‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 38 sur 71 · B£S MOEURS £T USAGES D£ LA CHIKE. SS · texte numérisé non relu

B£S MOEURS £T USAGES D£ LA CHIKE. SS

Le missionnaire américain S. W. Williams, dans son grand et important ouvrage mr la Chine, raconte qu'en 4835, hla suite'd'une grande sécheresse, le gouvernement de Canton publia un édit singulier dont il donne la copie. Le haut mandarin enjoignait de se présenter à qui* conque se croirait en mesure de faire tomber la pluie au moyen de prières ou d'exorcismes, en lui offrant des récompenses en cas de réussite. Un prêtre de Bouddha se présenta ; on lui dressa un autel, et il se mit pendant trois jours à faire des pénitences et des cérémonies ridicules* Si par hasard il avait plu, il serait devenu un homme important ; mais comme il n*en fut rien, on se moqua de lui. Le gouverneur chinois aurait accepté de même les services d'un brahmane hindou ou d'un adorateur de Zoroas^e pour intercéder vis-à-vis du ciel, il se disait probablement touchant ces prières ce que quelques-uns disent des médicaments homœopathiques : « S'ils ne guérissent pas, du moins ils ne f<Hit pas de maL »

M. Scarth {Twelweyears in China) raconte qu'en 1847, h la suite de pluies incessantes, il y avait a Ningpo beaucoup de misère. Les mandarins se rendirent deux ou trois fois dans un temple pour prier les dieux de faire cesser la pluie. Celle-ci continuant, il fut décidé de tirer les idoles de leurs autels et de les mettre au milieu de la cour, exposées elles-mêmes à la pluie, pour voir si cela leur plairait. Le temps, qui avait été orageux pendant plusieurs semaines, se mit enfin au beau.

L'idée est assez répandue en Europe qu'il existe une religion appelée de Confucius^ et qu'elle est la religion officielle de cet Empire. C'est une erreur; il n'a jamais été considéré que comme un grand sage et un homme bon et vertueux.

Je parlerai de lui plus loin, et je donnerai ùn aperçu de ses écrits. U suffit, pour le moment, de dire qu'à sa mort il jouissait d*une grande célébrité, et le roi de Lou, qui n'en avait pas fait grand cas, lui fit rendre de grands

honneurs funèbres. Il y assista lui-même, et, prosterné devant son tombeau, il le reconnut pour son maître; cé* rèmonie qu'il renouvela chaque année, qui a été continuée depuis et mémeeonyertie en loi. C'est un usage sacré chez les Chinois d'aller tous les ans, au jour qu'on peut appeler des morts, se prosterner devant les tombeaux de leurs ancêtres et de pratiquer certaines cérémonies religieuses. Tous les mandarins et les lettrés rendent cet honneur à Confucius ; et comme il n'est pas possible que tous se transportent au lieu où se trouve le véritable tombeau, on a érigé, dans toutes les villes de quelque importance, un édifice ou temple destiné à le représenter. De là vient que plusieurs Européens ont cru et croient encore qu'on lui rend un culte divin ; et il est assez général de dire que la religion oûlcielle en Chine est celle de Confucius.

La vérité est que le gouvernement de ce pays singulier ne professe en réalité aucune religion. Il reconnaît sans doute le pouvoir du Ciel et d un Être suprême, mais il ne traduit cette idée par aucun signe matériel. Point de dieux, point de mythologie, point de prêtres. Le Ciel! On menace les méchants avec la punition du Ciel ; on encourage les bons avec la récompense du Ciel : on a toiyours le Ciel dans la bouche ; mais enfin, qu'est-ce que veut dire le €iel ? Personne ne le sait et ne s'occupe guère de le savoir. Cette absence même de croyances religieuses a été probablement la cause de la tolérance des gouvernants de ce pays. On ne les a pas vus s'opposer k l'introduction et à la propagation du judaïsme, du bouddhisme, du mahométisme, du rationalisme (culte de Tao, secte de Laotseu), ni même du christianisme ; car si, dans les derniers siècles^ la religion chrétienne a éprouvé des contrariétés et des persécutions, il ne faut les attribuer qu'à des causes politiques dont nous parlerons en un autre chapitre.

Confucius, dont les écrits sont l'Evangile des Chinois,

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n'^enseigne pas la doctrine de rimmortalité de l'àme. Ses observations, dit M. Williams, sur des sujets religieux farent très-peu nombreuses ; il ne prêcha jamais les devoirs de lliomme envers aucune autorité au-dessus du souverain de la nation ou le chef de la famille, bien qu'il se i^royait revêtu par le ciel de la mission de restaurer les doctrines et usages des anciens rois. Il avouait qu*il «Sf- ▼aît très-peu de chose a propos des dieux, qu ils étaient en dehors de la compréhension humaine, et que le devoir de rhomme est plutêt de se conduire bien envers ses semblables que d'adorer des esprits inconnus. 11 disait : « Puisque nous savons si peu de la vie, comment pourrions-nous connaître ce qu'il y a après la mort (*) ? »

Au milieu de toutes ces vagues doctrines, on ne peut se dispenser de reconnaître que ces indigènes croient à une espèce d'immortalité de T&me. Pourquoi brûleraiton des parfums aux mânes des ancêtres? pourquoi leur ofiFrirait-on des sacrifices? pourquoi leur enverrait-on des meubles et des viandes par le moyen du feu dans le royaume des ombres? pourquoi enfin pratiquerait-on tant d'autres superstitions, toutes fondées sur la croy ance de l'existence indéfinie des esprits des morts? * La religion de Bouddha fut introduite en 73 de notre ère et se répandit rapidement. 11 y a eu plusieurs Empereurs qui ont été bouddhistes, et quelques uns très-fanatiques, qui ont prêché eux-mêmes le bouddhisme. Heureusement

