DIVORCES, VEUVAGES
'i Les pères et les mères, dit l'abbé Grosier {*}, et à leur défaut les aïeules, ou enûn les plus proches parents du côté paternel, et ensuite ceux du côté maternel, jouissent d'une autorité absolue pour régler les mariages des enfants.
« Rien n*est plus ordinaire, parmi les Chinois riches et d*un rang distingué, que d'arrêter les articles d'un mariage, longtemps avant que les parties soient en âge de
(*) Description générale de la Chine^ rédigée d'aprèa les Mémoire» de la mlMion de Pékin.
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4i LA CHINE ÉT LES PUfiSSÂNCES CHRÉTIENNES.
le contracter; souvent même on en convient avant que les Aiturs époux soient nés. Deux amis se promettent
très-sérieusement et avec solennité d'unir par le mariage les enfants qui naîtront d'eux, slls sont d'un sexe différent, et la cérémonie qui sanctionne cette promesse consiste a déchirer, Tun et l'autre, leur tunique et a s'en ^ donner réciproquement une partie, »
Lés mariages s'arrangent par des entremetteuses, trèshonorées dans le pa^s. 11 y a aussi des entremetteurs. Deux jeunes personnes ayant le même nom de famille ne peuvent pas se marier; or, comme il n*y a en Chine qu'une centaine de noms différents, cette loi empêche énormément de mariages qui se feraient sans elle.
Uné tradition veut que ce peuple colossal ait été fondé par une colonie de cent familles venues du nord-ouest; en conséquence les descendants de ces familles se considèrent tous parents. Voilà pourquoi un homme et une femme qui portent le même nom ne peuvent pas se marier.
Les entremetteuses informent les parents des deux
familles des circonstances relatives aux deux jeunes gens qu'on désire unir, et fixent d'un commun accord les conditions du contrat. L'article le plus important est la somme que le fiancé doit donner au père de sa future, car la femme ne reçoit jamais de dot ; c'est son prétendu qui la lui fait. La somme, pourtant, n'est ni pour elle ni pour ses enfants; elle est perçue des' mains des entremetteuses par les parents de la fiancée, et il est censé qu'elle sera destinée à couvrir les frais que le mariage occasionne.
Aussitôt que le contrat de mariage est signé, on change la coiffure de la fiancée, qui a porté jusqu'ici les cheveux à Tenfant. On fait part aux amis de l'heureux événement,
et ceci est le mot d'ordre pour que chacun envoie un léger cadeau à la fiancée. On prend note de ces présents.
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pour en rendre de pareils quand il y aura un mariage dans la famille dont on reçoit maintenant les politesses.
Du moment que les fiançailles sont publiées, la jeune femme commence une vie de grande réserve; elle ne sort pas de chez elle, et si elle y est obligée, c*est dans une chaise k porteurs hermétiquement fermée.
Les entremetteuses, lors deTarrangement du mariage, ne manquent pas de tirer l'horoscope pour examiner si, dans les jours de naissance et autres circonstances des deux jeunes personnes, il n'y a pas d'incompatibilité, et ai l'on peut s'attendre au contraire à une heureuse réus* site. On tire aussi les horoscopes afin de choisir un jour qui ne soit pas néfaste, pour célébrer le mariage. La désignation de ce jour appartient k la famille de la fiancée.
La veille on lui coupe les cheveux de devant pour lui élargir le front, et on la revêt de ses habits de noce ; tous les parents et amis intimes sont invités a dîner, et elle est à la tète de la table. Cette fête est un adieu k sa famille.
Depuis les fiançailles jusqu'au jour du mariage, les deux familles des jeunes époux se font des politesses et des visites ; mais les fiancés ne se voient pas du tout; ils peuvent seulement s'envoyer des billets et des messages par la médiation des parents ou des entremetteuses. Celles-ci aiment k ajourner autant que possible le jour de la cértadonie, pour rendre ces espèces de services.
Il n'y a ni jours nî époques spéciales pôur les mariages, mais on donne la préférence au printemps. 11 en est de même pour l'heure : on aime assez k se marier le soir, mais on le fait aussi pendant la journée, et quelquefois de bon malin.
Outre la somme d'argent que le futur paye aux parents de sa fiancée, il lui envoie, quand le jour approche, un cadeau selon ses moyens et autres considérations; ce sont des bijoux, des soieries, de l'argent, des fruits, des douceurs, etc.
Enfin le moment arrive ; répoux envoie l'un de ses pa-
rente avec une chaise k porteurs toute dorée (louée pour
la circonstance) chez sa fiancée. Celle-ci a été parée de ses plus beaux vêtements et de tous ses byoux ; ceux-ci sont quelqQefois prêtés ou loués. Elle a presque toujours sur la tète une espèce de couronne en métal et beaucoup de fleurs. Cet ornement semble lourd et ennuyeux à | porter.
Quand la chaise arrive, tous les parents se mettent à ^ pleurer à qui mieux mieux. La fiancée fait de même, puis elle se sauve et se cache dans sa chambre. Les frères sont obligés de la saisir et presque de la porter j usque dans la chaise, où elle est renfermée. La clef en est donnée k celui qui a conduit la chaise, pour qu'il la remette au mari.
Une procession a été organisée; il y a des bannières, des hommes portant des lanternes, des bandes jouant de la musique, des hommes ou des enfante qui brûlent des pétards, des porteurs qui sont chargés de plusieurs caisses et malles contenant le trousseau et tous les effete de la fiancée, sans en excepter quelquefois les ustensiles culinaires. '
J'ai dit que les parents ne donnent pas de dot a leur fille, mais cela ne les empêche pas de lui donner, selon leur bon plaisir et leurs moyens, des bijoux, des robes, des douzaines de chemises, des draps de lit, etc. Souvent même ils font k cette occasion plus de dépenses que leur fortune ne le permet
La procession, qui est d*ordinaire assez longue, une fois en marche, la chaise dorée vient en dernier lieu, indispensablement entourée des entremetteuses.
En arrivant chez le fiancé, celui-ci doit attendre k la porte pour ouvrir la chaise et recevoir sa dame. Mais quelquefois, au lieu de venir en avant, il se sauve et va se cacher dans un coin de la maison, et il faut aller le dénicher et l'emmener devant sa fiancée qui est à attendre dans la cour, enfermée dans sa belle cage.