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CHAPITRE TROISIÈME

CÛNSIDÉaATlONS SUR htïM ÀGTU£L ET FUTUR DE U GfllNE

Ayantages qui résulteraient de son fractlooDement en irolA on quatre Ëtati indépendanU les uns dei antrei.

L'insurrection qui , depuis plusieurs années, ravage l*Empire est une chose fort grave, ne fût-ce que par sa

longue durée, et elle pourrait très-bien faciliter la réalisation d*un projet que je vais recommander ; c'est le fractîpnnement de la Chine.

Le but principal de la civilisation est d'éteindre les guerres ; or, tant que les hommes auront en usage de s'entr'égorger, ils ne pourront pas se dire entièrement sortis de Tétat de barbarie.

Les guerres s'éteindraient d'elles-mêmes le jour où il n'y aurait au monde qu'une seule famille et un seul gouvernement. Ce jour^là, on n'invoquerait plus le prinr cîpe demi-sauvage, appelé amour de la patrie^ principe qui nous amène à mépriser tout ce qui n'est pas de notre propre pays, et qui a pour résultat de nous faire haïr et même tuer Vétranger. La terre serait alors la vè*

ritable patrie de Thomme, et on ne Terrait plus les peuples payer des sommes monstrueuses pour entretenir des armées permanentes, des flottes formidables et de nombreuses douanes avec leurs cohortes de préposés. Mais cela étant impossible, il faut recbercher d'autres moyens pratiques pour arriver au règne de la paix.

Parmi tous ces moyens, le seul positif est Véq^Ulibre entre les nations ; si elles étaient toutes d'égales forces, on éviterait la plupart du temps Teffusion du sang.. Il serait très-facile de prouver, Thistoire en main, que presque toutes les guerres ont eu pour cause Tabsence de cet équilibre, de cette égalité. Tout récemment encore, environ 200,000 hommes sont morts en Orient, et la France et l'Angleterre ont vu leur dette grossie de deux ou trois milliards de firancs. Quelle a été la cause de ces malheurs? L'existence d'une nation grande et forte, appelée Russie, à côté d'une autre, petite et fiaible, nommée Turquie, et le désir yenu h la première d'absorber la seconde.

11 est donc évident que, si le monde pouvait se composer de puissances à peu près égales, un grand pas se trouyerait fait vers cet état de civilisation dont nous sommes encore si éloignés, et le droit des gens commencerait à devenir une vérité. Je n'ignore pas que la division de la terre en États égaux est aussi imaginaire que l'union de tous ces États en une seule nation; toutefois, l'humanité fait des progrès, et la facilité des communieations opère une révolution dans les idées, extirpe les préjugés, et amène, non pas la perfection, mais du moins des améliorations notables. Si Ton compare le nombre des petits États indépendants qui existaient en Europe au moyen âge avec celui des nations qu'on y compte aujourd'hui , on reconnaîtra entre ces deux époques une immense différence. Les publicistes, les hommes voués k rétude de la sdènce sociale, doivent employer leur influence en faveur de l'étaMissement graduel de cet équi-

AVAirrAdm M mCTlOlQfEMBfrr DE U GHIME. S5t

libre. La paix et. le bien-être général réclament le frao

tionnement des puissances colossales, et la réunion des petites uatioûs, suivant leur position géographique et les autres circonstances que chacune d'elles prteente.

De toutes les puissances colossales qui existent actuellement, aucune n'est comparable a la Chine. Le recensement officiel de iU% portait à 414,686,994 le nombre de ses habitants ; et, dans aucun pays du monde, il n*y a autant déraisons pour que la population s'accroisse chaque année; car, pour un Chinois, le plus grand des malheurs est d'être sans enfants ; sll n'en a pas de sa première femme, il en prend une autre comme surnuméraire (petite Jemmé]^ ou bien il achète et adopte un ou plusieurs petits enfants* L'accroissement progressif de l'émigration prouve qu*en effet la population a augmenté de beaucoup.

Voici les derniers recensements officiels de la population des dix4iuit provinces de la Chine proprement

dite :

Années. Popalatlon*

Détails pour le dernier recensement \

Provinces. PopalaUon en t853»

1 Tchi-li,ouPé-tchi-li 40,000^000

2 Chan-toung 41,700,621

3 Ghan-si 20,166,072

4 Ho-nan * 33,173,526

5 Riang-sou 54,494,641

6 Ngan-hoeî 49,201,992

A reporter 238,736,852

tSt LÀ CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

Report 238,736,S5i

7 Kiang-si 43,814,866

8 Fo-kiea 22,699,460

9 Tchè-kiang 37,809,765

10 Hou-pè 39,412,940

11 Hou-nan S6,8o9,608

19 Chen-si ... : 14,698,199

13 Kan-sou 21,878,190

14 Sse-tchouan 30,867,875

15 Kouang-toung 97,610,198

16 Kouang-si 10,584,429

17 Yun-nan 8,008,300

18 Koiieï-teheou 7,615,095

Total 536,904,300 n

La population de la Mongolie, Manchourie, Kokonor, ; Kirin, ete., n*e8t pas comprise dans ces recensements.

11 y a des géographes qui refusent d'admettre ces chiffres énormes, mais pour cette seule raison qu'ils leur paraissent exorbitants. Quelques brèves observations suffiront cependant pour montrer que ces chiiBfres sont très-possibles. De plus, nous n'avons d'autres données que celles des recensements officiels ; ces recensements ayant été reconnus exacts quant aux distances et au nombre de villes et de villages qu'ils énumèrent, pourquoi douteraitron du chiffre qu'ils donnent pour la population? Nous savons que le gouvernement chinois dispose de moyens aussi bons et peut-être meilleurs que ceux qu'on a en Europe pour faire un recensement exact. A défaut

(') Ce dernier recensement a été publié pour la première fois par

Sir J Bowring, représentant du gouvernement anglais en Chine, et il a été reproduit par M. G. Pauthier dans la préface qu'il a mise à la traducUoD du livre du R. W. G. Milne. Ce synologue dU gu'il n'y a aucune raison fondée de douter de son eiactitude.

d^autres preuves pour étabUr que la population de eet empire est immense, même pour son étendue, nous n'aurions qu'à considérer Fénorme émigration qui en déborde de tous côtés, malgré les grands obstacles qu'elle rencontre. Sur la frontière de terre elle est générale, et le nombre des émigrants qui se soat répandus sur laïartarie-Handchoue est si grand, que la langue de ce pays a presque disparu et est très-près de passer k l'état de langue morte. 11 est su de tout le monde que les Chinois ont inondé par mer les Philippines, Java, Singapour , Malacca, Penang et les autres îles de la Malaisie; ils sont même allés dans Tinde anglaise, à Ceylan, en Californie et dans l'Amérique du Sud.

C'est un fait également connu que, bien que tous les Chinois, comme nous venons de le dire, désirent vivement avoir des enfants, néanmoins llnfanlicide se prartique en Chine trop fréquemment, à cause de Fimpossibilité où sont les familles fécondes d'élever tous leurs enfants ou de trouver à vendre ceux qu'elles ont de trop.

Les dix-huit provinces dont se compose la Chine proprement dite occupent un espace de 1,200,000 milles carrés anglais. £n admettantque les 414,686,994 habitants du recensement de 1842 se trouvent dans ce territoire (sans tenir compte ni de la Mandchourie, qui est très-peuplée, ni de la Mongolie, etc.], nous aurions 342 habitants par mille carré ; or il y a en Europe des territoires où l'on en compte jusqu'à 400 dans le même espace.

£n Chine on ne récolte pas de laine, et on élève trèspeu de chevaux et de bétes de somme ; les gens riches se servent de chaises k porteurs, et les transports ont lieu par les rivières et les canaux. On n'y consomme guère d'autre viande que celle du porc. Le peuple est aussi sobre que pauvre, se nourrissant presque exclusivement de riz,' de légumes et de poissons. La pèche est trèsabondante dans les fleuves, les étangs, les viviers, et dans d'autres endroits où Ton élève le poisson artificiellement.

m LA CmifE BT tB$ PtttSSANCES GHlIfitlENiqià.

On a calculé qa*ttn cheval a besoia pour Tivre de l'étendue de terre qui sufBrÀft li huit hommes. En Angleterre et dans le pays de Galles, il paraît que sur 29,000,000 d'acres dont le pays se compose, il n*y en a que 10,000,000 de cultivés, tout le reste servant pour les pâturages. En Chine, non-seulement on cultive tout ce qui est susceptible d'être cultivé, mais encore on \a quelquefois jusqu'à placer dans les rivières des radeaux faits de bambous, sur lesquels on met une couche de terre de 20 centimètres d'épaisseur pour y semer du riz, qui y vient trèsbien* Les dix-huit provinces de la Chine proprement dite présentent à elles seules douze fois et demie plus d'étendue que celles de tout le Royaume-Uni. D'après les données statistiques que l'empereur Kieng-lung fit recueillir en 1745, afin d'améliorer la répartition des contributions, l^étendue des terres en culture formait alors 650 millions d*acres anglais; il est certain que depuis lors le nombre a dA en être augmenté. Dans l'Angleterre et le pays de Galles, il y a plus de 15 millions d'habitants pour 10 millions d'acres cultivés; suivant cette même proportion, la Chine proprement dite aurait pu contenir d^à en 4715 beaucoup plus de population que celle que nous lui supposons maintenant. U y a en outre à considérer que l'alimentation en Chine n'a pas pour base, comme en Eu« rope, le blé ou les pommes de terre, mais le riz, dont on fait deux récoltes par an dans beaucoup de terrains, qui produisent ensuite pendant Thiver de grandes quantités de patates douces, d'excellents choux, etc. Malgré tout cela, on sait que la Chine reçoit tous les ans des Philippines, de Bali, du Tonkin et de plusieurs autres pays, d'énormes envois de riz. Il est vrai que le pays produit une assez grande quantité de coton qui se consomme sur les lieux ; mais on a calculé qu'un acre anglais de terrain en produit assez pour habiller de deux h trois cents personnes. Le coton est en Chine un des articles d'importation les plus considérables*

AVANTAGES DÛ FRAGTiONNËMET^T D£ LA CmE. iââ

Je crois ces observations plus que suffisantes pour

m'autoriser à établir comme un fait inconleslable que Vempire de Chine doit contenir au moins 400 millions d*liabitaiit8. Cette immense populationn*estpascomposéef comme celle de la Grande-Bretagne, de races soumises et hétérogènes, répandues sur le Canada, Ilnde, la presqu'île de Malacca, etc. L'empire chinois, au contraire, est un colosse uni et compacte, qui peut troubler Téquilibre du monde. Ce colosse dort, me dira-t-on, — Oui, il dort, mais il s'éveillera. Je vais exposer quelques considérations k ce sujet.

