D£S HOËUBS £T USAGES DE LA CHINE
phénix solitaire (^), et le chagrin a terni Tincamat de mes Joues.
NJEOU-CHI.
Ma sœur, ai tous n'arrangez pas vos cheveux, changez lu moins de vêtements.
TCHAD OU-NIANG, regardai Uê rob$i. - (BUê thtmU.)
le me souviens qu'à Tépoque de mon mariage j'avais aussi des robes et des étoffes de soie, des fleurs d'or, des plumes d'alcyon. Devais-je m'atiendre qu'après le départ de mon époux, il ne me resterait pas une tunique de
toile, une petite aiguille de tête en bois d'épine, pour attacher mes cheveux?
NIEOU-GBI.
Ahima sœur, vous rejetez ces robes; mais vous porterez une aiguille de tète, n*est-ce pas f
TCHAO-OU-NIANG, regardant let aiguilles. — (Elle chante.)
Cette aiguille d'or, surmontée de deux tètes de phénix. — {Elle parle,) Si je la porte, — {Bile chante.) ne serai-
ie pas accablée de honte, moi qui suis séparée de mon époux ?
NiBou-cm.
A défaut d'aiguilles de tète, vous pourriez orner vos cheveux de quelques fleurs. Tenez. (Elle prend des /leuTê.) Faites un bouquet ; choisissez ; séparez les fleurs
<le bon augure d'avec celles qui sont d'un mauvais présage.
TCHAO-OU-NIANG. (Elle chante.)
Moi, orner de fleurs les tresses de mes cheveux, porter une pivoine (meou-tan) t oh I c'est alors que le ressentiment et la haine me poursuivraient, comme cette femme (iui demeure dans le palais de la lune
n A mon époux.
D Tchaog-Dgo.
m i\ chine; et les puissances chrétiennes,
mieou4:hi.
HèlasI {A part,) La tristesse est dans son cœur, le cba^
grill sur sa figure; comment pourrait elle déguiser la. vérité t (Haut.) Vous avez perdu votre beau-père, votre belle^mère, et vous pleurez. Ah! ma sœur, mon beaupère et ma belle-mrro existent encore, et jusqu'à présent Je n*ai pas pu leur offrir une tasse de thé. Compares votre sort au mien ; vous avez rempli votre tâche, vous, et vous ne craignez pas comme moi la censure, la ca* lomnie et les sarcasmes. Mais, dites-moi, quel événe* ment fatal a précipité dans la tombe les parents de votre époux?
TCHAO-OU-NIANG. {Elle chante.)
La famine. La famine a ravagé notre pays. Mon époux ne revenait point de la caintale, et, privée de secours, j'ai mangé, dans le secret de la maison, des ècorces d'arbre et de la halle de riz. Après la mort de mon beaupère et de ma belleHonère, j'ai vendu ma chevelure pour acheter des cercueils. Seule, au milieu des sépultures, j'ai ramassé de la terre dans le pan de ma tunique de chanvre, et je leur ai élevé un tombeau.
NIBOU-Cm.
Voilà une religieuse qui se targue de vertus qu'elle n*a pas.
TCHAO OD-NIANG
Ah I madame, je ne me targue point de mes mérites.
{Ellemonire ses mains.) Voyez mes doigts meurtris ; des taches .de sang teignent encore mes vêtements. (iVteou« chi verse des larmes J)
TCHAO OU-NIAXG, continuant.
Hélas I madame, pourquoi versez^vous des larmes ?
NIEOU-CHI. (BUê ektmtê.)
Ma sœur, c'est qu'il y a longtemps aussi que mon époux a quitté son père et sa mère.
TGHAO-OU-NIANO.
Et qui donc l'a empêché de retourner dans son pays natal?
DES MOEURS £T USAIiES D£ LA GttWË. fff
NIEOU-CHI. {Elle chante.)
Mon père. C'est mon père qui Fa retenu ; car il voulait moncer ii la magistrature.
TCHA0-0U-NL4NG.