('} En réalité un grand nombre d'indigènes, probablement la mijorilé, qu'ils croient ou qu'ils ne croient pas en l'existence d'un Être suprême, attachent si peu d*importanee aux afliiires de religion qu'ils peuvent être mis dans la même classe que l'un d'eux qui me disait un jour en parlant 8ur ce sujet : «Je crois qu'il y a bien « des hommes qui sont des Imbéciles : supposez qu'un individu « est bon, pourquoi adresser des prières à Dieu? supposez qu'il est « siMonl, à quoi pourrait lui ssnrir ces prières? nieu ne i«s êeott« « tara pas.» {fwelve ysorf tu Chinaf par J. ScarUi, p. 93.)

aucun d'eux ne s'est départi de ces principes de tolérance religieuse qui font l'éloge du gouvernement chinois.

A Pékin il y a 50 temples bouddhiques, et dans tout Tempire plusieurs milliers, tons élevés et entretenus aux frais des adorateurs de Fo. La plupart de ces monastères possèdent des biens-fonds qui leur ont été laissés en hé* ritage par des dévots.

Six siècles avant J.-C. le philosophe Lao-tseu fonda une religion dite de Tao (la Raison). £lle possède 4 temples h Pékin et un au moins dans chaque ville de Tempire ; ils sont desservis par des prêtres. Cette religion a un ciel et un enfer. Les sectateurs ne sont pas de beaucoup aussi nombreux que ceux de Fo (Bouddha).

Quand les Tartares Mongols conquirent cet empire, vers la fin du xiv* siècle, la religion de Mahomet s'y introduisit avec eux. Depuis lors il y a eu des mosquées dans quelques villes et il se trouve des musulmans parmi les employés civils et militaires. J*ai visité une de ces mosquées a Ningpo. Un vieillard qui en était chargé lisait Farabe et le comprenait un peu : sa prononciation chinoise allait jusqu'au point de rendre les paroles près* que inintelligibles : au lieu de dire kiiab (livre), il disait tchiiabou.

Il paraît, d'après une inscription trouvée en 16S5 à Sing-nan-fu , que les prêtres chrétiens nestoriens étaient établis dans ce pays vers l'an 500 de J.-G.

Le premier missionnaire catholique apostolique qui arriva à Pékin fut Jean de Monte Consino, Fan 1290 ; il ftat très-bien reçu par l'empereur mongol régnaùl. D'autres missionnaires arrivèrent ensuite comme lui de Kome, en traversant la Tartane. Cette route fut fermée aux missionnaires lors de Tavénement de la dynastie des Mings^ qui chassa les Mongols ; mais Dieu voulut leur ouvrir un autre chemin , et deux nouveaux missionnaires venus par la cap de Bonne-Espérance et le port de Macao occupé par les Portugais, pénétrèrent à Pékin en 1580.

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Depuis cette époque la religion chrétienne a existé avec différentes ricissitudes dont nous parlerons dans

un chapitre ad hoc.

En ce moment, il y a a peine un demi-million d Indigènes chrétiens cattioliques.

Les misTsi on n aires catholiques qui entrèrent dans rempire au XYi' siècle y découvrirent des synagogues de joife , avec des inscriptions en hébreu. U y en avait à Hang-tcheoii-fou , k Nan-king et a Kae-foung-fou dans la province de Uonan. Celle dernière était la plus considérable et s'est conservée jusqu'à ce jour ; les deux autres n'existent plus depuis longtemps. Les Chinois qui suivaient le judaïsme avaient un grand nombre de livres et de manuscrits hébreux, mais ils ne les comprenaient point. Quand on leur parlait de Jésus-Christ, on restait convaincu qu'ils n'en avaient pas la moindre idée. Ce fait tendrait a prouver que les colonies de juifs en Chine étaient d'une grande antiquité. Ces sectaires professaient pour Confucius la même adocittion que le reste des Chinois.

U est vrai que d*après une inscription cette synagogue de Rae-foung-fou fut hfttie Fan 1163 de l.-C. ; mais on

saU aussi ^ d'après d'autres inscriptions, qu elle fut détruite par une inondation du Hoang-ho Fan 1446, et qu'elle était pourtant debout en 1642, époque où elle ftat abattue de nouveau ; et pourtant elle fut encore rebâtie.

U y a quatre ou cinq ans, une riche famille Israélite de Londres 'a envoyé des agents qui se sont rendus à Kaefoung-fou j ils ont trouvé la synagogue et une centaine de juib chinois très-pauvres, qui avaient quelques livres 6t rouleaux écrits en hébreu : ils leur furent achetés et portés à Londres. On laissa en échange à ces Israélites d'autres livres imprimés.

&ae-foung-fou était avant l'ère chrétienne la capitale d un petit royaume appelé Ouei. Cette circonstance décida peut-être les immigrants juifs à s'établir là.

t8 LA CHINE ET LES PLISSÂNCES CHRËTIEiNNES. I

Les écrivains indigènes appellent le judaïsme Taou-i kin-kiao (la religion qui fait couper les nerfs ou circon-] cinon) ; Y-se-lo-yel-kiao (la religion d'Israël) ;iOu Kiou-kia | (la religion ancienne).

Dans ces dernières années une insurrection s'est organisée contre les mandchoux , et leurs chefis proclament une espèce de christianisme. Je.donne un chapitre spécial sur cette insurrection.

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