Ceux qui, voyant que les Chinois n'ont ni bateaux a vapeur, ni chemins de fer, ni télégraphes électriques, les considèrent comme un peuple grossier et presque sau* va^c, sont dans une étrange erreur. Bien que leur système d'écriture soit plus compliqué que le nôtre, il y a parmi eux beaucoup plus d'individus sachant lire et écrire que parmi nous. Je n'ai jamais eu cheEmot un domestique, même du plus bas étage, qui ignorât l'art de Fécrilure. Lorsque l'autorité fait afficher un édit sur les murs d'une ville, on voit k Tinstant les portefaix et les gens les plus infimes s'arrêter pour le lire. Il est arrivé plus d'une fois, dans les consulats britanniques, que des matelots anglais et des Chinois du plus bas peuple étant appelés pour dé* poser, k Toccasiou d'un procès-verbal, tous les Chinois savaient écrire et signaient leurs dépositions, tandis que les Anglais, ne pouvant en faire autant, étaient réduitè à former simplement une croix au bas des leurs.

Ce qui arrive pourtant, c'est que les gens pauvres ne s'appliquent qu'aFétude des caractères dont ils ont besoin . On menuisier, par exemple, connaît les caractères relatifs outils de son métier, aux différentes espèces de bois, etc., mais il ignore ceux qui expriment les outils d'un forgeron, ainsi que les métaux, et pour comprendre les livres et les comptes d'un forgeron, il serait obligé de ^courir an dictionnaire*

fo6 LA CH1N£ ET LES t^UlSSANCES CBKÉtlENNES.

Quelques missionnaires protestants ont avancé qu^on

rencontre en Chine beaucoup de gens qui ne savent pas lire. Cela a été dit principalement par ceux qui dirigeaient des hftpitauz ou donnaient des médicaments gratis dans le but de distribuer des écrits chrétiens. En efifet, les Chinois vont chercher les médicaments; mais, pour s'épargner les ennuis que leur occasionne le prosélytisme des missionnaires, ils assurent qu'ils ne savent ni lire ni écrire.

Ce qui fait que la connaissance de la lecture et de récriture est si répandue en Chine, c'est, à mon avis, le système de grades littéraires qui conduisent au commande • ment et à Taristocratie. Il faut qu'un père soit bien indigent pour qu'il ne fasse pas apprendre b son fils ces éléments de Tinstruction primaire.

J'ai dit que presque tous les Chinois savent lire et écrire^ chose qui est par elle-même un grand élément de civilisation. J'ajouterai que les lectures. qui occupent le jeune débutant dans la carrière de la vie ne sont pas celles de romans amoureux et de littérature légère comme il arrive parmi nous, mais des œuvres sérieuses de philosophes, des écrits pleins d^élévation et de morale. Il n'y a pas de pays au monde où la littérature soit en honneur comme en Chine; c'est elle qui mène à raristocratie et au commandement : détruire ou gâter un livre est considéré comme un acte de barbarie^

Ce sentiment est porté jusqu'à une espèce de superstition ; car, comme je l'ai dit au chapitre V\ c'est une sorte d'œuvre pieuse que de recueillir les morceaux de papier imprimés qui se trouvent dans les rues, pour les brûler et empêcher qu'ils ne soient profanés ou salis. Aucun épicier chinois ne se servirait de papier imprimé pour envelopper des marchandises ou des comestibles, comme cela se fait en Europe .

n « En Cliine... les Uvres... soal exempts de tous droits, h

Taî aussi dit, au chapitre I", que les Chinois n'ajoutent aucune importance aux romans et aux pièces de théâtre; c*est k tel point que les auteurs* n'y mettent pas généralement leurs noms, et on ignore, par conséquent, de qui sont ces compositions. Ils disent que ce ne sont pas des Hvres; en effet, ces écrits ne trouvent point de place dans le catalogue de la bibliothèque impériale.

Us n'estiment en fait d'ouvrages que ceux de philosophie, de statistique, de géographie et d'histoire, quoiqu'ils regardent aussi comme utiles les manuels d'agriculture, de médecine, d'arts et métiers. Ils avaient une académie d'histoire ftOO ans avant J.-G. (*). Un Chinois ne comprendrait rien h l'admiration qu'un Alexandre Dumas ou un Walter Scott excitç en Europe.

Dans la littérature, comme dans tout le reste, les Chinois ont pour principe de chercher toujours Futile. Le mnd empereur Kang-hi, reconnaissant qu'on manquait d un bon dictionnaire, fit réunir dans son palais quatre-

pense que le mandarin le plus extorqueur serait indigné à l'idée de prélever une taxe sur le grand moyen de répandre l'instruction pu« blique. » (The Chineie and their rebellions.)

(*) « Les Shih lu (les Annales) ont leur origine dans les notes **<3rèles ëerttes ionmellement par le KuO'ihUkwwi, et qol sous forme de brochures sont déposées chaque mois dans nne caisse en ^^r, inaccessible à qui que ce soit, même à l'auguste personne qu'elles concernent le plus» c'est-à-dire le FiU du cieL

« Le règne fini» la ctisse est ouverte, et on fait on estnil des qu'elle renférme. Nous avons déjà vu que ce travail demande Wlqaefois plusieurs années. Quand l'ouvrage est terminé, on en '•tt trois copies, une pour l'empereur régnant, une pour les archives

la famille impériale, et l'autre pour la bibliothèque nationale, ^ poUUques iDdigènes disent que la compilation de Thlstoire du %>s dernier a été on travail plus délicat et plus diOlcIle qu'à Voidluaire. En enregistrant les nombreux désastres et les erreurs ^s règne du père, il fallait ménager les sentiments religieux du nis. » ([)' Maegoivan's» Chineu sériai, 1866.)

m LA CmifE ET LES raSSAMGIS GWtTl£NNE&

viQgto des principaux lUtératettro de Tempire, et les y garda pendant sept ans que durèrent les travaut ; au bout

de ce temps, il publia à ses frais un dictionnaire complet en iSO volumes, et en composa lui*mème la pré£ace« dans laquelle il consigna les noms de ces quatre-vingts littéra* leurs, en les remerciant de lavoir aidé à mener & son terme une œuvre de cette importance.

Ce monarque y dit qu'il a la satisfaction d'assurer que, malgré les immenses occupations de son vaste gouvernement, il ne s'est point passé de jour oii il n'ait consacré quelques moments kla confection du dictionnaire; aussi a-t-il toujours été nommé à juste titre : Le dictionnaire de Kang-hù Des faits aussi frappants n'ont pas besoin de commentaires; j'ajouterai seulemeptque l'empereur, qui se glorifiait de diriger la rédaction et la publication d'un ouvrage utile, n'aurait pas osé avouer qui! avait perdu son temps à écrire un volome frivole.

Chaque province, chaque département, chaque district a son histoire composée de plusieurs volumes, où sont mentionnés tous les hommes célèbres du pays, ses produits naturels, son commerce, sa population et les impôts

qu*il paye.

Tous les trois mois le gouvernement publie un aimanach officiel, en 4 volumes, où sont inscrits tous les enn

ployés civils et militaires, avec la désignation de leurs fonctions actuelles, et divers renseignements fort curieux.

Le gouvernement publie aussi un almanach annuel dans lequel on trouve le calendrier et Undication des jours où doivent se faire toutes les opérations de IV griculture et de l'éducation des vers à soie, les phases de la lune, les jéclipses, et beaucoup d'autres renseignements.

Outre ces almanachs périodiques, il existe le grand

ouvrage intitulé : Statuts administratifs de l'empire, illustré d'environ quins^e cents gravures sur bois. U coa-

tient les règlements de tous les ministères et bureaux publics, grands et petits. La dernière édition de cet ou-* vrage, relié h.reuropèeiinef forme 78 volumes petit

in-folio.

On trouve à Pékin Tacadémie impériale, appelée Hcok» Kn, qui répond à Tlnstitut de France; seutonent, elle a

plus d'attributions.

Il n'existe pas de censure pour les imprimés. Chacun publie^ce qu'il désire, sans en demander la permission à personne. Dans les romans et dans les comédies, qu'on joue sur les théâtres, il est très-fréquent de voir des gens qui font des cadeaux aux mandarins, lesquels se laissent corrompre et vendent la justice. Ceci se trouve dans les pièces anciennes comme dans les modernes., U est vrai que le redoutable journalisme n'y est pas connu.

