CHAPITRE CINQUIÈME
A p:i£kin.
Dans mon premier livre sur la Chine (% à propos deg amt^assades permanentes , j'ai dit :
«On croit généralement que la plupart des difficultés qui entourent les étrangers en Chine disparaiti'aient si leurs gouvernements avaieat à Pékin des légations permanentes. Je suiSf au contraire , persuadé que des re* présentants auraient peu dinfluence par leur présence
seule et par la voie diplomalique.
tt Ces ambassadeurs seraient ^considérés comme des espions envoyés pour préparer la continuation des con* quêtes déjà accomplies dans Flnde, à Java, à Singapour,
(') VAngUterre, la Chine tt Vind», SS&I.
soi LA CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
à Malacca , aux Philippines, aux Mariannes, a Macao, a HoDg-koDg. S'ils 8*efforçaieot d'obtenir de nouveaux avautages pour le commerce, l'empereur dirait que l'avidité de ces barbares étrangers est insatiable , qu'à mesure qu'on leur fait plus de concessions et qu a la faveur de ces concessions ils réalisent plus de bénéfices, à mesure aussi ils font plus de demandes nouvelles; ainsi, et les représentants et les souverains représentés par eux seraient regardés comme des espèces de mendiants importuns. Qu'on n'oublie pas que le gouvernement chinois dédaigne le commerce, qu'il ne prend aucun souci de ceux de ses sujets qui sortent de l'empire , et qu'il n'envoie Jamais d'ambassades pour user de réciprocité envers les nations dont il en reçoit A ces considérations il faut ajouter la question du ko^iou, c'est-dire de la prosternation, hommage que l'empereur croit être tenu d'exiger des étrangers , sous peine de perdre auprès de la race qu'il gouverne son prestige et sa force morale.
« Quand un envoyé européen refuse de rendre cet hommage à l'empereur céleste, il irrite ce prince et les grands qui l'entourent, lesquels ne voient dans cette résistance qu'un acte d'orgueil et de fierté d'autant plus déplacé, qu'à leur point de vue il contraste de la façon la plus étrange avec la bassesse qu'ils trouvent à solliciter des concessions commerciales dans le but de gagner plus d*argent, ce que certainement ils ne fendent jamais , parce qu'ils croiraient non-seulement manquer de dignité, mais encore se soumettre à une humiliation. Voilà comme chaque peuple a sa manière de voir les choses! »
Les événements qui ont eu lieu depuis 1857 prouvent que je ne me trompais pas, et que les nations européennes auraient peu gagné à obtenir la permission d'entretenir des ambassades permanentes à Pékin.
Pour que les ambassadeurs fussent utiles, pour qu'on
les traitât avec considération, et qu'ils pussent voir les ministres du pays, et négocier pacifiquement avec eux il fallait faire ce qu'on a fait au mois d'octobre de 1860; il fallait renverser ce cfaHeau d'orgueil dans lequel s'embastillaient les entêtés et ignorants mandarins de Pékin, et d'où ils regardaient les peuples d'£urope comme inciviiisés et inférieurs k la Cbine.'ll fidlait désillusionner ce superbe empereur qui persistait à s'intituler Fils du ciel et Roi des rois. Il fallait établir, par la force des faits , le principe d'égalité que la cour de Pékin a toujours considéré comme une prétention absurde et folle : ce qui a été la véritable cause de tous les différends arrivés. On avait cru que les difficultés venaient des autorités avec lesquelles nous avions affaire dans les ports ouverts au commerce, et que si nous parvenions à celles de Pékin, tout s'arrangerait à Tamiable. C'était une profonde erreur« Les difficultés venaient surtout de la cour; elle dégradait ceux des mandarins qui osaient dire quelque . mot en faveur des Européens ou qui n'en pariaient pas avec mépris et horreur même. '
Depuis octobre 4860 les choses ont changé. Les princes et gouvernants de la cour ne voulaient pas reconnaître la faiblesse de la Chine et la supériorité militaire des Européens; ils rejetaient toujours lehl&me sur lesfonc^ tionnaires des provinces > les uns avaient été Iftches, les autres faibles ou imbéciles ; ceux-ci avaient manqué de tact et de prudence , ceux-là s'étaient laissé corrompre par For étranger. Maintenant ces fiérs partisans de la guerre ont vu les figures des Européens, ils ont été battus et dispersés par eux ; ils leur ont abandonne la capitale; ils leur ont laissé brûler tranquillement la fameuse demeure de l'empereur. Il faudra bien que Sa Majesté et ceux qui Tentourent commencent a ouvrir les yeux a la vérité, et renoncent peu à peu à leurs anciennes prétentions de supériorité sur toute la race humaine. Déjà le prince Koung, le frère de l'empereur, a reçu sur le pied
m LA CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
d'égalité ks représentants des monarques de France et d'Angleiem, el leur a fait des yisitea 1 Voilà un progrès.
le répèle donc qae Vètat des relations entre l'Europe, et la Chine a singulièrement changé depuis la prise de Pékin, et que maintenant les légations européennes permanentes pourront f6nctionner et obtenir de la cour des décrets favorables pour le commerce ; ce qui eût été de toute impossibilité avant Ibumiliatiôn du monarque cé« leste.
