PYROTECHNIE
Les feinc d'artiAce sont beaucoup plus populaires et
fréquents dans ce pays qu'en Europe.
Non-seulement on en voit 11 toutes les processions et fêtes publiques, mais aux mariages, aux enterrements, lors de l'arrivée ou du départ des parents et amis. Dans toutes ces occasions, les gens pauvres se contentent de faire brûler des pétards. Ceux-ci sont souvent attachés Fun contre l'autre de manière a former une longueur de plusieurs mètres. On les suspend au moyen d'un haut mât, et quand on y met le feu, les pétards sautent immé-* diatement l'un après l'autre, faisant retentir un étourdissant feu roulant.
Voici ce que dit Tabbé Grosier k ce sujet:
tt Les représentations de fleurs et de fruits en feu, ornés de leurs couleurs naturelles, furent longtemps les pièces d'artifices qui étonnèrent le plus les spectateurs européens lorsqu'ils étaient admis aux fêtes données par rempereur......
a Les Chinois ornent les scènes d'artifices d'animaux de toute espèce; ils y représentent des lions, des tigres« des dragons, des serpents; souvent ils y joignent, comme décoration, des treilles chargées de pampres et de raisins. Us excellent surtout dans l'imitation dê ces raisins , lesquels, malgré le feu qui les pénétre, conservent la couleur qui leur est propre
a La pyrotechnie chinoise a aussi ses pièces d'artifice destinées it courir sur les eaux, dont elle se plaît h embellir la surface en la peuplant de cygnes et de canards en feu »
U&S MÛEUBS ET li&kQES DË Lk CHIME. 79
Dans le Voyage en Chvie de Barrow, on peut lire U description d^un magnifique feu d'artifice qui tennina une grande fête donnée par Fempereur Kangbi :
t Parmi les difiérentes choses que j'admirai dans ce
feu, dit lord Macartney, il y avait une caisse verte de cinq pieds carrés qu'on éleva a cinquante ou soixante pieds de terre, au moyen dune poulie. Le fond de cette caisse était construit do manière que , lorsqu'elle fut à cette iiauteur, elle s'ouvrit tout a coup et il en sortit vingt k trente cordons garnis de lanternes qui se déployèrent graduellement. Il y en avait au moins cinq cents , et toutes éclairaient et étaient proprement colorées par la flamme qui était dedans. Les lanternes étaient , je croiSf de gaze ou de papier. Leur descente et leur déploiement se répétèrent plusieurs fois, et chaque fois elles offraient de nouvelles formes et de nouvelles couleurs. De chaque cMé et à quelque distaiïce de la grande caisse, il y en avait de petites qui s'ouvraient de la môme manière et d'où il sortait un immense réseau de feu avec des divisions de toute forme et de toute grandeur. U y livait des sphères, des carrés, des hexagones, des octogones et des losanges; les réseaux brillaient comme le enivre bruni le plus éclatant, et dès que le moindre vent les agitait, il en sortait des flammes qui ressemblaient k des éclairs et réunissaient toutes les couleurs deTarc^enciel.
« Les feux d'artifice se terminèrent par un volcan,
e est-a-dire par une explosion générale de fusées, deserpcnteauXf de pétards, de bombes et de grenades. »
•0 LA CHINE BT LES PUISSANCES CHRÊHENNES.
