PEINTURE, SCULPTURE
Ils sont très-arriérés dans l'art de la peinture. A Max'ao, Canton çt Hong-Eong, on fait quelque chose de semblable k no9 portraits k Thuile et k nos tableaux de genre, par ce
(*) MiâdU Kingdom, parS. W. Williams.
Twelve years in China^ par J. Scarth.
qu'ils ont appris des modèles européens. Tai tu d'excellentes tètes peintes par un artiste appelé Lam Kua , mais il faisait trè&-mal les mains, il ne savait pas dessiner.
On peint des costumes, des bateaux, des poissons et des scènes de théâtre ou de la vie ordinaire, sur des feuilles d'une pulpe d'arbre, blanches et veloutées. Les Européens les connaissent sous le nom de papier de riz. A l'exception des villes que j'ai nommées, où l'art est pour ainsi dire européen, la peinture est réduite a des traits avec une indication a peine visible de couleur et de clairobscur. Si onmettaitles ombresnécessaires sur un visage, on le croirait sali.
J'ai connu à ^îngpo un peintre déjà vieu^i qui dessinait d'une manière admirable. C'était un homme de vrai talent, et en Europe il serait devenu un grand artiste. Il n'avait presque pas d'idée de la couleur et du clair-obscur pour rendre le relief. Je lui fis voir un portrait que j'avais peint, d'un vieillard qu'il connaissait beaucoup ; il le reconnut sur-le-champ et fut dans le plus grand étonneinent, le style de peinture étant tout à fait nouveau pour lui. il le regardait de tous les côtés, et à différentes dis^ tances, en* faisant des grimaces d'admiration à amuser beaucoup tous ceux qui étaient présents à cette scène.
L'art statuaire est plus avancé que celui de la peinture. Dans tous les temples il y a un grand nombre d'idoles, tantôt nues, tantôt drapées, tantôt de grandeur naturelle ou réduite, et tantôt de grandeur colossale. £n général, ces statues sont mauvaises et grotesques ; mais j'en ai vu plusieurs , dans un temple qui se trouve dans la ville de Chin-gae a Chusan , qui honoreraient des artistes européens; j'en ai remarqué de plus mauvaises exposées au public dans quelques-unes de nos grandes Villes.
La peinture n'est pas méprisée dans cet empire. Des mandarins amateurs, du plus haut rang, s'amusent quelquefois à peindre, et font des cadeaux de souvenir avec leurs œuvres,
INSS MOEURS ET USàGES DE LA CBDIE. U
Ces Asiatiques aiment beaucoup les portraits : les familles riches conservent dans la salle des ancêtres les représentatioos de leurs aîeui. La photographie y fera fortune*
PETITS PUDS.
On soumet les pieds des petites filles h l'opération qui
suit, vers la sixième année de leur âge :
On replie sous la plante du pied quatre orteils, en laissant libre et droit seulement le gros orteil. On maintient ces quatre orteils repliés sous le pied au moyen d'une bande de toile de la largeur à peu près de six centimètres, à laquelle on fait faire plusieurs tours bien serrés; en même temps on force le pied en approchant autant que possible le bout du gros orteil du talon. Pour maintenir cette position violente, on met les mêmes ligatures qu'aux orteils; on fait un tour de droite k gauche (de A ^ ^) et un autre tour de Torteil au talon (de I] à B).
Pour commencer ^ on tient les ligatures légèrement
flexibles, et peu à peu on les resserre. Les petites filles souffrent immensément et pleurent beaucoup: elles ne
Oigjtized
66 LA CHINE ET LES PUISSANCES CaRSTIENNES.
peuTent pas marcher, mais Timpatienee naturelle à leur âge les pousse à se lever et elles marchent en se cram^
pounant a la robe de leurs mères pour ne pas tomber. Ces douleurs durent cinq ou six mois. Après que le pied a pris la forme voulue, elles n'éprouvent plus la moindre
douleur.
Il y a des petites filles qui ne supportent pas Topération que je viens de décrire sans avoir des enflures, des plaies
et quelquefois la gangrène, qui leur font perdre les pieds et même la vie. Dans les hôpitaux que des missionnaires anglais et américains ont tenus depuis plusieurs années à Canton et Chang-liaï, plus d'une enfant a été por* tée dans un état pitoyable provenant de la compression k laquelle on avait soumis ses tendres pieds.