Je ne prétends pas dire, néanmoins, qu'il n'y aura point d'obstacles à vaincre* Les mandarins s'efforceront pendant longtemps de regagner le terrain perdu en fait de supériorité sur les étrangers, mais ceux^;! triompheront,
surtout s'ils ont la sagesse de s' unir pour agir de commun accord.
L'affaire la plus grave est celle du XMou (la proster^
nation), a Toccasion des audiences de Tempereur. Cette question a été très^Lébattue a différents points de vue. Plusieurs ambassadeurs chrétiens se sont soumis^ par . Tordre de leurs gouvernements, k cette cérémonie humiliante du ko'iou^ par le principe qu'il est juste et nécessaire de se conformer aux usages du pays où Ton va. Les ambassadeurs anglais, sans en excepter lord Elgin en 4858 et 1860, ont eu pour instruction de plier le genou devant Fempereur, comme un sujet anglais devant Sa Majesté Britannique. Les envoyés de France et des États-Unis d'Amérique n'ont pas été autorisés k aller si loin. Aussi n'ont-ils pas exigé d'être admis à la présence de Sa Majesté Chinoise (%
Napoléon étant k Sainte-Hélène, reçut la visite de lord Amherst, ambassadeur anglais à la cour de Pékin, vers Tan 1816. A cette occasion, et en causant avec son
(*) Voyei l'oavnge de M. G. Paathter sar les relations pollUqQes 4e la Chine aveo les pofssances oecidentales.
DES AMBASSADES CHRÉTI£l«iN£S A PÉKIN. SOT
médecin Omeara, l'empereur prisonnier dit que s'il avait envoyé un embaftsadeur à Pékin, il lui aurait ordonné dê S0 emfarmêr aux ttêoges du pays et de faire le ko^ÊU exactement comme les grands mandarins de l'empire , mais rien de plus. U ne trouva pas bien que lors Amherst se fftt refusé à exécuter le prosternementf et il exprima que les Anglais perdraient l'amitié de la nation chinoise et peut-être de grands avantages commerciaux pour cet enfantillage. Ainsi le grand Napoléon traite é'eftfaniillage le point de moir si les représentants des rois d'Europe doivent ou ne doivent pas faire le ko-tou au monarque asiatique. (N'ayant point étudié la question, il pensait, sans doute, qu*U n'y atait qu'à se prosterner pour tout obtenir).
Il ne n)anque pourtant pas d'autorités en sens con* traire. Valére Maxime raconte que les Athéniiens condam» nèrent h mort leur concitoyen Timagoras, dont le crime
avait étô de se prosterner devant Darius , roi des Perses, Deux hérauts de Darius avaient été tués à Sparte dans une émeute populaire • La république envoya h son succèsseur^Xerxès, deux Spartiates qui s'étaient volontairement offerts à se mettre dans les mains du despote persan et à mourir pour expier l'assassinat des deux hérauts. Hérodote raconte qu*a leur arrivée ii Snee, les satellites de Xerxès voulurent obliger les deux Spartiates a se prosterner, en les menaçant de leurs lances* . Les Spartiates déclarèrent qu'ils étaient venus pour mourir afin d*expier le crime qu'on avait commis à Sparte en tuant deux hérauts de Darius, et qu'ils étaient prêts à mourir, mais que quant k la prosternation, ils ne la feraient pas, dût-on leur briser la tête contre le soî^ les Spartiates n'étant pas dans l'habitude d'adorer aucun homme.
L'agenouillement est sans doute beaucoup plus prodigué en Chine qu'en Europe, mais il y a le même sens. Quand on veut punir quelqu'un, on le fait mettre à genoux. On peut voir dans mon article sur le théâtre
SOS LA ClDIfi ET LES PI^ISSANCES GHilSIIElVlfES.
