‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 51 sur 71 · VENTE D'ENFANTS · texte numérisé non relu

VENTE D'ENFANTS

La vente des enfants par leurs parents est autorisée dans ce pays, mais celui qui a acheté un enfànt ne peut

pas le vendre. '

Cette transaction, qui nous parait si opposée à la nature, n*offre pas d*horreur h Timagination d*un indigène.

Si on achète un garçon, c'est généralement pour l'adopter comme fils; si c'est une petite fille, on se propose le même but; et si la fille est nubile, on veut en faire une petite épouse (concubine). Les parents qui vendent leurs t'nfantâ sont toujours pauvres, et ceux qui les achètent sont au contraire plus ou moins riches. Le résultat est donc que Tcnfant gagne beaucoup en position, et tel qui » serait un malheureux chez son père , devient un petit seigneur. Le père commence par toucher une somme d'argent et est libéré de l'obligation de nourrir et élever

son fils ; il le voit passer dans une famille qui est tout

au moins dans l'aisance; et il peut espérer la protection de cette même famille, surtout s'il vend une ûlle nubile et belle.

En causant avec des indigènes sur cette question, je suis arrivé à la parfaite conviction qu'une ûlle pauvre vendue n*aimerait pas du tout qu'on lui accordftt la liberté de quitter le toit de celui qui Ta achetée, même pour être renvoyée chez bon père. Comme je trouvais cela extraordinaire, on m^en expliquait ainsi la raison : « La fille vendue appartenait a des parents très-pauvres; dans sa famille adoptive, elle s'est habituée à être bien logée, bien habillée, bien nourrie , et probablement même h être servie par des domestiques. Renvoyée chez ses parents, elle devrait s'occuper des travaux les plus rudes et subir une vie de privations. Aussi , quand on achète un garçon ou une fille, *il faut les garder à jamais. 11 serait crut l de les expulser de la maison tant qu'ils ne commettent pas de fautos graves qui mériteraient une toile punition. »

J'ai connu très-intimement, pendant plusieurs mois, une famille où il y avait une hile de dix ahs. £lle était tondrement aimée et même gfttée par sou père et sa mère. Quoi fut mon étonnement quand j'appris un jour , par hasard, que ce n'était pas du tout leur lille et qu'ils la* vaient achetée pour quelques écusl

Pendant que j'étais à Macao, j'eus la visite d'un ami de Manille qui voulut, en s'en retournant, acheter uu jeune garçon indigène, afin d'en faire un domestique. Comme l'ami demeurait chez moi, je Tus témoin de la transaction. L'enfant était âgé de quinze ou seize ans. il fut conduit par sa mère et vendu par elle. On marchands longtemps, exactement comme on aurait pu faire pour un àue. Le garçon se tenait gravement debout, sans bouger et sans dire mot. A la fin, il s'agissait seulement de savoir si le prix dcVait être 38 ou 39 piastres (180 pu 185

DËS MÛËLRS £T LSAG£S DE LA CHINE. 136

francs). La mère tenait ferme; la patience du garçon fut poussée à bout, et se tournant avec un air de dégoût vers . sa mèrre : « Assez, ma mère, lui dit-il; finissess donc.» Ceci décida la femme à céder. Elle compta son argent ; et avant de quitter Tappartement, elle embrassa son fils en pleurant* Celui-ci se tint grave et roide, ne lui rendit aucune caresse et la laissa éloigner sans lui rien dire et sans la regarder.

Ce garçon» qui était trés4ntelligent, ne parut pourtant pas malheureux. Il commença tout de suite à avoir soin avec beaucoup d'assiduité des elfets de son nouveau maître, et il comprit qu'il serait d'autant mieux traité ' qu'il le servirait avec plus de zèle. Us partirent pour Manille très-contents Tun de l'autre.

On achète en Chine beaucoup de petites filles par commission de fieunilles créoles des îles Philippines, qui en font des servantes très^ntelligentes et fidèles.

11 est défendu par les lois de Fempire de vouer à la prostitution des ûUea achetées. Ces justes lois pourtant deviennent nominales par le fait. Les filles sont acquises toutes petites par des femmes corrompues qui les élèvent dans le vice, et, par conséquent, ces victimes ne font pas usage de leur droit de se plaindre contre les marâtres, qu'elles regardent comme leurs mères. Peut-être ne connaissent-elles pas même ce droit I

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