Les indigènes eux-mêmes ne connaissent pas au juste Torigine de cette étrange coutume. Voici ce que j'ai entendu raconter par un lettré, homme grave : Un petit pied a toujours été une beauté dans cette contrée; or il se trouva jadis le roi du Kiagnan Li-You (X* siècle de notre ère), prince quelque peu excentrique ; il voulut rapetisser les pieds de ses concubines ou de ses Mes par le procédé déjà indiqué. Si tout autre l'eût fait, on aurait dit de lui qu'il était fou, mais comme c'était le monarque, tous les flatteurs de la cour de louer Tidée et de limiter. Dès lors cette coutume commença h, devenir populaire.
Beaucoup d'écrivains, même parmi ceux qui ont visité ou habité la Chine, ont avancé des choses erronées à propos des petits pieds.
Je citerai un cas récent.
Le Révérend W. C. Milne, qui a résidé dans le pays plus de douze ans et qui a publié un livre sous le titre de
la Vie réelle en Chine^ dit « qu'on supprime les ligatures « lorsqu'on a obtenu la conformation désirée; que les « femmes en sont réduites à se soutenir avec un parasol, « ou à s'appuyer sur un domestique où sur le bras de « quelque petit*iils« »
MOEURS ET USAGES DE LA CHINE. «r
Un personnage français qui remplit depuis plusieurs années un assez grand rftle, foi à Macao et h Canton pendant quelques jours en 1839, et publia dans \s. Revue des Detas-Mondes du mois de septembre de la même année , un récit étendu de son voyage. Il y dit que les Chinois ont adopté l'habitude de la compression du pied parce qu'ils connaissent le tempérament Jougueux de leurs Jernmet Il ajoute :
« Elles sont obligées de s'appuyer à chaque instant aux murailles pour ne pas tomber.
La compression... ne manque jamais de produire une vive inflammation qui se résout continuellement en matière purulente d'une odeur infecte. Chez les femmes qui tous les jours renouyellent les bandages et lavent la plaie, cette odeur est en partie neutralisée, mais chez celles qui ne peuvent se permettre ce luxe de soins elle est vraiment insupportable. »
U raconte qu'il assista à une noce indigène, qu'on lui présenta la nouvelle mariée, et il dit à ce propos :
« le fus douloureusement ému en la voyant s'avancer
vers nous en tri'Buchant; elle serait tombée vingt fois sans le secours de ses deux suivantes; je fus au point de lui offrir l'appui de mon bras. »
Si fixe avait ce bon monsieur dans sa tète Tidée de la plaie et de Vinfection qui en résulte, qu'il fait dire à un
richard de Canton , qu'il n'aime pas les femmes à petit pied parce qu'elles sentent mauvais (^).
n Cet article de la Rettie des Deux-Mondes dont J'ai cité quelques lignes est un bon échantillon des écrits de ces touristes aussi frivoles «lu'oftés, qui après avoir séjoumé uae semaine dans un pa>s dont
On a fait croire aussi que les femmes meltenl les pieds dans des souliers de fer ou de bois pour les obliger à se raccourciri
Eh bien ! je puis affirmer que tout cela n'est pas. Les ligatures ne se suppriment jamais, pas même pour dormir pendant la nuit. On les défait seulement pour se laver les pieds , et on les remet ensuite. Les dames riches se lavent les pieds tous les jours ou au moins très-souvent, mais celles qui ne sont pas dans l'aisance manquent de temps pour pratiquer l'opération assez longue de délier les bandages et de les relier; aussi né lavent-elles leurs pieds que chaque semaine et même moins souvent; de la vient la transpiration et la mauvaise odeur de plusieurs petits pieds. Les victimes elles-mêmes de cette coutume riraient de l'idée d'avoir des gangrènes à cause des ligatures.
Il peut se trouver quelque vieille femme infirme qui ait besoin d'un appui pour marcher (ceci arrive aussi parmi
nous), et dans les rues mal nivelées et détestablement pavées de Macao, même les jeunes femmes ne se trouveront pas mal du soutien de leur parasol, mais dire des femmes chinoises en général qu'elles ne peuvent pas marcher sur leurs jambes toutes seules, c'est en donner une idée des plua erronées.
Il est vrai néanmoins qu'elles font une chute plus facilement qu'une femme européenne. Ayant perdu le mouvement ou jeu du pied sous l'os de la cheville , elles marchent conmie les canards; exactement coutume si elles marchaient sur leurs talons. Quelquefois une jeune
ils ne connaissent pas même la langue» n'hésitent pas à en parler magistralement BOUS tous les rapports, pour instruction du genre humain. Dans cet article se trouve, entre beaucoup* d'antres, Terroné renseignement suivant t « Les Chinois gardent le secret sur les
manières de travailler Tivoire ; la méthode et les outils qu'ils emploient nous sont également ioconnus. »