DES MŒURS £T USAG£S I)£ LA CHIN
l'exécuter facilement, mais les hommes n'y trouveraient aucune difficulté , et il y a plusieurs pays où les hommes dansent seuls. Pour les Chinois, la danse est un ridicule amusement» oùrhomme perd sa dignité.
« Beaucoup dos actes ordinaires de la vie déploient des idées ingénieuses et simples pour économiser le travail et épargner de la peine. En dehors des grandes boutiques ou salles où s'assemble le peuple pour passer une soirée en compagnie et boire du thét il y a quantité de jarres d'eau d'une grande capacité, que Ton remplit chaque jour a la rivière. Cette eau, pesamment chargée de sable et de limon, est clarifiée par un mélange d'alun; mais après quelques jours, le fond des jarres se couvre d'une couche épaisse de boue. Il faut enlever celle-ci, et comme ce wraitune opération trop pénible que de retirer l'eau, le procédé simple qui suit a été adopté ; — On choisit un fort bambou, dont on enlève tous les nœuds, excepté celui d'un des bouts ; par le côté de celui-ci, on pratique dans le tube un petit trou, qui peut être facilement bouché avec le pouce ; on place le pouce sur ce trou, et le bambou, avec le bout ouvert par en bas , est introduit dans Teau jusqu'au fond de la jarre. Le bout fermé empêchant l'échappement de Tair, il en résulte que l'eau ne peut entrer dans le bambou, dont le bout ouvert est plongé dans la boue liquide de la jarre. Quand on retire le pouce, l'air s'échappe et la boue monte avec force dans le tube, sur lequel on pose de nouveau le pouce, et Ton sort le iHunbou rempli de boue. On le vide en! retirant encore le pouce, et l'opération se répète jusqu'à ce que les jarres soient nettoyées (*). »
il Tht Médical Miisionani t» ChifM, par W* i^Khart, LondoaiSôl,
ISt LA CHOIS et LES PUISSANCCS GHRfiTIENIŒS.
La seule monnaie qui existe dans ce pays est de cuivre, et porte au milieu un trou carré. Âu moyen de ce trou,
on enfile les pièces. A chaque cent , on fait un nœud.
Chaque ûlière ou rosaire contient mille pièces. Les indigènes les appellent et les Français «a|>dgttef. La valeur de ces pièces varie selon le change, mais elle est a peu près de 230 sapeques pour uu franc. 11 n'y a ni or ni argent monnayé. L*argent se trouve toujours en forme de lin* gots grands ou petits ; il y en a de plusieurs espèces et de plusieurs alois. Aussi , le procédé de raire un payement en argent est des plus ennuyeux. On coupe Targent en morceaux tout petits, quand il est nécessaire , et cela se fait facilement si l'argent n'a pas de mélange. Il est trèsordinaire chez les Chinois d'avoir une petite balance dans la poche. L*or se trouve en petits lingots et en feuilles. On porte souvent des anneaux grossiers qui pèsent près d'une once d'or et dont on se sert pour faire des payements. L'inconvénient d'examiner et de peser les métaux a rendu trés-général l'usage du papier-monnaie entre les indigènes. Je donne dans un autre chapitre plus de détails sur ce sujet.
Les mendiants s'arrêtent aux portes des grands magasins et font un horrible bruit, tantôt avec une crécelle, tantôt avec deux morceaux de bambou , tantôt avec deux morceaux d'assiette, ou par d'autres moyens. Le plus ordinairement ils tiennent k la main une grande tasse en faïence ou en cuivre, pleine de scipèques. £n remuant fortement la tasse, ils font carillonner les monnaies de cuivre, et ils ne cessent leur importunité que quand on leur jette une sapèque. On ne peut les chasser de la porte, malgré le tapage qu'ils font, sans leur avoir donné quelque chose. L'ennui résultant de cette habitude, pour les
ms MoeoRS et moES be la geins. m
maîtres de magasins et les clients qui entrent pour
acheter des objets, est insupportable. Parfois on ne peut s'entendre, tant est étourdissant le tintamarre que font les mendiants à la porte.
