les imiter. Ne parlez pas trop, car lorsqu'on parle beaucoup on dit presque toujours quehiue chose qu'il ne faudrait pas dire.

« Ne vous chargez pas de trop d'aflaires ; beaucoup d affaires entraînent avec elles beaucoup de chagrins, ou tout au moins de soucis sans nombre. Ne vous embarrassez que de celles qui sont de votre devoir.

a Ne cherchez pas à vous piocurer trop de joie, ni une trop grande tranquillité; la recherche que vous en feriez est elle-même une peine et un obstacle au repos.

« Gardez-vous de jamais rien faire dont lot ou tard vous puissiez avoir sujet de vous repentir.

«Ne négligez pas de remédier au mal, quelque petit qu'il vous paraisse; un petit mal négligé s'accroît peu à peu, et devient très-grand.

« En parlant ou en agissant, ne pensez pas, quoique vous soyez seul, que vous n'êtes ni vu ni entendu : les esprits sont témoins de tout.

0 C'est ressembler a des brigands que de ha'ir ses maîtres légitimes; c'est se mettre au niveau de la ville populace que de murmurer contre ceux qui gouvernent justement, On ne résiste au souverain que lorsqu'il exige trop; on lui obéit sans peine lorsqu'il se contente de peu.

« Les hommes du commun, et même le commun des hommes, ne sont pas des premiers a faire ce qui ne s'est pas encore fait, ni à former des projets pour une entreprise; ils ne font que ce qu'ils voient faire : il leur faut des modèles. En voyant souvent des hommes circonspects et respectueux, des hommes vertueux et instruits, ils deviendront eux-mêmes tels, et seront à leur tour imités ■par d'aulres.

« J'ai la bouche fermée, je ne puis parler; c'est en vain qu'on me proposerait des doutes, je ne les jésoudrais point.

^( Le riel n'u point de parents; il traite également tous les hommes. »

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