MOEURS £T USAGES D£ LA CHLNX
tl
des efforts pour le mieux. Âccordez-moi toujours Totre sûre protection. Ma confiance est dans votre esprit divin.
Avec révérence, je présente le quintuple sacrifice d'un cochon, d'une poule, d'un canard, d'une oie et d'un poisson, comme aussi une offrande de cinq assiettes de fruits avec des libations de liqueurs spîritueuses, vous suppliant instamment de > venir les voir. Avec le plus profond respect cette annonce est envoyée en haut. »
Ce furent ces adorations aux ancêtres qui çugendrèrent les fameuses polémiques religieuses des anciens missionnaires jésuites et dominicains. Les jésuites étaient ai^ rivés les premiers dans le pays : ils avaient compris 1 importance que les indigènes attachent à ce respect pour les morts, et ils pensèrent que toute religion qui interdirait ces cérémonies gagnerait diûicilement des prosélytes. En conséquence , ils ne les déclarèrent pas incompatibles avec la foi chrétienne; il en résultait qu'un grand nombre de Cbinois, même des rangs les plus éle> es, embrassaient le catholicisme. Mais vinrent les moines, qui se révoltèrent en voyant les adorations, et les interdirent aux chrétiens. Le saint-père donna en dernier lieu raison aux dominicains et franciscains contre les jésuites. Toutefois, cette polémique orageuse ayant duré longtemps, les Chinois purent dire aux missionnaires : « Vous « nous assurez que vous venez nous prêcher la vérité, et « vous n'êtes pas d'accord vous-mêmes I » Ces disputes scandaleuses contribuèrent beaucoup k l'expulsion de tous les missionnaires.
Les Chinois s'attristent à Tidée de ne pas laisser des descendants qui aient soin de leurs tombeaux et qui aillent rendre à leurs cendres ces honneurs funèbres annuels. Ainsi, rindigène croqué dans la gravure qu'on vient de voir était un lettré distingué; il se promenait avec moi quand nous rencontrâmes les cercueils, qui s'y trouvent tracés, fendus par le temps et les broussailles. Il
fut gravemènt affécté k cet aspect, et se mit k jeter des lamentations sur le sort malheureux de Tindividu ainsi abandonné. D'abord ses exclamations me parurent drôles, et elles me donnèrent envie de rire, mais bientôt je le vis si contristé que j'en fus touché; je pris la chose au sérieux; je cherchai à l'éloigner de là, et changeai le sujet de notre conversation.
Ce sentiment m'a paru si étrange, qu*il m'a fait réfléchir pour en trouver la cause. Je ne Texpliquc, jusqu'à un certain point, qu'en le comparant à notre désir de gloire posthume. Combien de citations ne pourrionsnous faire de personnes qui ont sacrifié leur fortune et leur vie à ce sentiment d'une renommée dans la postérité 1 Combien d'écrivains et de poètes ont supporté avec résignation les plus grandes misères, consolés par l'espoir de leur gloire éternelle! Ao;i moriar! disait avec orgueil Horace, jê me suis élevé ^ avec mes vers, des monu^ menti plus durables que le marbre et le bronze. Il avait raison, sans doute; mais de quelle utilité fut pour lui, tant qu'il vécut, ce renom dont il a joui pendant des siècles et dont il jouira encore? Cette renommée posthume n'est-elle pas une illusion des plus complètes, uu préjugé des plus absurdes? Vaut-elle la peine d'incendier le temple d Ëphèsc et de subir un horrible supplice ("^j? £t pourtant, qui de nous est libre de cette illusion, de ce préjugé? Il a beaucoup de rapport (si ce n'est la^iième chose) avec le préjugé chinois fondé sur l'adoration posthume des descendants.
n Ërostrate» brûlant du désir de rendre son nom immortel, mît
le feu aa célèbre templo d'ÉphèâC. Il fut condamné à un supplice ailroux, et défense fut fuite de prouoncer son nom.
D£S MÛËIURS £T USAGES D£ LA CUl^E. U