Le commandement en Chine est invariablement entre les mains des autorités civiles, circonstance qui suffît pour indiquer un degré de civilisation assez avancé, surtout si l'on considère que, pour arriver a ces postes, il faut travailler de longues années et passer par Tépreuve des concours, où il n'y a que le mérite qui l'emporte. Lorsque les Chinois, qui maintenant nous appellent barbares, parce qu'ils ne nous connaissent pas, viendront en Europe et y verront des nations entières gouvernées par les militaires, n'auront-ils pas raison de dire : « Après tout, il ne laisse pas que d'y avoir ici une certaine dose de barbarie. »

Une autre preuve irrécusable de la civilisation de la Chine, c'est l'admirable tolérance qu'elle a toujours professée pour toutes les religions, tandis que plusieurs nations de l'Occident, qui se croient à la téte du progrès, comme la Suède, ie Danemark, etc., se trouvent sur ce point dans un état très-arriéré. J'avoue que cela suffii^it pour me (aire aimer ét respecter la race tartare et chinoise. « Pourquoi, disait Montesquieu, ne pas foié-

160 LA CHINE £T L£S PUISSANCES GBB&TiEMNES.

rcr les différeates religions, puisque Dieu lui-même les tolère?»

Les considérations que je Tiens d'exposer, de même

que celles que j'ai présentées dans le chapitre sur les doctrines des philosophes de la Chine, tendent naturellement à démontrer que les habitants de cet empire ne sont ni sauvages ni même arriérés, comme le pensent ceux qui ne les connaissent pas; mais que, bien au contraire, ils sont sur plusieurs points plus civilisés qâe nous.

Le crâne des Mongols est très-bien organisé, leur angle facial est aussi ouvert que celui des Circassiens, et leur front est plus large ; d*où il résulte que le degré de ca- ♦pacilé des habitants de ces contrées est en général supérieur k celui des Européens. Quiconque a vécu un peu de temps en Chine a dû remarquer qu'on n'y trouve guère de sottes gens, et qu'au contraire les gens doués d'un esprit et d'une perspicacité supérieurs y sont nombreux. Personne ne saurait contester aujourd'hui l'admirable aptitude de ces peuples pour tout apprendre et 'tout imiter.

On trouve par milliers des artisans de mérite capables d'exécuter avec perfection n'importe quel ouvrage en bois

ou en métal, des qu'on leur en donne le dessin ou l'explication. Un homme de la trempe de Méhémet-Aii, Tavantdemier vice-roi d'Egypte, construirait en Chine, en trèspeu de temps, une flotte formidable.

Cet empire a donc tous les éléments nécessaires pour devenir une puissance redoutable, car il possède un vaste et fertile territoire bien arrosé et bien cultivé, une immense population homogène, intelligente, et avancée dans les arts.

Bien des gens ci^ient les Chinois Iftches et les regardent comme des ennemis méprisables, sans autre raison que le résultat des dernières campagnes. Ceux qui pensent ainsi pourraient bien se tromper. Il ne saurait y

AYAxNTAGES DU FRACTIONNEMENT DE LA CHINE. 261

avoir dé militaires capables l\ où l'on a perdu l'habitude de la guerre, et telle est la situation où se trouve la Chine.

Le prince San-ko-lin-sin , dans un mémoire adressé h

rempereur en i858, a mis le doigt sur la plaie, en disant que la faiblesse de la Chine vient de ce que depuis des siècles on a méprisé Fart militaire, et qu'on n'a attaché derimportancequ'kla littérature et aux mandarins civils. Il a prouvé qu'il comprenait parfaitement ce principe si connu depuis longtemps en Europe : Si 'vis pacempara

En effet Confucius, Vaulorité sacrée en Chine, a dit : « La paix, fût-elle peu glorieuse, vaut mieux que la plus brillante victoire. » Et il n^y a pas dé lettré qui n'honore ces paroles d'un de leurs philosophes, citées par M. A. Reniusat : <c Ne rendez aux vainqueurs que des honneurs funèbres; âccueillez4es avec des pleurs et des cris, en mémoire des homicides qu'ils ont commis, et que les monuments de leurs victoires soient environnés de tombeaux. » Soun-tseu (dit M. G. Pauthier dans sa Chine nuh deme), le plus ancien auteur chinois sur l'art militaire, qu'il connaissait par expérience, ainsi qu'il le dit luimême, avait de la guerre une opinion qui ne serait pas répudiée par les plus grands penseurs de notre époque :

ce Faire la guerre, disait-il, est en général quelque chose de mauvais en soi. La nécessité seule doit la faire entreprendre. Les combats, de quelque nature qu'ils soient, ont toujours quelque chose de funeste pour les vainqueurs eux-mêmes ; il ne faut les livrer que lorsqu'on ne peut pas faire autrement. »

Ces idées pacifiques et humanitaires (bien que paraissant en si grande contradiction avec les sanglantes révolutions actuelles) sont entrées dans l'esprit public de l'empire; mais elles n'ont pas changé la nature de ses habitants, et on trouverait de nombreux faits pour démontrer que les Chinois, loin d*étre lâches, savent af-

i6i Lk CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES. |

fronter la mort. Leur histoire fournit à chaque page des exemples d'héroïsme civil et militaire.

On verra au chapitre IV que plus de quatre cents lettrés | sacrifièrent héroïquement leur vie pour s'opposer au système d'administration publique et à la conduite de rempereur Tsin-cbi*hoang-ti vis-a-vis de Fimpèratrice sa mère.

En 1640, un voleur de grand chemin, appelé J^i-koung, s'étant emparé de Pékin, l'empereur Tchoung-ching sortit pour défendre son palais ; mais son cheval ayant été tué sous lui, il se vit abandonné de tout le monde et rentra seul dans ses appartements. Il friq>pa de son sabre sa fille, jeune personne déjk nubile, dans Fintention de la tuer, mais il ne fit que lui couper un poignet; puis il alla dans un jardin^ se fit une blessure au bras gauche, et avec le sang qui en jaillit écrivit au bas de sa tunique {*] : a Salut au nouvel empereur Li-koung; ne fais pas de mal à mon peuple 1 » Après cela il se pendit à un arbre avec sa ceinture. Un grand, nombre de personnages de Tempire imitèrent son exemple ; les uns se pendirent, d'autres se coupèrent la gorge ou se jetèrent dans des puits, bien que Li*-koung eût fait afficher un décret où il promettait de confirmer dans leurs emplois et leurs dignités tous les mandarins qui voudraient le reconnaître.

A la prise de Ching-kiang par les Anglais, en 1841, le nombre des suicides fut immense, comme je le relate ailleurs, et les mêmes faits se reproduisirent, quoiqu'en moins grand nombre, à Ta-kou, en 1860.

On peut avoir vu dans un autre chapitre le sang-froid avec lequel les veuves se suicident quelquefois.

En 1854, le rebelle Ueng-soun se sauva de la ville de

(*) Les empereurs n'écrivent qu'avec de l'encre rouge. Les Chinois se servent d'an plnoeao poor éerirei mais il est probable qas» dans eatte eecasloD, le nalhemax moDarqoe sa servit de wm doigt. Les tetties dtfaoises sont feméss par des traits^ droits.

Go-sua (dans la province de Canton) prise par les Impériaux. La femme de ce chef n*ayant pu fuir, quand elle vit les soldats entrer dans sa maison, elle s'entoura de ses enfants, mit le feu à un baril de poudre qu'elle avait d*aTance placé dans une chambre, et sauta en Tair avec toute sa famille et la maison.

Un général, nommé Ou-san-koui, détendait une place forte dans la province de Lea-tong. Li-koung, déjà maître de Pékin, alla Tassiéger, le somma de rendre la forteresse, et fit amener au pied des murs le malheureux père de Ou-san-koui, menaçant celui-ci de faire mourir le I Tieillard dans les supplices s'il ne se soumettait pas sur* le-champ. Ceux qui ont une idée du respect des Chi- ^nois envers leurs parents comprendront la terrible situation où dut se trouver Ou-san-koui. U s'agenouilla sur le rempart, et dit à son père de lui pardonner s'il ne pouvait pas lui sauver la vie, mais que cette vie serait une bonté pour Tun comme pour Fautre slls la c<mservaient aux dépens de la patrie. Le père lui répondit de faire son devoir et de laisser ses bourreaux exécuter leurs menaces; que pour lui, il mourait content d'avoir un fils animé de si nobles sentiments. En effet, ce malheureux vieillard endura une mort lente et cruelle (*). Ce trait laisse bien loin derrière lui celui de Guzman el Bueno, si célébré par les poètes espagnols.

Dans les premiers temps de la domination espagnole aux îles Philippines, un pirate.chiiu>îs nommé Li-oiahon, qui commandait quatre-viagtHlix grandes jonques, y débarqua un corps de six cents hommes et attaqua la citadelle, . qui était défendue par une bonne artillerie. N'ayant pu

(*J « Cette belle et bétolque ceodulte eil encore^ depnli plus de deux cents ans, diantée par les poètes, céffhrée sor tous les

théâtres. Il n'est pas en Chine de pauvre village où les paysans ignorent le nom de Ou*ian-koui. » {L$ Chrùtianisnu en Chine, par M. Hue» tem IL)

Mi LA CHINE ET LES FUISSANCPS CHRÉTIENNES.

escalader les murs de la forteresse le premier jour, Us revinrent le lendemain et ne se désistèrent de leur entreprise que lorsqu'ils eurent laissé deux cents morts sous les reinparts de la citadelle. '

Plus tard, un autre pirate, appelé Coxinga, attaquâtes Hollandais dans l'île Formose, fit rendre le fort de Zélande défendu par deux mille soldats européens^ et expulsa les -conquérants de Itle. On envoya de Java deux grandes expéditions pourreprendre l îlc, mais sans succès.