(page iib), une scène dans laquelle on ordonne à une
demoiselle qui est tombée en faute de s'agenouiller et de demander pardon. L'empereur lui-même fait le ko-tou a l'adresse du ciel dans les temples du ciel, de la terre, etc., c'est-à-dire qu'il adore le ciel au moyen des mêmes formes qu'il exige pour lui de ses sujeU et des représentants des rois d'Europe,
£st41 vrai que l'empereur perdrait son prestige envers le peuple et qu'il serait méprisé si, en recevant les représentants européens, il les dispensait de la prosternation? Beaucoup d'Européens l'ont pensé, mais je ne le crois nullement. En Chine, la vénération pour l'antiquité est toute-puissante, et le respect qu'on professe pour les doctrines de Confucius est encore plus grand : il ne peut être comparé qu'à celui que nous avons pour l'Évangile et à celui des musulmans pour le Koran. On trouvera dans ce livre.un chapitre démontrant que la société entière chinoise a été façonnée comme dan$ un moule par les ou«^ vrages de cet homme extraordinaire auquel on a élevé un temple dans chaque ville de Chine, et devant la statue duquel l'empereur lui-même se prosterne. Il a été déclaré et il est reconnu officiellement le maître de la nation.
Eh bieni Confucius n'a jamais recommandé le ko-Um devant l'empereur, et il ne l'exécuta jamais de sa vie. De son temps cet usage servile n'était pas connu. Il ne l'était pas non plus trois cent soixante-dix ans après sa mort. Selon le rituel des cérémonies de la dynastie Tcheou, on saluait Tempereur en faisant trois révérences avec les mains relevées sur la tête ou pendantes vers la terre. A ce que croit une bonne autorité, M. Pauthier, l'usage du AM>-foti ftit introduit à la cour impériale par Tsin-chi-hoang-ti , le monarque despote qui fit brûler tous les livres de la Chine et quatre cents lettrés avec.
Les ambassadeurs chrétiens devraientdonc exposer que le ifco-ifmt n'est pas un usage antique, même pour les na« tionaux, et que, par conséquent, il n'est pas réellement
cliinoivS. Us devraient ifisister sm* re que sioii iiitroduciion a eu Lieu dauâ les temps aiederiies, et que CkmfUiCiuâ m U prtKtiqiift et ^6 te-recdmnûmda jam^..
0¥ ces rMscHis .sottl d'un grand poids pour la €hiii6r je puis l'aiîlrmer. L'empereur pourrait aussi s y appuyer parfiMloûetti dans un déci^t où il féraîl la gracieajLMté da AfepeMar les aaalMMadetm éUtefars de la i^rosleniar tion , vu qu'elle n'est pas en usage dans leurs pays et ifu'ils &&nt de& hommes représ^tant la p^âOiii|e du mofia«^è qtii Ift euvife.
lé ne vois pas que remperear -Mt le' moins du monde perdu cause de cela. C'est plutôt rauarcliie, le brigan^ ttage^ la {idraleriei. la rébeUiwit ia iiMaère |é(SpBai4 daai^ retnptre, qui lè tléemeidèreiit ; niuni que le .trjqjupht^ des Européens entrant à Pékin. ' * *
Il serait absurde de croire q^e cbez un peuple çg^uu^^ eMarde la Ctiîae^'^Mir de .vues peatîq^ . et'd^raison , un bon prince dût perdre son prestige pour s'ôtre n^ontré simple et courtois, à l'excès si Tou ve.ut» envers ,4^ iiauti» persemiage» étiaugers. ^ * • H y a éfleete une réteme» à fiure : la population de la Chine est double de celle de toute l'Europe. La presse périodique y est complètement inconnue. La mte feailié iiaprimée qui rosaeinbie à un jouroal est ee que nous appelons la Gazette de Pékin^ distribuée aux employés du gouvernement : c est tout simplement Wif fémÉeiik de.pîèees ott6îelte$. il est deac ben^ de.djo«ie quersffenfpeiM» reeevail éaos riujbérieut de son palais les ambassadeurs étrangers a ia manière européenne, cela passerai aaœj^élweat inaperçu de cet imiueuse peuple. ' .
' • Des ambassadeurs portugais et hollandais se sont sou-
iuis à Pékin h la eérénionie du ko4ou et ils n'y ont rien
Safpft^V.L'expMenee aM âanc^aite.-(;iapc^u.l" proba^
Memenir ne eqnnaissait pas.) : * .
* * On a débattu aussi la question de savoir si le niot i ap- • ♦
510 LA CHINL El LïùS PLJSSÂNCEb CHHÉTIEr<(r<il::S.
plfqiiè tox clirèliui, èl qui ait proscrit par Ihb arlMa
traité de Tien-tsin, signifie pour les Chinois barbare, selon la traductioQ que nous en faisons généralement^ ou s.'il tiipiiiie tout iknplêineiit kùnam étrmfer. QvdqMB trinologtt^lMSMtpfMéiioM'iww et ils ont blâmé Timportance qui a été donnée k Tusage de cette parole, ainsi que let piuotfii qu'elle a pnHre4iiée& denotitepaH. • * * .