A-t-il une autre femme dans la maison paternelle?
ISIEOU-Cm. (Elle ehanU,)
Il a une autre femme ; mais je crains qu'elle ne vous essemble pas* Aura-t-elle servi, comme tous, son beau-
>ère et sa belle-mère avec autant de constance et de idclité ?
TGHÂ(M>U-mAN6.
OÙ sont maintenant les parents de votre époux?
N1EO0-CHI. (BUê ehmniê,)
Us habitent les confins du ciel.
TCHAO-OU-NIANa.
Madame, pourquoi n'a-t-il pas chargé un exprès de les amener a la capitale?
NIECNJ-CHL (Sth ehtmf.) le messager est parti; je présume qu'ils sont maintenant sur les routes qui conduisent it Tchang-ngan. Hélas ! j'appréhende des malheurs.
TCHAO-OQ-NIAMG. {MUê ekanU.)
A peine ai-je entendu ces paroles, qu'un trouble subit
y^eni agiter mes.esprits. (A pari.) Je crois a la sincérité ^eses réponses; je veux cependant mettre son cœur à l'épreuve. (Haut.) Mais, sHl aune autre femme et qu'elle accompagne son beau-père et sa belle-mère, n'est-il pas à craindre que vous ne viviez pas toutes les deux en bonne iûteUigence?
NIEOU-CHI.
Àb l ma sœur (Elle chante.)^ si elle vous ressemblait, mon plus vif désir serait qu'elle habitât avec moi. J'au-
^spourellc des égards et de la condescendance; tous matins je balayerais sa chambre par déférence, par humilité. Ce qui m'afflige aujourd'hui, c'est de savoir
lit LA CmilE ET LES PUISSANCES GHIUtTIEMNES.
que les parents de mon époux voyagent péniblement sur
les routes. Je les cherche des yeux ; je crains de perdre la vue à force de regarder dans le lointain.
TCHAO-Oa-NUNO. (BU$ ehmU.)
. (A part.) Son esprit est le jouet de Tillusion et de Terreur. On dirait qu^elle assiste à une représentatioii, et qu^elle voit entrer sur la scène des personnages de théâtre. C'est en vain gu'elle interrogerait les sorts. (Haut} Cette feninie dont vous parlez, voulez-vous la connaître t
MEOU-CHI, avee émotion, — [Elle eKanie,)
OÙ est-elle ?
TCHAO-OU-NIANG. [Ellêchantê,)
Devant vos yeusL. Je vous jure, madame, que votre servante est réponse du Tchoang-youén.
NIEOU-CHI. {Son émotion redouble.) —(Elle chante.)
Vous, réponse légitime du Tcboang-youèn I Madame, ne me trompez-vous past I
TCUAO-OD-NIANG. {Elle ekamiê.)
Comment oserais-Je vous tromper?
NlBOU-cai, revênant peu àp$ud$êon émoliim. — {BUê ektaïUêJ)
Ah I madame, c*est k cause de moi que vous avez subi |
tant d'humiliations, éprouvé tant de douleurs. Vous aurez beau faire, vous forcerez malgré vous le Tcboang* i youén k me haïr ; il me contraindra, lui, à murmurer I contre mon père î — {Elle parle.) Madame, asseyez-vous, je vous prie, pour recevoir les salutations de votre servante. (Tchao^m-niang é*<usaU, et reçoit les salutatiam de NieoU'Chi.)
MIEOU-GHI. iElU elumU.)
Que votre sort a été différent du mien 1 Pendant que je
vivais dans le calme, au sein de ma famille, tous les maux do la vie vous assiégeaient à la fois ; mais aussi vous allez être couverte de gloire ; on vantera dans le
monde votre piété pour parents, vos vertus, tandis
D£S MOEURS fiT USAGËS B£ lA GU1N£.
|ue mon nom sera livré au mépris et aux sarcasmes du public.
TGHAOOD-NIAKO.
Rassurez-vous, madame, vous n'avez pas mérité 1 opprobre.