Maintes fois les Chinois ont donné des preuves d'intrépidité et de sang-froid. On pourrait citer h ce propos le dernier empereur Tao-kouang. Un soir qu'il revenait de la chasse, il se trouva qu'une conspiration avait éclaté et que le palais impérial était au pouvoir des rebelles. L'empereur régnant Kia-king, son père, s'était enfermé avec sa famille et quelques serviteurs dévoués dans un appartement intérieur. Tao-kouang , profitant de ce qu'il avait un fusil de chasse, se mêla aux conspirateurs comme s'il eût été un des leurs, et se fit montrer le chef du complot; il court à lui et d'un coup tiré à bout portant, il l'étend roide mort. Cet événement met le désarroi parmi les conspirateurs et cause leur défaite. En récompense d'un tel service, Tao-kouang fut élu pour succéder à son pére sur le trône, bien qu'il ne fût que son cinquième fils.

J'ai déjà dit au premier chapitre que, lorsque les parents d'un condamné a mort peuvent payer seulement la faible somme de cinq cents francs, ils trouvent un remplaçant malheureux qui, pour donner cet argent à sa famille, consent à mourir à la place du coupable (*).

{*) « C'est aa milieu des souff^anoes, lors des exécntionst qu'on peat le mieux apprëder le caraetère chinois. Les vIctImeB sont

transportées, pieds et mains liés, dans des paniers, jetées à la place sanglante des derniers suppliciés, puis serrées à genoux sur une longue illet et en cinq minutes cent corps décapités nagent dans leur sang. Oo n'entend ni un murmufe ni un glissements biea

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Dans ces dernières années, les Cbindis ont donné

aussi plusieurs preuves de bravoure. Pendant les guerres de 1840, 18ÔS et 1860 nous en avons vu quelques-unes.

En 1849, en face d'un détachement d'artillerie et d'une pièce de canon, six ou sept hommes attaquèrent le gouverneur de Macao et son aide de camp, les renversèrent de cheval, tuèrent le gouverneur et blessèrent le second, qu'ils laissèrent ensuite échapper. Après cet événement, les Portugais prirent d'assaut le fort de Pasaglian, et les soldats chinois s'enfuirent; mais un d'entre eux resta seul pour défendre les remparts , où, la moitié du corps en dehors, il portait des coups furieux à ceux qui montaient, jusqu'à ce qu'il fût tué. C'est le brave chef des Portugais lui-même qui m'a raconté ce fait, en ajou*

tant : « Je crois qu'il était fou. »

£n 1850, une jonque de pirates fut atteinte par un brick de guerre anglais. Lorsque les pirates comprirent qu'il n'y avait pas de défense possible, ils descendirent tous dans la cale en fermant les écoutilles. Les Anglais, croyant qu'ils se rendaient et qu'ils se cachaient par peur,

qu'auéane d'elles ne soU bàillonoée

« Après réchee des rebelles dans la province de Canton, les

mandarins firent ériger en différents lieux des pavillons pourvus de tout ce qui convient à des gens qui veulent se suicider, suivant le goût particulier de chacun. Ceux qui avaient pris part à la rébelUen étaient invités à se détrnire/a&n d'avoir le priviK'^e d'être enterrés par leurs amis, ce qoi ne serait pas permis s'Us étalent pris et décapités, alors même que lesdits amis pourraient les retrouver dans la masse de corps sans têtes qui couvrent le champ du supplice, après un de ces exemples cruels de la vengeance des mandarins. Le suicide est le recours ordinaire d'un infortuné gé« nérai après une défaite. Lhistoire de la première guerre des Anglais en Chine le prouve trop clairement. On trouva des puits remplis de familles entières qui s'y étaient noyées; heaucoup de gens même se noyèrent sous les yeux des soldats. » {Ttcelve yeatt in China, par iolm Scartli}.

m Lk CHUCE n LES PlHSftàlICia GHa&TUraiES. I

saulèrent sur la jonque; mais les pirates alors mirent le feu aux poudres, et 4e bateau sauta. Uu officier anglais et {

plusieurs matelots furent tués ou blessés dans cette i affaire. Un fait analogue se passa, en 1847, sur la bar- ' qué péruvienne Carmen* Des.ëmigrants chinoia qui s*y { trouvaient, s'étant soulevés et se voyant vaincuSi mirent U feu au navire*

On a vu dernièrement des Chinois s'exposer à une j mort presque certaine, en allant attacher des br&lots aux vaisseaux de guerre anglais. Un journal de Hong-kong I disait en décembre 1856 : Tbese desperadoef hcuoe been i shot likê dogs (ces furieux ont été fusillés comme des ' chiens). Le fameux Grec Canaris n'en fît pas davantage l pour acquérir tant de célébrité en Europe ; lui-même m'a raconté la manière dont il allait mettre le feu k la flotte turque, et certes, si Ton a égard à la différence qui existe entre les vaisseaux de guerre turcs et les navires anglais, surtout les navires à vapeur, on reconnaîtra que ' le danger qu'il courait n'égalait pas deJ>eaucottp celui auquel s'exposaient les Chinois.

Tout le monde se souvient encore de la hardiesse avec laquelle ils se sont emparés , au commencement de 1857, de deux vapeurs de guerre, le Thistle et le Queen, Tun portugais et Tautre anglais. Le Mee-See a été aussi saisi, au mois d'avril dernier, par des pirates embarqués à bord de ce steamer.

La flotte anglaise eut trois rencontres dans les derniers jours de mai et le 1*' juin 1857 avec les jonques ckinoises. L'amiral sir Michel Sejrmeur , dans son rapport officiel sur | la dernière de ces rencontres, s'exprimait ainsi : « Cet engagement ouvre une nouvelle ère dans la guerre de I Chine; les Chinois se sont défendus avec beaucoup dlia- i bileté et de courage. » Le contre-amiral Keppell écrivit qu'il était difficile de se trouver nulle part dans un corn" h9i plus chaud.

Durant la dernière guerre de 1860| les Anglais ont or-

AVANTAGES BD FRAGTIONN£M£NT D£ LA CHm m

' ganisé un corps d'hommes de peine (coulis), pour porter ^ des vivres, bagages, etc. Ces hommes ont dû s'exposer eonstamment au feu, et ee^sont eux qui ont posé contre ^ les remparts les échelles pour les assauts. A la prise du fort de Ta-kou, les pontons ayant été trouvés trop lourds, quelques-uns de ces hommes entrèrent jusqu'au cou ^ dans Teau du fossé: ils se placèrent k des distances con- ; venables les uns des autres, et mirent des échelles borizontalement sur leurs épaules. Les Français passèrent sur les échelles comme sur un pont. Quoique plusieurs I de ces booimes salariés contre leur propre pays aient été tués par les boulets des Impériaux , aucun d'eux n'a }amais bronché. Tous les Européens' qui les ont rus au feu ont été convaincus qu'on peut faire avec les Chinois d'excellentes troupes.

Les Chinois sont vains et orgueilleux chaque fois qu'ils se trouvent en présence des Européens; cela provient de la grandeur colossale de leur patrie. Or Forgueil est un sentiment très>propre k faire de bons soldats. Ils sont également sobres et dociles, qualités précieuses pour la bonne discipline.

Ceux qui se vouent à la navigation deviennent trèsbraves. Bien que la mer de la Chine soit probablement la plus mauvaise du monde, et que leurs moyens de naviguer laissent encore beaucoup à désirer, ils s'élancent k de grandes distances. Les premiers Européens qui arrivèrent aux Philippines, à Bornéo et au détroit de Malacca, y trouvèrent déjà établi le commerce des jonques chinoises.

Je me suis proposé de démontrer dans ce chapitre que les Chinois ne sont pas des hommes à mépriser. Il est trop général parmi nous de les considérer comme des gens sans aucun principe honnête ou généreux ; guidés clans les transactions de la vie seulement par Tégoisme et Fambition, et toiqours prêts k tromper s'ils en trouvent

Toccasion, étant tout à la fois sanguinaires et lâches. Je Tais traduire, à Tadresse des personnes qui pensent ainsi , les pages suivante» du livre : Douze années en Chine ^ par J. Scarth. Les faits mentionné» sont eonnus

de tous ceux qui ont resté quelque temps dans cet em* pire.

(( J'ai été, maintes et maintes fois, témoin de circonstances où il y avait des motifs fondés pour croire que la fraude ne serait pas découverte; cependant ils passèrent par cette épreuve avec la plus complète honnêteté...

« A Canton, les cotes des compradores (majordomes), pour l'or et rainent, sur lesquels il se fait d'immenses aifaires, sont à peine soumises k quelque contrôle ; et cependant, chez des banquiers et dans plusieurs maisons, ce sont eux qui effectuent presque tous les achats, ils expédient l'argent, et je n'ai jamais connu un seul exemple où les poids ou les sommes se soient trouvés inexacts avec intention, bien qu'ils Tempaquètent, le cachètent et souvent l'embarquent sans qu'aucun des étrangers appartenant à l'établissement soit présent. Il arrive parfois que Ton renvoie quelques dollars un peu faibles, mais les sommes sont presque toujours exactes. De Far» gent est reçu en sommes immenses ; on le compte ov on le pèse; rarement on trouve un déficit sur la quantité qui doit être reçue, et, s'il y a une erreur, on reconnaît généralement qu'elle provient de la part de l'expéditeur.

« De l'argenterie reste sur la table devant les dômes* tiques presque toute la journée; il peut y avoir une nombreuse société avec beaucoup de domestiques du dehors, attendu que chaque invité amène le sien, et il est bien rare cependant qu'aucun objet se perde.

« C'est devenu depuis peu une habitude à Chang-haï et k Fou-tchaou , et jusqu'à un certain degré à Canton

AVANTAGES DU FRAGTIOlfNEMENT DE LA CHOIE. i6i

aussi, de confier de très-fortes sommes d'argent à des Chinois pour rachat du thé et de la soie k rintèrieur.