Toutes les villes de l'empire ont un grand nombre de ' hideux mendiants : environ un pour cent habitants.
n y en a qui se font couper les bras ou les jambes, ou détruire la vue, afin de mieux exciter la pitié. H. W. Lockart, qui a dirigé pendant plusieurs années un hôpital à Chang-hai, a eu l'occasion de s*assurer de ces faits. 11 parle même de quatre misérables qui demandaient Tau-* mone ensemble, ayant les jambes coupées au-dessous des genoux. Ils racontaient une fausse histoire tragique pour expliquer leur état, mais on savait positivement qu'ils s'étaient fait estropier exprès par un mendiant delà province de Chan-toung, qui avait pour métier de pratiquer ces opérations. Le docteur Lockart explique la manière doùt il s'y prenait et conclut par ces paroles : a Les patients souf- Ireut d'horribles douleurs et quelques-uns meurent par suite de l'opération , mais ceux qui en guérissent croient qu'ils ont fait une belle affaire, et leurs camaradeg les fèli* citent pour avoir réussi k perdre les membres coupés et pour s'être assuré par là un bon revenu* »
Lorsque le maître d'un magasin en détail vend un article quelconque, il ne manque pas de bien Tenvelopper ^aos un papier, sur lequel le nom et redresse de sa maison se trouvent imprimés.
Le paquet est toujours fait de manière a ce qu une pointe seulement du papier reste déployée (comme dans une de nos enveloppes à lettres), et cette pointe est collée avec un peu de gomme de riz.
tSi LA GH«B ET LBS PUISSANCES GHRtTIENMES.
Quand il est nécessaire d^attadier le paquet, on ne se sert pas de ficelle : on la remplace par une longue et
mince bande de papier qu*on roule avec la paume de la main. Cette espèce de cordon est très-solide, grâce aux * qualités textiles du papier qu'on emploie.
Ils ont différents instruments de musique; peut-être une centaine. L*un d'eux ressemble assez k la cithare, qui couimence à devenir de mode en Europe; seulement il est plus long et a moins de cordes.
Leur musique s'écrit, mais les notes n*ont aucun rapport avec les nôtres : d'abord ils n'ont pas d'idée de la portée à plusieurs lignes; et puis chaque son est représenté au moyen d'un caractère (lettre) chinois.
ils boivent du thé vert ou du thé rouge : ce dernier est notre thé noir. Je n'y ai jamais yu faire un mélange des deux thés vert et rouge.
Leur thé vert est au naturel et donne et l'eau une légère teinte couleur paille verdàtre.
Tout le thé vert qui vient en Europe est préparé exprès et peint avec de l'indigo ou du sulfate de cuivre. J'ai vu des Chinois rire beaucoup de ce que nous aimions ce thé préparé avec de la médecine.
Il paraît que le premier thé qui a été vendu aux Anglais, à Canton, n'était que des feuilles qui avaient déjà servi. Les Chinois les peignirent avec un peu de couleur verte et les séchèrent au feu, pour qu'on ne s'aperçût pas que ce n'étaient que de vieilles feuilles bonnes a jeter. Cependant la boisson du thé faite avec ces feuilles vertes commença k être de mode en Angleterre, et les négo-
AES MOKUftS £T USAG£S I>£ LA CUINE. : tH
ciauU étrangers a Canton ne voulurent pas du bon thé vert au naturel ; ils ront toujours exigé peint, ce qu'il a été
facile d'obtenir. Mais, je puis l'assurer, un Chinois ne voudrait jamais goûter ce the qui se prépare tout exprès dans son pays pour les jobards européens !
Dans la saison des dialeurs, les hommes ont l'habitude d'ôter leurs habits supérieurs et de rester nus depuis la
taille. On a vu les rebelles tae-pings attaquer dans ce costume les impériaux pendant la nuit. Leur but était de se reconnaître dans la mêlée, et aussi d'évité qu'on pût
s'emparer d'eux en les saisissant par leurs vêtements.
On a vu des pirates qui, en se lançant dans la mer pour se sauver des bateaux à vapeur anglais, ont jeté aupara-
vant dans Teau un grand nombre de noix de coco. Parmi ces noix, il était diJBlciie de distinguer les tètes des na«geurs et de leur diriger des projectiles.
Les tailleurs ne faufilent pas les différentes pièces d'un vêtement avant de les coudre; ils les collent avec de la gomme de riz. Ce sont, en général des étoffes de soie ou de coton.
Ou a cru en Europe que la lecture fréquente des cas de suicide dans les journaux excite k se suicider. £n Chine, les feuiUes publiques n'existent pas; cependant beaucoup
ibù LA CHINË ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
de personnes détruisent leur propre vie, et le plus souvent pour des causes bien futiles. Les femmes se pendent eu se jettent dans les puits. Les hommes avalent, de préférence, de l'opium, et qiielques-uns se coupent la gorge.
Les riches avalent des feuilles d'or.
Dans les cuisines des maisons, il n'y a pas de chemi*
liées par où la fumée puisse s'envoler. Il en résulte un grand inconvénient « car elle doit sortir par les fenêtres 4e la chambre et elle s'introduit facilement dans les maisons voisines. Pour jouir de la commodité d'une cheminée dans sa cuisine, il faut être mandarin ou avoir une permission spéciale.
« Leurs barques varient par leur gréement et leur construction, presque à chaque distance de cinquante milles le long des cMes. Les capitaines au cabotage peuveot généralement dire où ils sont, par un temps de brouillard, s'ils rencontrent un bateau-pêcheur chinois. £t les difiérentes barques sont si bien appropriées aux eaux et
l'espèce de mer dans lesquelles elles sont employées, que la barque de chaque district l'emporte pour la marche sur celles d'un autre lieu. A Amoy, les barques sont particulièrement laides, mais elles ont une puissance de marche extraordinaire. Elles ont exactement la forme d'une cuiller. Des barques de JSingpo furent montées à Chang-hai, à une époque, i^ar des étrangers, parce qu'elles paraissaient être meilleures marcheuses et plus commodes ; mais il fut reconnu qu'à Chang-hai des barques de même dimension pouvaient là les surpasser pour Ja marche.
\ DES IKKURS ET USAGES DE LA CHm i»
c Les Chinois ont fait leur chemin si tranquillement pendant des siècles, sans changement dans leurs institutions , qu'ils ont porté toutes les applications essentielles de la vie à leur perfection, c'est-à-dire qu'ils arrivent à leurs fins avec la moindre perte possible de force et de matière, et au meilleur marché. Leur habillement est le plus commode et le moins cher ; leurs raisseauX'ConYiennent à tous leurs besoins et ont des compartiments étanches depuis des siècles, — invention que nous commençons seulement a apprécier. Ils font les plus belles soieries avec un métier qui est la simplicité même. Examinez les outils avec lesquels ils opèrent : leur scie exige beaucoup moins de fer que les nôtres; leur soufflet donne un tirage d'air continu , et n'est qu'une boîte oblongue ou cylindrique , à laquelle est ajusté un piston. Mais je n*ai jamais vu en Chine de moulin a vent, pas même en peinture. Dans leurs moulins à eau pour réduire le grain en farine , il n'y a ni peine ni dépense pour conserver le mécanisme en bon état pendant qu'il fonctionne. Un petit tuyau en bambou laisse constamment tomber de l'eau en gouttes sur chaque pivot ou tourillon, ce qui les empêche de s'échauffer par le frottement. Pour faire avancer leurs bateaux , la puissante godille permet à un enfant de faire autant ' d'ouvrage qu'un homme en pourrait faire avec nos stupides méthodes. Voyez les mariniers des bateaux plats de la Tyne ou les bateliers de la Tamise; si leurs bateaux étaient munis d'une longue godille chinoise, courbée, bien en équilibre, accrochée seulement à un petit pivot de fer et avec une corde k bord pour en augmenter la force, un seul homme ferait au moins l'ouvrage de deux, ^tavec moins d'efforts.
« Examinez comment les Chinois préparent leur nourriture: ils font cuire un dîner pour douze personnes avec une simple poignée de combustible. Leur chaudière est de forme conique et grande, soit de deux pieds de dia-
IftS Là GHiME ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
mètre but un pied de profondeur; elle couvre la totalité
du feu rien qu'avec une petite portion de la partie inférieure du cône, mais la chaleur et la flamme enveloppent le reete. On met de l'eau et du riz au fond^ avec un châssis ouvert par-dessus, à moitié de la profondeur de la chaudière; sur ce châssis, on fait bouillir des plats de poisson, de volaille ou de légumes ; le tout est recouvert d'un couvercle en bois, dans le centre duquel est ménagé un'trou rond d'environ quatre pouces de diamètre, et dans celuici l'on met souvent un autre vase dont le contenu cuit à la vapeur (*). »
(*} Twehe year$ in China , par J. Scarth.
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