SI votre beau-père est mort, c'est par ma faute; si votre belle-mère est morte, c'est par ma faute. — {Elle parie.) Madame {Elle chante,)^ je vous en supplie, changeons de costume ; prenez ma robe, ma ceinture, mes
ornements de tète ; moi je veux me couvrir de vos vêtements de deuil.
TCHAO-OU-NUNG.
Madame {Elle chante.), nos malheurs viennent de plus loin. Hélas I pourquoi, dans l'origine, nVt-il pas renoncé à la magistrature?
MIB0U-CU1« (EUê chênU,*
H a voulu et n'a pas pu renoncer k la magistrature; il a voulu et n'a pas pu renoncer à la nouvelle alliance que l'empereur lui-même avait ordonnée.
TCBAO^U-NTANG. {Elle chtmU.)
Voilà: on viole aujourd'hui une promesse, demain une seconde, après-demain une troisième; puis le ciel fiiit descendre sur la famille du transgresscur d'épouvantables calamités.
NiEou-cni.
Madame, je vous ai invitée tout à l'heure à changer de costume : vous avez refusé : n'en parlons plus. Toutefois,
crains bien que, vôtue comme vous Fêtes d'une grosse <'toffe de chanvre, avec une corde pour ceinture , votre ^poux ne vous reconnaisse pas. Madame, voici ce que je pense. D'ordinaire, le Tchoang-youén, toutes les fois qu'il revient de la cour, entre dans la bibliothèque pour y faire une lecture. Vous avez des talents; rien n'est au- ^essus de vous. Que n'allez-vous lui écrire une lettre sur
ito La Choie et les i^tnssANCEs cmifitiENMEà.
son bureau, quelques lignes pour rinformer des Irisi
événements qui tous amènent dans la capitale? Mou
auriouà ensuite un entretien avec lui; vous vous expliqueriez, et les choses s'arrangeraient à merveille.
Vous avez raison. Quand je devrais, en écrivant, né^ gliger les bienséances, il fitut que j'obéisse k vos ordres.
(Elles sortent ensemble,)
Le talent d'écrire des comédies et des romans n'est pas apprécié dans ce pays. Rarement les auteurs y mettent leurs noms; et un personnage d'une haute position n'aimerait pas qu'on lui attribuftt de telles productions. Elles ne se trouvent point, comme je le dis ailleurs, dansle catalogue delà bibliothèque impériale. Les Chinois pensent que ce ne sont pas des livres, n'estimant d'autres ouvrages que ceux de philosophie, d'histoire, de statistique, d'agriculture ou de médecine.
il y a, dans ce pays, des modes qui changent, tant pour les hommes que pour les femmes, mais avec moins de rapidité qu'en Europe. Depuis le chapeau et la calotte jusqu'aux souliers, tout est sujet de ce tyran universel dont Horace nous a déjà parlé. On dit que les modes pour les hommes sont inventées k Pékin, celles pour les femmes a Sou-tchaou. Ce sont les lorettes de cette ville des plaisirs qui commencent à introduire les nouveau* tés, lesquelles finissent par être adoptées même par les dames du palais impérial.
TCHAO-OO-NIANG
, B£S MÛËURS £1 USAGES DK LA CU1N£« 131
Los costumes de ces indigènes sont assez connus par les peintures des éventails, des châles et tant dautres objets ; je ii*entr<Bprendrai pas de les décrire minutieusement. J'indiquerai seulement qu'ils ont diftërentes espèces de vêtements, dont ils font usage selon les circonstances, de la même manière que nous avons la jdquetfe, la veste, la redingote, l'habit, le pardessus ou paletot, le manteau, etc.
[ Les hommes rasent la moitié de la tète du c6té de devant et laissent croître le reste, ce qui produit de longs cheveux par derrière avec lesquels on tresse une longue queue.
Cette queue est appliquée a plusieurs usages : en mer, si Touragaa souffle, on y attache sa calotte en faisant un tour par-dessous le nïenton : elle sert de mètre pour mesurer; c'est un fouet pour punir un enfant ou un gamin (le la rue; un gendarme, pour conduire quelqu'un au violon, s'empare de la queue et il est sûr que son homme ne lui échappera pas.