« L'argent est perdu de vue durant des mois dans un pays où un étranger ne pourrait aller ; cependant, telle est Fhonnéteté des Chinois, qu'il y a peu d'exemples que rhomnie a qui on Tavait confié se soit esquivé. D'autres auront pu le lui voler ; et Ton connaît des cas où l'argent a été déposé en mains sûres pendant la routé, par crainte des voleurs que l'on savait infester la localité, jusqu'à ce que le transit enpùtétre assuré. Je sais une circonstance où une forte somme avait été envoyée vers les districts à thé, près de Fou-tchaou, en différentes espèces de monnaie. On reconnut qu'une partie de cet argent n'aurait pas cours sans un fort escompte; la partie principale en fut laissée dans le pays, et Ton renvoya un homme avec 8,000 dollars, pour les faire changer et revenir avec l'argent qui convenait aux marcliands de thé. On envoie uiéme de l'opium dans le haut pays pour le vendre; il va souvent à Fou-tchaou au compte des étrangers : voici une bonne occasion pour lafraude, car l'article passe par les mains d'hommes que nous devrions* appeler des fraudeurs ; il doit être vendu secrètement, et dans un pays où nous ne pouvons pas aller. 11 faut qu'il y ait une grande bonnètetéi et que le moyen ait réussi , car cela dure depuis des années, je crois, sans perte de la marchandise ni aucune fraude dans les prix. On y envoie beaucoup de marchandises; une maison améme établi une sorte d'agence à Fou-tchaou, pour la vente des produits de Manchester. On se préoccupe si peu du risque à courir par manque d'honnêteté que, sur l'argent envoyé dans les districts à soie pour compte des commettants, le prix* de l'assurance n'a été quelquefois que de 8 1/2 p. Il y a un certain degré de sûreté dans l'honnêteté reconnue du Chinois par les mains duquel l'affaire est dirigée, mais on ne doit pas attendre qu'il soit en tous cas responsable du vol. 11 y a certainement d'immenses risques quand

m lA CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

l'argent arrive dans les districts où sont les rebelles. | L*anarchie a un libre cours, et les vagabonds de Tendroit profitent largement de la chute des autorités locales. Nous trouvons qu'on s'en plaint dans une des proclamations des insurgés. Il y avait de fortes sommes pour le i compte des étrangers dans le district à tbè de Ho-How ' lorsque les rebelles Toci^paient, mais les pertes forent

légères, s'il y en eut.

« Sur une affaire de cinq ou six cents caisses de thé acheté k Canton, on en examinait rarement plus d'ane sur cent avec soin. Le thé part pour l'Angleterre, les quelques caisses ouvertes ayant servi à juger du tout, et ' h moitfs d'accidents dans le voyage ou de négligence dans | l'emmagasinage, on trouve que la totalité a été fidèlement emballée. De temps en temps une caisse aura été pillée et remplie d'ordures, mais si Ton conridère la quantité de thé qui s'expédie de la Chine, ces cas sont rares lorsque le thé a été acheté au vrai marchand de Canton. II y a I peu d'articles où une fraude en règle pourrait être mieux dissimulée que sur le thé, sur les tbés parfumés auiiout, quand le nombre de caisses est considérable pour un seul achat, et que les manipulations pour parfumer le tbé en forment la partie la plus dispendieuse. |

« On voit souvent une centaine de sales pauvres diables emballer pour une valear peut-être de iO|000 ou 20,009 livres sterling de soie, dont diaquelim pesant vaut en» viron les gages d'un mois des coulis a Tair misérable qui la manient; il est rare cependant qu'il y eit un emballage inexact ou un vol . • . • • ;

tt Dans toutes les villes de la Chine on peut rencontrer une file de coulis qui courent par les rues en portant des charges d*argent ; on n'aperçoit pas un seul officier de police, si ce n'est peut-être aux portes ou en temps de trouble .* «

« L'argent et les objets de valeur sont exposés h la vue

AVANtAm MJ FftACnONlSIBlfT K m

^ d*ttDe manière qu!<m ne se figurerait Jamais en ^gle* ^ terre ; et la ressemblance d'habillement, le peu de largeur ^ des rues en Chine et la foule qui les eacombrCi tout tend

^ k faciliter la fuite d'un voleur • • • , « .

B ft Dans les ventes fidtes aux Chinois, il est rare qu*an« i cun engagement par écrit soit passé entre le Chinois et t rétranger. La négociation est inscrite sur le livre de Té* tranger et tout est terminé. Les marchandises peuvent I li*ètre livrées ou payées que quelque temps après, mais je i ne me rappelle pas un exemple où les prix aient été cou* testés, alors même qu'il y avait baisse sur la place. U en est de même pour les achats, bien que quelquefois les i petits commerçants de Chang-haï soient sommés de mon- 1 trer un écrit qui prouve qu'ils ont pouvoir de vendre les marchandises.

« La juridiction des consuls ne connaît jamais des affaires d'opium. 11 s'en vend pour des millions de dollars dans une année; et quoiqu'il soit contraire a la règle générale de livrer l'opium avant que les espèces soient comptées, il arrive fréquemment, surtout parmi les marchands indiens, que Ton accorde du crédit ; néanmoins les payements se font presque toujours exkctement, bien qu*aucune poursuite ne puisse être exercée légalement contre les Chinois.

« Ce sujet pourrait être indéfiniment prolongé, mais ce qui précède montrera qu'en ce qui concerne l'honnêteté, les Chinois ne méritent pas la mauvaise réputation qu'on leur attribue généralement. Je doute très-fort que les respectables colons de Melbourne ou les citoyens de San Francisco puissent soutenir la comparaison avec les Chinois pour la droiture dans leurs affaires, et cependant ils font leurs efforts pour les chasser de leur voisinage, comme si leur présence était une souillure.

« La plus grande partie des masses énormes d*or envoyées dans rinde chaque année, est garantie par un essai particulier; et quoique la fraude sur cet article pDt

être afeément pratiquée sans beaucoup de crainte d*ètre

découvert, si Ton n'altérait que légèrement la qualité, il est vraiment rare qu un acte de ce genre soit essayé. Il y a eu beaucoup de tentatives évidentes d*une pareille fraude dans les premiers envois de poudre d*or expédiés

de la Californie

« Je fus heureux de voir s*échapper quelques-uns des rebelles Le dévouement extrême que plusieurs montrèrent à leurs chefs et k leur cause, en bravant les plus grands dangers et en faisant des sacrifices incroyables, prouve, en dépit de tout ce que leur vie antérieure aurait pu faire attendre, une bonté de coDur et une sincérité de reconnaissance qui supporteraient la comparaison avec les qualités semblables chez les peuples les plus civilisés.

c Cétait aussi un spectacle très-agréable que de voir Tenipressement de quelques Chinois, qui n'avaient eu aucuns rapports avec les rebelles, pour essayer de mettre à Tabri ceux qu'on s'efforçait de sauver. Les habitants de Chang-baï, Ningpo,Foukien et Canton, qui eurent des occasions de mettre des rebelles dans la peine, et par là d'être bien récompensés, furent aussi fidèles à la cause de l'humanité et de la charité envers ces malheureux que s'ils eussent été eux-mêmes des rebelles.

« Il n'y avait aucun bon chef d'un certain rang pour les commander. Leurs amis étrangers cherchaient souvent plus leur propre avantage que celui des rebelles; mais je doute fort que des hommes d'une pareille classe, portant les armes contre l'autorité légitime, dans tout autre pays, se fussent conduits aussi bien, et eussent maintenu l'ordre comme le firent los rebelles de Chang-haï, lesquels, pendant la durée du siège, déployèrent des qualités qui

(*) M. Scarth parle ici des rebelles qui occupèrent Chang-hai da 7 septembre 1S64 au 17 février 1S66.

AVAI^ÎAGES DU FKACTlOm^ËMENT I)£ LA CH1N£. 275

montrent qu'il leur manquait seulement de bons chefs pour devenir des soldats de premier ordre. »

Voici ce que dit M. W. Lockart sur quelques établissements de bienfaisance existants à Chang-haï. Dans toutes les villes de Tempire on trouve plus ou moins dépareilles institutions philanthropiques :

« Le Tung-jin-tang, ou Conseil de la bienfaisance unie ^ a ses bureaux dans la ville, où le comité et les directeurs se réunissent pour la conduite des affàires. Il a aussi un vaste cimetière où les pauvres sont enterrés juste en dehors de la porte du Sud, et où, a certaines conditions, on fournit des bières à ceux qui n*ont pas les moyens d*en acheter pour leurs parents décédés. Cette institution fournit encore des bières k crédit; une certaine somme est fixée en livrant Farticle, et le prix de la bière est payé par veiTsements mensuels. L'honneur des parties est considéré comme une suffisante garantie du payement.

« Les fonctionnaires publics distribuent, tous les mois, de Targent aux pauvres, particulièrement aux veuves qui ont de la famille : il y a aussi un hôpital, ou maison de charité, en dehors de la porte du I<iord, pour les vieillards et les infirmes qui n'ont pas de parents pour les soutenir, et qui sont admis sur la recommandation des souscripteurs à Tinstitution.

c L*h6pital des enfants trouvés est encore un établissement de bienfaisance de Chang-haï, qui est entretenu au moyen de souscriptions

« La Société humaine, ou Kew-ting-keuh (établissement pour sauver la vie), est située sur le bord de la rivière, en dehors de la grande porte, à l'est de la ville. Le but (;[u'elle se propose est suffisamment exprimé parle nom qu'elle porte. Lorsque des personnes tombent pardessus le bord des jonques dans la rivière, des bateaux

Là chine et les puissances CBh£tI£NN£S.

vont à leurs secours. Les corps recueillis sont portés à ' l'institationf où Von s'efforce de les ranimer; mais, d'après les rapports, il semblerait que le principal devoir du surveillant est de fournir des bières. Ceci se fait également aux frais de la Société, qui, de même que le Tung-jin4ang, est soutenue par des souscriptions pu* bliques

« Des personnes riches, par une souscription collective, et quelquefois même entièrement k leurs fhiis, fournissent, durant les chaleurs de l'été, de vastes seaux ou jarres remplis d'un thé faible pour servir de rafraîchissement au public. Ces jarres, avec une tasse flottant à la surface, sont placées sous un petit hangar en nattes dans les rues passantes, sur les principales routes conduisant aux villes, ou dans tout lieu fréquenté par un grand nombre de coulis (portefaix). Tous venants sont invités à en prendre leur part, un avis indiquant que le thé est préparé pour le rafraîchissement des ouvriers et des voyageurs fatigués et altérés. On peut généralement voir nn ^rassemblement autour du banc sur lequel est posée la jarre, tandis que les voyageurs, accablés par la chaleur et couverts de poussière, se reposent à Tombre de la natte, tous se régalant de leur tasse de thé sans bourse délier. On considère comme une chose tout à fait méritoire rétablissement d'un de ces abris où les pauvres viennent boire du thé...**

« Sur les routes qui conduisent au sommet des collines et à travers des déûlèsde montagnes^ sont construits des pavillona en pierre avec des bancs tout lkrentour,,où l'on fournit gratis du thé à ceux qui en désirent »

Mon opinion est que le céleste Empire renferme en soi' même tous les éléments nécessaires pour devenir une nation plus que colossale. Prétendre que ses hidutants

sont lâches et impropres a la guerre, c'est une banalité

AVAi<f ÀâES 111} mcfioimsiifiiit M U m

que répètent les gens qui n'ont aucune idée de la Chine

et de son histoire.

Pour devenir forts dans la guerre, les Chinois ont besoin dimiter ces Européens qu'ils méprisent et qu'ils appellent barbares. Mais cela sera une humiliation à laquelle les grands de Pékin se soumettront avec beaueonp de répugnance. Cependant la nécessité a bien de la force; les faits ne manquent pas pour prouver qu'un' changement dans leurs idées et dans leur politique n'est gâère éloigné.

On lira, dans le chapitre consacré K Confucius, qu'un premier ministre, il y a deux mille ans, s'écarta de l'antiquité et de la routine, sans s'y voir contraint par aucune nécessité ; et que son souverain, loin de l'entraver, l'encouragea et l'aida dans l'exécution des réformes. On y verra que, mèmede nos jours, un autre ministre de la cou- Tonne, Kishen, aurait voulu organiser la guerre k la fit- Çen de l'Europe, et avoir des bateaux à vapeur, des fusils a percussion, des régiments disciplinés et 4e l'artUlene moderne.

Les faits sont la pour prouver que l'adoption des idées de progrès n'est pas improbable ; bien au contraire, tôt ou terd elles seront mises en pratique. Lorsque le dernier monarque de la dynastie Ming se vit menacé par les Tartares, il obtint que les missionnaires catholiques fondissent pour lui des canons et des mortiers à la manière des Européens,

Pendant la guerre de iâiO,s'étant convaincus de l'infé* riorité de leur jonques pour navigueri ils placèrent, sur qnelques-unes, des mâtures à la manière d'Europe. Ayant remarqué plus tard que cela n'était pas suffisant, ils Jetèrent trois ou quatre b&timents marchands et les armèrent de canons de gros calibre; mais Vexpérience vint encore leur prouver que ces navires étaient impropres à faire la guerre; c'est alors qu'ils songèrent à construire de vrais navires de guerre* Un jeune homme de

m iK cmm et les puissances CHRtriENifBS.

▼ingi-deax ans, qui avait travaillé chez un maiire char- ^ pentler de marine des États-Unis, construisit une frégate i

de cinquante canons en bois de camphrier, d'après le modèle de celles d'£urope« Le seul changement qu'il y fit, ee fut de rabaisser la hauteur de la quille pour qu'elle exi- | geât moins d'eau et put naviguer sur les rivières et passer les barres ; en même temps, afin qu'elle put porter toutes . les voiles, il lui donna plus de largeur. Les sabords étaient plus petits qu'ils n'auraient dû être, non par la faute du cuAstructeur, mais par celle du vice-roi de Canton, qui craignait que la frégate ne fût trop exposée aux boulets ennemis. J*allai à bord de cette frégate, et j'ai entendu des Européens compétents en faire l'éloge. Elle fut construite lorsqu'on tirait les derniers coups de canon dcrla guerre, de sorte qu'elle ne fut pas armée. On m'assura qu'on avait donné l'ordre de construire cinquante frégates pareilles a celle-la; la paix les ût contremander. Ce navire complet, mais sans canons, revint à 60,000 dollars.

Les Chinois essayèrent aussi en deux ou trois endroits i de construire des bâtiments munis de roues à bras, pour imiter les bateaux à vapeur. Un missionnaire m'a rap- | porté qu'il se trouvait au grand port de Han-kôu, dans la i capitale de la province de Hou-pé, lorsqu'on y construisit quatre énormes jonques de guerre avec des roues qu'on voulait faire mouvoir à force de bras. Le jour qu'on lança | ces barques à l'eau, en présence de milliers de spectateurs, les roues ne servirent a rien, et le courant entraîna les jonques. L'immense multitude qui était accourue pour lés voir poussa de grands éclats de rire et se moqua beaucoup du directeur du chantier et des mandarins. Plus tard un Chinois, qui avait été chauffeur aux États-Unis, < offrit de construire h Canton un vapeur en règle ; il se mit à l'œuvre, et fit en effet une machine à vapeur complète ; mais lorsqu'on voulut la mettre en mouvement, elle ne bougea pas.

Vers le temps où se termina la guerre de 1840, le vic6-

* AVAmÀÙES DU f RÀGtlûNNfi]i£NT D£ Lk GÛINË. m

consul de France a Canton, M. Ghalais, avait fait un contré avec un négociant hong, en vertu duquel M. Cbaiais devait recevoir iOO,000 dollars pour acheter en Europe et conduire en Chine des canons à la Paixhans. Gela avait

été organisé, avec l'approbation du ministre M. Guizot, par un agent de Louis-Philippe, nommé Dubois de Janssigny.

Les mandarins de Chang-hai, après la guerre de 1840, firent construire des gabares pareilles à celles des Portugais, les armèrent de canons et les firent monter par des matelots de Manille.

Plus tard, lorsque Hung-seu-tsuen prit Nankin, ils achetèrent quatre navires anglais et américains, qu'ils firent monter par des Européens ; en sorte qu'il y avait dans la flotte impériale une division composée de quatre grands bâtiments européens et treize petits. Ces petits bâtiments étaient des gabares (hrchou) portugaises*

En 1860 le gouverneur de Chang-hai est parvenu k organiser un bataillon de quatre cents Manillois auxquels on paye deux cents et quelques francs par mois, commandés par TÂméricain Ward. Ils se sont battus contre les Tae-pîngs.

Une compagnie de négociants de Ning-po a acheté depuis quelques années trois bateaux à vapeur armés, et montés par des Européens, pour protéger leurs embarcations contre les pirates.

Enfin, comme conséquence des hostilités qui curent lieu k Canton, en décembre 1S56, le gouvernement de Pékin envoya un délégué spécial kTien-tsin (qui peut être regardé comme le port de cette capitale) avec la mission d'acheter des canons étrangers. Le rapport que ce délégué adressa au gouvernement fut publié dans la Gazette de Pékin du 28 octobre 1S56. Voici un extrait de ce document :

« Wuliga, esclave de Sa Majesté Impériale, chef du der«

tJH La GUIMë et LëS PUIS&AMGKS CHAEtiENI^ËS.

nier département à Chang-lù, honoré du titre de comuiii»saire des finances, adresse humblement au trône cet exposé relatif à Tachât de canons étrangers atec les fonds provenant des çontribulions levées a cet eifet....

« Avant de prendre congé du trône et de sortir de Pékin, j*ai reçu de l'empereur Tordre verbal suivant : « En arrivant a Tien-tsin, tâche d*acheter des canons étrangers et appréte-les pour le service. » Ayant cet ordre présent k mon esprit, dès mon arrivée, conjointement avec Tuhsh!h-hie, .major général en activité à Tien*tsin, et le colonel Puli-nien-cha, j'ordonnai au capitaine Chang-pingtoh, faisant fonctions de colonel a Takou, près Tieu-tsin, et à deux de ses subordonnés, d'aller visiter les navires qui venant de la mer entreraient dans le port, d'en examiner rarnicment, et d'acheter les canons étrangers qui pourraient se trouver à leur bord

« Kiluning et d'autres employés sous mes ordres ont rendu compte de l'achat de trente canons étrangers, ce qui fait, avec ceux que je me suis procurés moi-même, trente-quatre, qui ont été éprouvés l'un après Fautre par eux et par les autres officiers de Tien-tsin, sur le terrain des manœuvres, et ont tous été reconnus pour être excessivement bien conditionnés et forts, et avoir une grande portée * . ; • é »

« On rapporte que les Barbares défendent la vente des canons, et ont établi des lois très-sévères sur ce point, de sorte que ce n'est pas chose facile de s'en procurer, ce qui en rend le prix exorbitant. Par ces causes les vaisseaux marchands de Canton et de Fou-kien ayant acheté des canons, en vue seulement de leur propre sûreté, ne sont point disposés à les vendre. £t ce ne fut qu'après que les marchands eurent été réunis et fortement pressés par moi qu'ils se décidèrent à la vente. Ils ont argué que le coùl originel des canons étrangers était élevé , qu'ils en avaient besoin pour leur usage du moment, qu'ils étaient indispensables k la défense de leurs navires, et que s'ils

AVANTAGES DU FRACT10NNEMEI9T B£ LA CUINË. m

étaient achetés par des officiers ou des particuliers, il leur faudrait en donner un prix fort considérable. Ceux que nous venons d'acquérir n'ont pas été achetés k tant par cafiij (au poids), mais bien k tant par canon, un fort bénéfice calculé à tant pour 100 ayant été alloué comme fret, en addition à leur coût originel, 2i,250 sapôques par caUff* »

En 1858, le vicc-roi de Canton, Yé» ne put défendre celle ville et se laissa faire prisonnier. Il était entêté et anli* européen, s'il en fut jamais, £n route pour Calcutta, où on l'envoya, il causait avec les Anglais sur les événe^ ments passés; il soutenait qu'il avait tout préparé pour la défense et qu'il avait de bonnes troupes* « Mais, dit-il, vos canons sont plus grands et vos armes sont meilleures que les nôtres : il n'y a pas moyen de lutter contre cela.» Si ce haut mandarin était revenu au pouvoir, aurait-il manqué de faire des efforts pour mettre les troupes cbinoisesau niveau des européennes?

On m'objectera qu'il ne suffirait pas aux Chinois d'acheter ou de fabriquer des canons rayés, ou des fusils à percussion, mais qu'il leur faudrait, de plus, avoir h leur service des Européens pour leur apprendre k maniérées armes et les former à la tactique militaire d Europe. Sans doute, mais ce ne serait pas une chose absolument, nou^ vélle.

Une grande partie des faveurs que le P. Schall et d'autres missionnaires catholiques obtinrent à Pékin fut le résultat des leçons qu'ils y donnèrent pour fondre des canons, régler le calendrier et dresser des cartes.

Au commencement du xvu' siècle, les Chinois, étant en guerre avec les Tarlares-Mandchoux, demandèrent l'aide des Portugais de Macao. Geux*-ei leur envoyèrent deux cents soldats, qui partirent pour Pékin, où ils furent très-fètés. Le P. Alvarez Semedo fait la description de leur entrée dans la capitale de l'empire* Les Gfainçi^

m LA Cmœ et les puissances CHft£TI£NNE&

ayant justement à cette époque remporté une victoire^ qui eut pour effet de chasser les Tartares au delà de la province de Leartong, les Portugais retournèrent à Macao. Sans celte circonstance la petite colonne de deux cents artilleurs de Macao aurait été peutrètre le noyau d'une année organisée d'après le système européen. Au commencement de la guerre de 1840, les autorités de Canton demandèrent des officiers portugais au gouverneur de Macao, Jl A. da SiWeira Pinto. Plus d'une fois ils ont accepté la coopération des navires de guerre portugais et anglais pour détruire les pirates, et, dans ces derniers temps, les chefs des flottilles chinoises ont eu à leur service plusieurs gabares marchandes de Macao, armées en guerre.

J*ai déjà rapporté dans le chapitre précédent comment le vice-roi de Canton, malgré Topiniàtre inimitié des siens envers les Anglais, et leur opposition à ce qulls entrassent dans la ville, demanda en 1854 au ministre plénipotentiaire britannique la coopération des forces qu'il avait à sa disposition, pour repousser les rebelles; j*ai dit également comment le gouverneur de Cbang-haî fit dos démarches réitérées auprès du consul anglais de cette ville, et ensuite auprès du ministre plénipotentiaire, dans le même but, puis Ténorme solde qu*il promît de payer aux Européens qui s'engageraient au service du gouvernement impérial, solde qui séduisit plusieurs matelots anglais et détermina leur désertion, ce qui amena de graves difficultés.

Ces faits se reproduisirent en 1860, quand le vice-roi Ho-kouei-tsing et autres grands mandarins prièrent les autorités anglo-françaises de prendre possession de Chang-hai et d'envoyer des troupes dansFintérieur, pour secourir la ville de Sou-tchaou.

Enfin, en janvier 1861, le prince Koung, frère puîné de Tempereur, chargé de toutes les affaires concernant les èUungers, a nommé M. H. N. Lay, ancien consul britan*

AVANTAfifiS FRAGTiaNNUISMT DE Là CHINE. SBl

nique, inspecteur général des douanes, avec Tautorité d'admettre et de renvoyer des employés subalternes. Il reçut en même temps que sa nomination un ordre pour se rendre à Pékin.

En avril 1861, cent-cinquante matelots, européens ou américains, déserteurs se trouvaient à Nanldn au ser* vice des Tae-pings.

11 me reste h traiter un point aussi important, pour le moins , que le perfectionnement des armes et Tart de 8*en servir ; je veux parler des msources pécuniaires. Les contributions que le peuple paye sont bien faibles comparativement à celles d'Europe; elles se maintiennent toujours au même taux. Il manque un bon système de contrôle pour les employés des finances, les fraudes étant très-nombreuses. Le gouvernement impérial ne peut disposer d*aucun moyen pour se procurer des fonds dans un cas extraordinaire, d*où il suit que plus il a be» soin d'argent, plus il lui est difficile de s'en procurer. Cest ce qui lui est arrivé justement dans ces dernières années , la moitié du pays étant occupée par les insurgés.

11 existait pourtant dans l'empire, un siècle avant J.C., une espèce de papier-monnaie, et, vers l*an 605 de notre ère, à la fin de la dynastie de Sui, il en Ait créé un autre qui mérite véritablement ce nom. La dynastie mongole en fit. un grand usage, et du temps de ITarco-Polo il jouissait de beaucoup de crédit. D'après les explications que donne ce voyageur, l'hôtel de la monnaie servait de banque, car tous ceux qui le voulaient allaient y échanger leurs billets contre de l'argent {%

{*) Nous avons déjà rendu compte de l'établissement récent de la banque nationale à Pékin. Par ce que nous avons pu appreodret le sueeàs de cette expérience ûnancière a été limité à la capiule. L'aotenuie dentier, la tenUtive (aUe pour donner un

le.

m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Aujourd'hui les commerçants indigènes ne reçoitent

ordinairement dans leurs transactions mutuelles ni or ni argent, mais des bons au porteur signés par les plus riches négociants de la Tille. Comme il n*existe pas dans le pays de monnaies d'or ou d'argent et qail faudrait payer en lingots, dont le titre est trop inégal, ces bons au porteur sont préférés. 11 arrive aussi que bien des par* tlcuUers, pour ne pas avoir des tnétaux dans leurs mai-*

cours forcé aux banknotes impériales, à lehol (résidence d'été de l'emperear), a été abandonnée. Le général commandant ce cheflien représenta qne l'armée subissait on arriéré de paye, éproovail de3 privationsy et était mécontente de recevoir du papier-monnaie. Il exposa que la plus grande partie du commerce de la place se lait avec les Mongols, et que, les marchands chinois ne pouvant déterminer ces gens à prendre pour argent comptant leurs promesses de payer (billets au porteur)» les oiDciers et les soldats tronvaient des difficultés à se procurer les dioses nécessaires à la vie.

Un essai fait dernièrement dans le but d'introduire la monnaie de cuir a eu un insuccès complet» Parmi les projets financiers de l'administration des revenus publics» Tannée dernière (Hiea* fung, 5*), se trouvait one recommandation de foire de la monnaie avec de la peau de vache. Sa Majesté sanctionna le projet et approuva les spécimens envoyés pour être examinés. On mit Immédiatement un grand nombre de ces pièces en circulation; elles avaient environ un pouce anglais en diamètre» l'épaisseur d'une piastre» avec un trou carré au centre. Sur ces. morceaux de cuir étaient empreintes» an moyen d'un fer ronge, les mêmes lettres en chinois et en mandchou que portent les monnaies de enivre appelées Uien (sapèque), et représentaient la même valeur* 1^ bureau émissionnaire envoya ce remède extrême aux maux de l'Ëtat aux banquiers du gouvernement, qui firent tous leurs efTorts pendant environ deux mois pour en forcer la cireuiation dans la capitale, préahiblement à nne cxpérienee semblable à faite dans les provinces, tfals on finit parles retourner an bnrean du Trésor, ft fèiception peut-être d'un petit nombre retenu par les numismates. • (D* Macgo^an's, Chinesê sériai, 18â7«)

sonSi déposent^ehes des négociants d'argent (changeurs) une somme pour laquelle ils reçoivent de petits bons au porteur de 20, de 10 ou de 5 frwcs, ou plus petits si ou veut. On peut aller les échanger contre du métal à toute heure, et on s'en sert absolument comme du numéraire. Malgré cela, jamais il u*a été créé un papier portant inr térêt^ de sorte que le gouvernement ne peut faire d'emprunts, et manque par conséquent de cette mine qu'on nomme crédit^ au moyen de laquelle on trouve et on dépense des sommes fabuleuses à la charge des générations fiitures... jusqu'au moment où arrivera le dénoûment.

Dans ces derniers temps, se trouvant dans une position fort critique, le gouvernement a eu recours, comme je l'ai déjà dit, à la vente des emplois; ressource mesquine et funeste, qui désorganise le pays et ne peut manquer de perdre la dynastie Tsing,

Il est facile de se faire une idée du chiffre auquel pour^ raient s'élever les recettes dans un pays qui compte 500 millions d'âmes. Hais il faut le reconnaître, le progrès en cette matière présente de grandes difficultés, parce que les philosophes chinois, qui ont été de tout temps de tristes financiers, qualifient le souverain de bon lorsqu'il demande feu, et de mauvais s'il demande beaucoup.

Sur ce point aussi, les Chinois pourront recevoir des leçons de l'Europe; et puisque le sultan de Constantinople s'est civilisé jusqu'à contracter des emprunts, il n'y a' pas lieu de croire impossible que l'empereur de Chine en fasse autant. Voici, du reste, un document qui peut passer jtour un prélude.

NOTIFICATIOIC.

Consulat britannique à Fou-chau-toa, 2 mai iSST.