Fa! «lier Centre -eeUe opin^en ^lee teites cblnoîr. lloung-jin, le ministre du prétendant Tae-ping, dans le livre qu'il a publié à Nankin et dont j*ai douaè un bref aperçu ail dM{Mfe# II; tuMe^ boî» rgppeHiquIi Ml utile d'entrefeflfr sn^c les étrangers, et dît eipreseéinent qu'il n*est pas juste de les désigner sous le nom de pHlatUm^ i^oiite-141, q»'tl wecoii»<ii<ya#<ie4oiiiiar Mi <i i ai
Lors de la visite à Pékin de M. Ward, en 1859, Tempereur édicta un décret où il > avait ces lignes : < l.e nii^ nistre améf^^lA a dèélârè qùll rendraît-ali aouteraiD ^ la Chine les mêmes hommages qifll remt tm iMréaidMftt des États-Unis» En disant ces paroles, M. Ward a comparé la Chine au pays des mova et des.û . '
fl est donc ineratestaMa que la niot i a f&^r 1» GU^ nois une signification offensive^ et pourtatft il8-8*en sôitt servis constamment pour désigner las Européens et les. àùèrieains. -
le said dMfleuHpar éixpMaiM»qiieqiiwAleafil^^ dans leurs rapports avec les chrétiens, veulent être polis, ils ne se servent pour les désigner que du nom fan-jin du plntM fmcMiowiriii^. Ge denrfèlr.moi Teutdîfelîliéi^ ralement gens (jiu) de pays (tUHia) extériéur (Mai).
Revenant au ko^tou, je pense que ce sera le point sur lequel la cour impériale cédera le plus difficilement , qvVfclors, si dea44«i!t^» pefouwftto aMi. inalattéea Pékin , les agents 'eeWvnt proh aMé t Heat - rfbKgès , pow éviter des embarras, de se borner k traiter avec les mi—
DES AALBASSADËS CUIŒTIEI^MES A PElOrs. 51t
nistres de la couronne, sans voir Tempereur lui-même. C'est du reste ce qui s'observait à Gonstantinople, il n'y a encore que peu d'années. Le tempe fera le reste*
Les mandarins, si fertiles en expédients , en ont d^à imaginé un qui n'est pas maladroit pour rèsoudrOi au moins temporairement, cette difficulté»
Un commissaire impérial était depuis 1843, k Canton, chargé de recevoir les représentants des gouvernements chrétiens et de traiter avec eux. £li bien 1 par décret du U décembre 1860, Tempereur a institué une place de commissaire impérial résidant a Pékin, chargé de toutes les affaires concernant le commerce étranger ; et pour remplir cette charge il a nommé son frère, le prince Koung, qui a déjà traité personnellement, au mois de novembre 1860, avec les ambassadeurs de France, d'Autgleterre et de Hussie. Naturellement il sera dit aux représentants européens qui dorénavent iront h Pékin, de s'adresser au prince Koung , et l'empereur lui-même continuera à refiiser des audiences sous le prétexte d^ leur inutilité, he leur cAté les Européens, qui sintéressent aux affaires de Chine, ont beaucoup applaudi a cette nomination du prince Koung, que les journaux ont annoncée comme la création d*un ministère des ûffai» tes étrangères a Pékin, a Timitation de ce roua^^e officiel des gouvernements chrétiens:
Les ambassadeurs ne deyraient apporter à Példn aucune espèce de présents; on sera ainsi forcé de les reconnaître comme des représentants envoyés pour traiter d'affaires politiques et commerciales, et l'on ne pourra les considérer comme des potteurs de tributs {*).
0 L'abbé Hue raconte, dans son ouvrai^c le CUriatianùme en Chins, que saint Loois eoToya des ambassadeurs au kban des Tartares-MongolSj et que oelui-ci écrivit à d'autres princes que le roi de France venait de se soumettre i lui, et qu'ils devaient faire an plus tôt de mcmc^ sans quoi il les passerait au ûl de Tépée. L'abbé
51» LA GH1N£ £T LES PUISSANCES CURjÉrTlËNNËS.
De toute manière les envoyés chrétiens devraient, pour être traités avec quelque considération, s'entourer d'un grand appareil , et user d'un langage très-ferme , afin de neutraliser les efforts que les mandarins ne manqueront pas de faire pour les . rabaisser autant qu'il leur sera possible.
Je répéterai ici ce que j'ai dit dans mon livre VAngleterre, la Chine et Vlnde^ sur les ambassades chinoises en Europe. Les événementsquisesontaccomplisdepuis 1857y les documents indigènes qu'on a acquis et la fatale ignorance des choses de TEuropedont les mandarins ont fait preuve, sont venus ajouter de la force à mes opinions et à mes arguments d'alors.
« levais toucher un point auquel je demande qu'on veuille bien apporter une attention toute particulière. