‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 15 sur 71 · DES MOEURS ET USAGES DE LA CHINE · texte numérisé non relu

DES MOEURS ET USAGES DE LA CHINE

blancs ; quelques-uns portent une bande blanche de toile sur la tète. On loue des pleureuses qui crient tout le long de la route, de concert avec les personnes de la famille. La veuve et les fils doivent paraître très-affectés, et parfois ils se font supporter par des amis. Un des principaux objets, de la procession est une chaise à porteurs renfermant les tablettes des aïeux. On porte également des porcs rôtis, des volailles et autres viandes, des bannières et autres objets saillants, sans compter une ou plusieurs musiques. On fiiit des libations en route, et Ton tire des pétards. L'un des conducteurs du deuil précède la procession en jetant à droite et h gauche du papier doré, figurant de l'argent, pour gagner le bon vouloir des esprits qui pourraient se trouver sur le passage.

Arrivés à la fosse déjà préparée, on y dépose la bière après avoir fait de nouvelles prosternations et des libations, br&lë dès pétards et des papiers dorés façonnés ou peints, avec des vêtements et des meubles, des chaises à porteurs, des chevaux et d'autres objets qui peuvent être agréables k l'esprit du mort dans le pays des ombres. La musique joue.

La fosse étant recouverte, la procession retotirne à la maison a^ec les tablettes des ancêtres et les viandes du sacrifice. Les premières sont déposées dans la chambre habituelle, et Ton fait un repas avec les viandes, dont les restes sont disMbués aux mendiants.

Il n'y a pas dans ce pays des cimetières clos comme en Europe, et l'on n'enterre point dans les cours des temples ni dans rintérieur des villes. Les tombeaux sont toujours dans les environs des villes et parsemés de manière à laisser le passage libre.

La forme en est très-variée, mais on n'aperçoit point d'urnes funéraires, les cadavres étant toujours enterrés sous terre. On place a la partie supérieure du cercueil une pierre oblongue perpendiculaire qui porte une inscription indiquant le jour du décès, le nom, Tâge et les

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titres du défunt Ce n'est qae par exception qu'on y

ijoute autre chose.

Sur les tombeaux des grands mandarias, ou voit des chèvres en pierre, des chevaux sellés, des guerriers, des colonnes et même des arcs de triomphe ; mais pour ài^

corer un tombeau avec ces honneurs posthumes, il faut Tautorisatiou du gouvernement. Souvent ils sont décernés et payés par le gouvernement lui-même, quand le défunt a rendu de grands services k rÉtat.

M. Fortune parle d un tombeau qu il vit près de Suug* kiang-fott construit sur une colline ; on y arrivait par une voftte taillée dans le roc, garnie à droite et k gauche de statues, de chèvres, chiens, chats, chevaux sellés et bridés et enûu deux prêtres (c'étaient peut-être deux gueiw riers) gigantesques.

Souvent les familles dépensent des sommes énormes pour ces funérailles. Seule la bière coûte quelquefois 500 fr. et même 5,000 et 10,000 fr. Les bouddhistes donnent fréquemment de fortes sommes aux hanses pour qulls disent leur espèce de messe, et de larges aumônes sont distribuées.

C'est pour les chefs de famille qu'on célèbre les céré»

monies que je viens d enumércr ; quant aux personnes no{i mariées et les concubines ou les esclaves, oa les met tout simplement dans une bière et on les ensevelit dans le tombeau de la famille sans fiûre d'invitations.

Les pauvres portent souvent leurs morts dans une bière grossière enveloppée d'une natte, qu'ils déposent dans un champ en attendant qu'ils puissent réunir l'argént nécessaire pour célébrer les funérailles, ce qui le plus souvent n arrive jamais, et la biè;re linit par s'ouvrir ; en voici deux que j*ai dessinées moi-même d'après nature.

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Dans toutes les grandes villes il y. a des sociétés phi->

lanthropiques composées de personnes bienfaisantes qui souscrivent les fonds nécessaires afin d'acheter des cercueils pour les pauvres et les enterrer. Le gouvernement • se charge quelquefois de cette bonne œuvre dans des temps de calamité. Près de la ville de Canton, il existe de grands édiliccs où Ton dépose les cadavres des pauvres. Les Anglais, pendant la guerre de 4S4i, en ouvrirent un, I ce qui indigna beaucoup les indigènes.

L'enterrement d'un mort et la conservation indéfinie du tombeau est une affaire des plus sérieuses. Dans Téchelle dès délits et des œuvres méritoires que leurs moralistes ont arrangée , la profanation d'un tombeau est le plus grand crime, et au contraire Tinhumation d'un corps

abandouné est Taciion la plus digne d éloge et de récompênse.

On cite des fils qui se sont vendus comme esclaves temporaires ou a vie, afin de se procurer l'argent nécessaire pour enterrer leur père ou leur mère. Le désir d*avoir des enftnts est surtout pour qu'ils prennent soin des toni- ' beaux; et quand on n'en a pas, on en achète et on les i adopte dans ce but La comédie Khan''Uienrnau(r Avare), ' dont Je ferai l'analyse quand je parlerai du théâtre, prè- | sente un harpagon qui fait un vacarme pour un liard, et pourtant il achète un enfant qu'il adopte.

