DES MC^URS ET USAGES DE LA CHINE
Aa contraire, les lois punissent par des peines sévères
le mari qui pardonnerait et garderait chez lui une femme adultère.
J*ai demandé à des amis chinois si Tinfidélité des
femmes mariées est un crime fréquent; on m'a répondu qu'elles n'ont guère Toccasion de le commettre, mai» que pourtant il a lieu quelquefois avec un voisin ou avec un commis du mari^ logeant dans la maison.
La femme qui perd son mari peut se remarier, mais Topinion publique honore e&trèmement celles qui se vouent h un veuvage étemel, et souvent les mandarins leur décernent les honneurs d'une tablette (avec une inscription) ou une colonne. £n 1857, un décret a paru dans la Gazette de PéMn^ accordant une tablette d'honneur à la mémoire de la femme d'un mandarin qui s'empoisonna quand elle reçut la nouvelle de la mort de son mari, tombé dans une bataille contre les rebelles.
Dans les premiers jours de janvier de celte année 1861, deux jeunes veuves se sont suicidées à Fou-tchaou devant plusieurs milliers de spectateurs. (Une autre s'était suicidée a la fm de décembre 1860.)
Voici le récit d'un Anglais, témoin qui assista au second de ces suicides (17 janvier) ; je le trouve sur les Journaux de Hong-Kong :
« Je rencontrai , il y a quelques Jours, une procession chinoise qui passait k travers le quartier étranger, escortant une jeune dame habillée en écarlate et or, dans une chaise à porteurs richement décorée. Je demandai l'objet de cette promenade ; j'appris que la dame Tavalt faite pour inviter le public a aller la voir se pendre, ayant pris cette résolution à cause de la mort de son mari qui l'avait laissée sans enfants. Les auteurs de ses Jours, ainsi que ceux de son feu mari, étant tous morts, elle était restée sans aucun do ces chers liens de famille qui l'attachaient à la terre, et elle espérait^ en sacrifiant sa
yie, obtenir le bonheur étemel et se réunir avec son
époux dans Vautre monde.
a Profitant de l'invitation générale, je me rendis avec un ami le jour fixé au lieu indiqué. A peine étions-nous arrivés que nous vîmes paraître la même procession sortant de la pagode du village où habitait la veuve et se dirigeant vers, la potence élevée dans un champ voisin et entourée de plusieurs centaines d'indigènes des deux sexes : les dames, vêtues de leurs plus beaux costumes, étaient très-nombreuses. Mon ami et moi, ayant obtenu par considération pour notre qualité d'étrangers un banc qui était placé k peu de mètres de Téchafaud, nous pouviens tout voir parfaitement.
« La procession étant arrivée au pied de Téchafaud, la dame y monta, aidée par un domestique, et, après avoir salué la foule, prit part, avec quelques parentes , à un repas préparé sur une table placée sur 1 echaCaud, et elle sembla manger avec beaucoup d*appétit. Après on mit debout sur la table un petit enfant qu'elle caressa et orna avec un collier porté par elle-même. Elle prit ensuite une belle corbeille contenant du riz^ des herbes et des fleurs, et tout en les parsemant sur le public elle prononça un court discours pour le remercier de son assistance et pour expliquer les raisons qui Favaient portée hTacte qu'elle allait exécuter. Sur cela, une détonation de trois coups de bombarde annonça que le moment était arrivé pour la représentation de la dernière scène de son lexistence. Mais Tabsence d'un frère k qui ce spectacle répugnait ayant été observée, un retard eut lieu.
« Ën attendant qu'il vienne je vais décrire Tinstrument du suicide. Deux poteaux droits placés aux deux cfttés de réchafaud, surmontés d'un fort bambou horizontal formaient la potence. Une corde rouge ayant un nœud coulant pendait du centre du bambou : la double corde, était passée dans un petit anneau que couvrait un mouchoir de soie rouge : une tente surmontait tout Téchafaud.
BES MÛfiUBS £T USAGES DE lA CHINE.
a Le frère manquant ayan^ été persuadé de paraître, il arriva enfin et la veuve monta tout de suite sur une chaise placée séus le nœud coulant, et afin de s'assurer si
tout était bien disposé elle mit sans hésiter sa tête dans le nœud, puis l'en ressortît, dit adieu pour la dernière fois à ses spectateurs pleins d'admiration, reçut les embrassements suprêmes de ses parents et amies, et jeta le mouchoir rouge sur sa tète. La chaise qui la supportait allait déjà être enlevée quand plusieurs voix d'entre la foule lui crièrent qu'elle avait oublié de descendre Tanneau qui devait serrer la corde autour de son cou. Elle remercia avec un sourire, mit Tanneau bien k sa place et puis, demandant avec un signe qu'on lui enlevât la chaise, elle fut laissée suspendue en Tair... suicidée. Encore avec un extraordinaire sang-froid elle Joignit ses mains fermées et les mit en avant, continuant k saluer ainsi le public à la manière chinoise, jusqu'à ce que les convulsions de la strangulation séparèrent les mains et firent tomber les bras. Elle était morte.
« On laissa le corps suspendu pendant une demi-heure et il fut ensuite descendu par les domestiques. L'un d'eux s'empara de la corde et voulut la couper pour en garder un morceau. Un débat s'ensuivit , et j'en profitai pour m'attachcr a la chaise dans laquelle le cadavre allait être porté à la pagode : je désirais m'assurer si la veuve était réellement morte.
i< Aussitôt arrivé a la pagode le cadavre fut étendu sur un lit (couch)et on ôta le mouchoir qui couvrait sa figure, sur laquelle se vit Fempreinte irrécusable de la mort
« Ce suicide est le troisième cas de ce genre depuis 20 jours. Les autorités ne peuvent pas les empêcher, et un monument ne manque jamais d*ètre élevé à la mémoire de la fidèle veuve »
n Dali^f preti (Journal de Hong-EoDg) 30 JanTier 1861.
Ojgjtized
o8 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHHËTIENNES.
Si une demoiselle fiancée perd son futur avant le mariage, elle se considère veuve, porte le deuil et souvent elle ne se marie jamais. Dans ce cas la demoiselle ya généralement habiter la maison du déAint, afin de servir ses père et mère, comme si elle y était entrée avant le décès.
L'homme qui perd sa femme se remarie sans. que peN sonne y trouve à redire.
HONTS-DB-PIÉTÉ.
Les Monts-de-Piëté sont très-nombreux dans toutes les I
grandes villes, et je crois qu il n'est pas de village où il ;
n'y en ait '
Us appartiennent k des négociants particuliers qui en '
font leur commerce, et sont administrés à peu près comme j
les établissements du même genre en Europe^ '
Le grand nombre de Monts-de-Piétè parait démontrer que le peuple souffre beaucoup de la guerre civile et du
mauvais gouvernement, qui détruisent Tempire depuis ^ quelques années.
OMBUES GUI\01S£S^ MAKIONNËTTJBS.
Le nom même à*ombres chinoises prouve que ce divertissement est connu de temps immémorial dans le Céleste
Empire.
11 y a aussi des petits théâtres ambulants de marion* nettes^ exactement dans le même genre que ceux qui font
les délices des enfants aux Champs-Élysécs de Paris.
DES MâBOBS BT USÂMES DE L\ ClDtt. M
On voit aussi des panoramas ambulants avec des trons
et des verres h travers lesquels on regarde. Il paraît que souvent les tableaux représentés k Tiatérieur sont de la dernière indécence, ce qui n'empêche pas les enbnts de
jouir du spectacle moyennant le payement de quelques centimes.