Quelquefois, dans de grands rassemblements , on a joué le tour d'attacher les queues de trois ou quatre hommes, puis on les effraye, et quand ils veulent courir^ Us se trouvent pris Tun à l'autre.
Cet usage est mandchou et non chinois. Ceux-ci, dans les temps anciens, ne se coupaient pas du tout les che^ veux: ils en faisaient un grand nœud sur la tète. Les empereurs mandchous, lors de leur facile conquête (1641), fendirent un décret ordonnant aux indigènes de se raser la moitié de la tète; ce qui produisit une révolte: les niandchous furent d'abord battus et chassés de deux provinces ; il y eut un moment où on les crut perdus; A ''occasion de cet événément, un missionnaire européen, ^iui se trouvait alors dans cet empire et qui écrivit l'hisloire de la conquête des mandchous (Bellum Tartaaricum)^ ces paroles : « Les Chinois qui ne s'étaient pas battus pour leur indépendance, se battirent ensuite pour leurs
iôS LX CttU«£ ËT L£S PliiSSAKCES CUftËTliilNiSËS.
cheveux. » Cependant, ils se sont si bien habitués depuis à cet usage, que le plus grand affront qu'on puisse faire à un homme, c'est de lui couper la queue.
Les ouvriers et les hommes de peine, atin de se mettre à leur aise pour vaquer à leurs travaux, entortillent leur queue derrière la tète en formant une espèce de chignon. 11 serait pourtant irrespectueux de paraître ainsi devant un supérieur. La bienséance exige que la natte pende de { toute sa longueur sur les épaules. !
Quand les Anglo-Français prirent Canton en 4858, il arriva que des Chinois du peuple déroulaient leur queue à l'approche d'un militaire européen . C'était une politesse qui datait du jour du bombardement. Us déroulaient leur queue en signe de respect, comme un Occidental ôterait son chapeau.
Les femmes se coiffent d'une manière différente, selon qu'elles sont enfants, filles nubiles, fiancées ou mariées, mais elles portent toujours le front découvert et les cheveux en arrière. C'est de règle qu'elles doivent se farder. Dans les provinces du sud , Fabus du iiard est excesdf. A Canton, on voit des femmes aux petits pieds, dont la figure est si couverte de blanc et de rouge, qu'elle ressemble parfaitement à un masque. On conçoit à peine que cela puisse plaire k aucun homme.
Les personnes riches portent les ongles très-longs, probablement pour indiquer par la qu'ils ont des domestiques pour les servir. Il y a des hommes dont les ongles ne mesurent pas moins de G a 8 centimètres, et plus encore. Pour prendre leur tasse de thé, leur pipe, etc., I ils sont obligés de mettre les doigts d'une façon particulière qu'il est facile d'imaginer.
Us n'ont, pour se chauffer en hiver, ni cheminées, ni brasiers. A mesure que le froid augmente, ils mettent vêtement sur vêtement; iïs en portent jusqu'à dix ou douze l'un sur lautre. Les enfants sont souvent si grossis par les vêtements, la plupart ouatés, qu'ils se trouvent
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obligés de tenir les bras assez ouverts sans pouvoir les approcher de leurs jambes. Ën cas de chute, on est sur qu'ils ne se feront pas de mal^ si ce n*est à la figure.
L'éventail est un meuble indispensable pour un homme encore plus que pour une femme. On porte un joli étui pour Térentail, suspendu k la ceinture* On le voit en été kla main de chaque homme, qu'il aille en chûise ou à pied.
On peint dans Téventail le plan de la ville où on se trouye^ ou des maximes de morale, des vers choisis des grands poètes, ou enfin des fleurs et des oiseaux. Quand on veut avoir un souvenir d'un ami , on achète un éventail blanc, et on le prie d'y écrire de sa main quelque phrase, ainsi que nous faisons avec les albums.