Pendant les années 1848 à 1850 le gouverneur de Macao. | Amaral, fit déterrer des cadavres qui avaient été enseveli? k des époques antérieures dans des terrains enclavés en | dedans de la limite qui sépare cet établissement portugais du territoire chinois. Les indigènes en furent si irrités ! qu'ils jurèrent vengeance ; et en effet ils l'assassinèrent 1 puis lui coupèrent la main et la tète qu'ils emportèrent. ;

Après l'enterrement, on prend une planche mince 4e bois d'un mètre à peu près de hauteur et trente centimètres de largeur. On y grave en lettres dorées le nonit Fftge, le titre et la date du décès du personnage ; fixée i perpendiculairement sur un bloc ou pied, on la place dans le salon appelé des ancêtres.

Chez les fiunilles riches, il existe à cet effet un petit édifice contigu à la demeure de la famille ; le plus ^ou vent c'est une chambre qui est destinée a ce service I comme une chapelle; et quand la maison est trop petite, on a seulement un autel, dans une chambre qui sert en même temps a d'autres usages. |

L'autel du salon des ancêtres contient des degrés ou échelons, et sur chacun d'eux sont placées les tablettes des aïeux de la même génération. On y brûle constamment des bâtons d'encens dont la valeur, dans ce pays, est très-minime.

Souvent aussi on suspend, dans le salon des ancêtres,

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leurs portraits peints en pied, quoique sur une petite échelle ; maib on u en fait ni les statues ni les bustes.

Des personnages de riches familles préparent frèquem*» ment eux-mêmes leurs bières, alors qu'ils jouissent d'une très-bonne santé. Dans ce cas, les bières sont placées dans ce salon, où Ton entre tous les jours pour renouveler les bâtons d*encens.

Il ne manque pas non plus de familles pauvres qui ont chez elles les bières préparées pendant la vie des maîtres de la maison. M. Scarth raconte qu'il en aperçut une dans une chaumière ; et ayant demandé k un gan^on qui se trouvait la quel était l'objet de cette bière, le garçon lui montra de Tindex sa vieille gmnd'mère qui était assise au fond de la chaumière, en lui indiquant que c'était pour elle.

Parfois des personnes absentes de leur pays viennent a perdre un parent ou un ami, et elles en gardent chez

elles le cadavre jusqu a leur retour (retardé quelquefois de plusieurs années), atin de l'emporter avec elles. M. Scarth dit que dans ces dernières années un navire est arrivé en Chine venant de Californie , chargé de cadavres des éniigranls, qui vont par milliers chercher de For dans les mines de cette contrée. Les parents des décédés ont cru devoir ramener ces restes mortels pour les enterrer près de leurs familles. Au mois de février 1860, il y avait à San-Francisco de Californie un navire prêt à partir pour la Chine avec cinq cents et quelques cadavres embaumes.

Une veuve doit pleurer toute la journée, le jour anniversaire de la mort de son mari.

Le deuil pour les père, mère, ou mari, dure vingt-sept mois, bien que des personnes pieuses le portent pendant trois ans. Les plus proches parents ne doivent ni se raser ni faire de toilette pendant trente jours après le décès. Quant aux vêtements, la couleur du grand deuil est le blanc; mais, le jour de Tenterrement passé, on

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porte le demi-deuil, qui consiste à mettre des souliers bleu8 et à s'attacher les cheveux avec un cordon bleu au lieu d*un cordon rouge. Quelques personnes mettent aussi des souliers blancs.

Lorsque lïmpératrice meurt, les mandarins ôtent le globule officiel de leurs bonnets, font usage d'encre bleue pour apposer les sceaux sur les documents qu'ils signent, et ne peuvent se raser la tète pendant cent jours ; pour les autres individus de la nation, ce deuil dure un mois. Quand 'Fempereur meurt, le peuple entier laisse croître ses cheveux pendant cent jours; les théâtres sont défendus, et les mariages ajournés.

Du 5 au 10 avril une fête funèbre en Thonneur des ancêtres est célébrée dans tout l'empire. En quelques coii* Irées, on voit dans cette circonstance une grande profusion de branches de saule. On en orne les portes des maisons , on en met au cou et aux cheveux , on les porte dans la main. Chaque famille fait bien balayer le tombeau où sont ensevelis ses aïeux. Hommes, femmes et enfants sV rendent gravement en faisant porter avec eux des liqueurs pour les libations, des viandes pour le sacrifice, des bâtons d'encens, du papier doré et des maisons, chevaux, tables, etc., en papier, pour brûler. On se prosterne k plusieurs reprises, et Ton récite des prières. Voici la traduction d une de ces prières, traduites par M. S. W. Williams :

« Moi, Lin Kouang, second tils de la troisième ^eneraîion, j'ose venir devant la tombe de mon ancêtre , Lin Koung. Le cours des ans a ramené la saison du printemps. Nourrissant des sentiments de vénération, je lève les yeux et balaye votre tombe. Prosterné, je vous prie de venir et d'être présent, et d'accorder à vos descendants qu'ils soient heureux et illustres; en cette saison des pluies fécondantes et des douces brises, je désire récompenser la source de mon existence et faire sincèrement

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