« Les hautes autorités chinoises, dans ce lieu, ont communiqué au soussigné qu'elles désirent faire aux mar-

m LÀ CHOIE R IBS PCBftàlKXS CÊÊÈnsmES.

ebands étrangers, pour la compte du gouvernement impérial, un emprunt jusqu'à la somme de cinq cenl mille taeU d'argent (environ 3 millions de francs), qui portera un intérêt de 3 pour iOO par mois, et pour le remboursement duquel le montant des droits h. peroeroir dans ce port et dans les autres ports où se fait le commerce étranger, servira de garantie.

« Le soussigné, en conséquence, prie les résidents anglais de prêter leur attention à cet objet, et il leur sera obligé s'ils veulent bien lui faire connaître leurs vues gé^ nérales h ce sujet , le plus tftt qu'il leur sera convenable.

c Frôd. HowE Hâle. »

J*avoue, cependant, qu'à mon avis ce n'est pas chose

facile pour le céleste empire que de créer une dette publique. Il faudrait avant tout y établir un gouvernement aolide, afin d'inspirer de la confiance aux préteurs. Mais tout cela peut arriver; il ne faut qu'un homme capable et décidé qui brise les chaînes de la routine et entreprenne énergiquement les réformes. Le pays est grand, riche, peuplé et avancé dans les arts. La connaissance de la lecture y est générale. — Que faut-il de plus pour former bien vite une nation qui se fasse respecter et méoie craindre?

Après tout ce que j'ai fait observer, je ne crois pas nécessaire de rappeler l'exemple si connu de ces milliers de Russes battus dans les premières années de Pierre le Grand par une poignée de Suédois, et de la revanche de Pultawa, pour établir que, si l'on force Tempire chinois k devenir militaire, il peut se transformer en une puissance redoutable.

Cette puissance serait conquérante, parce qu'elle a beaucoup de population ii exporter. Rien ne serait si populaire dans les provinces du littoral, que des expéditions armées pour s'emparer des îles voisines. On sait que les

Oiinois pmrresy de la classe des pirates, se répandent

de tous côtés, conservant leur costume et leurs usages, • construisant des pagodes et des théâtres, et formant, en un mot, de petites villes chinoises. On a remarqué que les Chinois ne se fusionnent jamais avec les gens des lieux où ils s'établissent; je crois que ce trait prononcé de nationalité est caractéristique de tous ceux qui appai^ tiennent k une grande patrie ; leur orgueil ne leur permet pas de se fusionner avec les habitants des petits États.

Aussitôt qu'ils se trouvent réunis en grand nombre sur un point quelconque, ils deviennent hautains et turbu«* lents, et cherchent à se rendre maîtres du pays qui leur a donné l'hospitalité. C'est ce qu'ils ont essayé trois foiSj k différentes époques , dans les îles Philippines ; ces tentatives ont forcé les autorités de l'archipel a les surcharger d'impôts pour les empêcher de s'y établir, et à ne pas recevoir au delà de 4,000 Chinois. Cette législation, pourtant, a été abolie pendant mon séjour en Chine, et pour ma part j'ai beaucoup contribué à sa suppression, ils se sont aussi soulevés à Java, et à l'instar de ce qui fut fait autrefois aux Philippines, le gouvernement hollandais a limité le chiffre des Chinois qui peuvent être admis. Tout le monde sait ce qui est arrivé tout récemment h Sarrawak. Us se soulèveront également à Singapour, à Pénang, et partout où ils sont très-nombreux, le jour où ils ne verront devant eux que des forces insuffisantes. Inutile d'ajouter que toutes ces populations sont toujours disposées à s'entendre avec les autorités de la Chine pour essayer un coup de main.

En 1603, un peu avant l'invasion des Tartares-Mand« choux, les Chinois qui habitaient Manille ourdirent une conspiration pour s'emparer de la colonie cl en chasser les Espagnols. Les chroniques des Philippines rapportent qu'ils se concertèrent avec les mandarins du littoral, lesquels envoyèrent une commission qui se présenta aux autorités espagnoles, sous un prétexte ridicule, pour

examiner les fortifications de Manille. Il paraît qu'une expédition de cent mille hommes était toute préparée. Hais le mouvement, ayant éclaté prématurément aux Philippines, n'eut d'autre résultat que le massacre de vingt-trois mille Chinois.

Cette expédition projetée contre les Philippines n*eût pas été la première de ce genre. En i12S0, l'empereur Hu* pi-lie envoya une flotte de quatre mille navires avec cent mille hommes de troupes de débarquement, pour coaipBténr le lapon. Le souverain de la Chine régnait alors sur la Corée, le Tonquin, la Cochinchine, la Tartarie, l'Afghanistan, la Perse et sur d autres pays orientaux. L'histoire de la Chine mentionne la prise de Bagdad par le général tartare-mongol Ha-la-gu, et son entrée dans la terre des francs. On voit, dans une lettre écrite à Philippe le Bel par le roi de Perse Oleijatu, en 1307, que ce roi n'était qu*ttn vice -roi de l'empereur de la Chine; cette lettre existe à la bibliothèque impériale de Paris, et on y trouve des inscriptions chinoises d'une parfaite clarté*

A cette époque, la famille de Tchingis4Lhan (Gengis*

kan) régnait sur la moitié du monde. Les Mongols alors écrasaient la Russie, faisaient la conquête de la Perse, de la Turquie, de la Hongrie et de la Pologne, et répaa* daient l'épouvante dans FEurope, sans en excepter h

France.

En 1247, un petit-ûls de ce fameux conquérant, Cou* dyouk, qid venait d'être proclamé grand khan des Tar*

lares-Mongols, étant entouré de tous les princes et capitaines de sa nation, et de plusieurs chefs et seigneurs de la Chine, de la Perse, du Turkhestan, de la Turquie, de la Russie, de la Géorgie, de Bagdad, de la Syrie et de la Mésopotamie, tous pays tributaires, secoua son étendard en le dirigeant vers les nations de l'Europe, et en jurant de les exterminer si elles ne reconnaissaient pas sa domf* nation, comme le reste de la terre.

AVANTAGÉS mi FaACTlONNfiMIàf^T D£ LA CSàm. Èàl

£h bien, n'oublions pa&que ces terribles Ihmgolâ appartenaient à célte mteie race dont se compose aiQOttiv d'hni la nation chinoise, nation qui, selon quelques gens, ne peut produire que des liommeb timides et méprisables

J'ai exposé toutes ces réflexions pour expliquer pourquoi, dans mon opinion, il serait très-convenable que ce vaste empire fut divisé en trois ou quatre royaumes dif* Càrents, afin d'éviter les dangers et les désastres qui se« raient à craindre, si, poubsés à bout par les canons et les navires à vapeur des Européens, les Chinois entraient dans la voie des innovations et des réformes. Ces diffië-

(*) L'histoire nous montre sans cesse les Chinois occupés, contre l'opinion commune, dans des guerres avec leurs voisins, les plus turbulents et les plus dangereux des ennemis. Nous les voyons s'agrandir aux dépens des peuples qui habiiaittit leurs frontières, Jaiqii'à ce que les déserta oo les montagnes opposent no obstacle inaorosootaUe à reiteoston de leur empire. À chaque instant* des expéditions lointaines vont, avee des succès divers, porter la guerre dans rinde> au delà du Gangc^ dans le Tbibet, la Corée, au Japon, dans la Boukharic.

Si les Chinois ont été soumis deux fois par les Tartares^ quatre fols au moins ils avaient soumis la Tartane entière, cette Tartarie d*où partaient les peuples qui ravageaient l'Europe, lis offraient leor appui aux Perses attaqués par les Arabes et abandonnés par les Grecs de Byzance. Déjà, précédemment, ils étaient venus en conquérants Jusque sur les bords de la mer Caspienne. Dans le premier siècle de notre èroi un générai chinois qui commandait dans ces contrées^ examina, dans un conseil de guerre, s'il convenait d'envoyer un de ses lieutenants soumettre l'empire romain. It renonça à ce projet par la crainte de fatiguer ses troupes qui avaient fait cependant plus des trois quarts du chemin. Ainsi, tandis qu*Horace et Properce promettaient aux Césars la soumission du pays des Sères, les Sères marchaient effectivement contre les Césars et ne a*arrétaient que fatigués de conquêtes, à douse cents llenes des frontières de la Chine, (Abei Rémusat» OSuvret pof^ fMiniaf).

renls Élals chinois, que j'imagine, auraient alors entre j eux et avec leurs voisins les mêmes différends, les mêmes rivalités qui existent entre les peuples d*£urope; le système chinois serait renversé par sa base, et cette vaste région, complètement ouverte, ferait enfin partie de la société humaine*

Dans le chapitre oiije donne* un aperçu de l'histoire ancienne de Chine, on peut voir que je ne propose ici rien de nouveau, cet empire ayant été divisé autrefois tantôt * en deux, tantôt en trois, et même en un bien plus grand ; nombre d^Ëtats différents : et il est important de remar- ! quer qu'à ces époques la population ne s'élevait pas à la j moitié de ce qu'elle est maintenant.

La guerre civile actuelle peut être une occasion favo- i rable pour fractionner Tempire chinois. D'abord, ces luttes intestines affaiblissent le gouvernement de l'empereur, Fanarchie slntroduit partout, et cet ensemble de circonstances n'a pu qu'être trés-propice aux cabinets de Londres et de Paris dans leurs différends avec les princes mandchoux. Mais il faut considérer aussi, d'un | autre c6té, que ces luttes, en donnant l'habitude de la ; guerre, forment des soldats et des généraux.

Je répéterai donc que, suivant ma manière de voir, il serait trés-prudent que l'Angleterre, la France et toutes les nations chrétiennes en général fissent des efforts pour amener le fractionnement de la Chine en trois ou quatre États indépendants, comptant chacun environ cent ou cent cinquante millions d'habitants.

le sais bien qu'on ne fera rien de cela, et que ces pages auront été écrites en pure perte ; mais un jour viendra, peut-être, où elles seront citées.

CHAPITM QUATRIÈME

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