RBU6I0N8. I
U n*est pas facile de donner une notion exacte sur le culte public ou religion d^Élat de la Chine. U y a des I temples, des idoles, des sacrifices d^animaux, des eacens brûlés» des cèréaionies, des processions ; et avec tout cela il n'y a pas, k proprement parler, de religion^ comme nous entendons ce mot. L'empereur adore , à Pékin , { dans des temples différents et spéciaux, le ciel, la terre, le soleil et la lune ; et met, dans ces occasions, une robe i pontificale dont la couleur change selon le temple où il se rend. Il est sévèrement défendu a toute autre personne < que le souverain d'adresser des prières ou des adorations h des objets célestes : on voit par Ik qu'ils ne sont pas considérés comme des dieux. Des personnages d'un rang ' inférieur au prince peuvent sacrifier aux esprits du vent, | de la pluie, du tonnerre, du dragon, des patrons spéciaux des villes et des villages. Ceux-ci sont nommés pac Tempereur parmi les hommes grands ou vertueux qui ont rendu des services importants. On sacrifie aussi aux mânes de Gonfucius et des ancêtres, et k ceux de certains sages ou guerriers célèbres auxquels on a élevé des temples par ordrç de Tempereur. Pour sacrifier, on ne tue aucun animal devant les autels : on apporte tout simplement des veaux, des cochons, des lapins, ou d'autres animaux déjà morts et préparés pour être cuits. Après la cérémonie, on fait un repas et Ton se réjouit Mais tous ces actes sont plutôt des superstitions (dont le nombre, il parait, augmente tous les jours) que les rites d'aucune croyance. Autrement, comment pourrait-on concevoir qu'on trouve des milliers de Chinois, lesquels étant de fanatiques bouddhistes ou musulmans, exécutent cepeu*
hES MœURS £T ISAG£S D£ LA CUINfi. SI
dant toutes les cérémonies du culte officiel avec la même gravité et bonne foi que tous les autres Chinois T
Et est-ce qu'il n'y a pas eu des empereurs très-fanatiques bouddhistes, qui, au lieu de dttruire le culte officiel, en ont observé, au contraire, les cérémonies comme les autres empereurs confùciens?
Cela prouve bien qu'ils ne considèrent pas ces cérémonies comme des rites d'une religion, laquelle se trouverait alors en opposition avec la leur. Quant aux idoles des hommes célèbres, il n'y a pas de doute qu'on ne puisse les comparer aux statues que nous élevons eu Europe ; et les sacrifices et encens brûlés équivalent aux honneurs militaires et funèbres qui sont en usage parmi nous. Pour des hommes moins importants, l'empereur décerne des arcs de triomphe, des tombeaux d'honneur, et des tablettes écrites qui sont conservées dans les familles.
Dans le grand ouvrage officiel intitulé StatuU de VEmptre, il se trouve une ordonnance qui règle le nombre et la qualité des temples qu il doit y avoir dans toutes les grandes villes. £n voici un aperçu ;
« Quant aux temples ou lieux destinés aux sacrifices, les cheiFfr-lieux de' chaque provinhe^ de même que les
chefs-lieux de département^ district, arrondissement et canton, doivent avoir : ^
i* Un twiel dédié au génie de la terre et de ses productions ;
2* Un autel dédié au vent^ aux nuages^ au Umnene^ k
\9l pluie ^ aux montagnes et aux rivières;
^* Un autel dédié au premier agriculteur; 4*~Un temple dédié à la littérature ; Un temple dédié à la suite des empereurs qui ont gouverné la Chine; 6* Un temple k la constellation de la grande Ourse;
7* Un temple dédié aux fossés d'enceinte (gardiens) de
la cité ;
8^ Un autel dédié au démon qui cause les maladies; 9* Un temple honorifique dédié aux ministres d*État
renommés pour les services qu'ils ont rendus a leur pays;
10* Un temple honorifique dédié aux sages des villages ; 11* Un temple honorifique dédié aux hommes qui ont
été des modèles de fidélité, de sincérité» de droiture et de piété filiale; .
W Un temple honorifique aux jeunes filles qui se sont
distinguées par leur éminente chasteté, aux femmes mariées qui se sont aussi distinguées par leurs vertus et leur pudeur.
«Maintenant, certaines villes doivent avoir certains temples dédiés a des divinités particulières. Ainsi, chaque ville chef-lieu de département^ de même que les villes chefs-lievx des arrondissements qui ressortissent à la province de Tchi-liy doivent avoir un temple honoris fique dédié à la fidélité éclatante ; chaque chef-lieu de province doit avoir un temple dédié au dragon génie, un autre temple honorifique dédié aux sages et aux hommes de mérite. £n outre, certaines provinces, étant plus remarquables que d'autres pour certaines productions naturelles, ont encore d'autres temples particuliers. Ainsi, la province de Tchè-kiang a un temple dédié aux premiers vers à soie, parce que cette province a été, de temps immémorial, renommée pour la culture de la - soie. » (*)
Il ne faut pas perdre de vue que dans ces temples il
n'y a ni prêtres ni aucune espèce de service religieux. Ce sont plutôt des monuments civils.
(*] Chine moderne, par M G. Pautler.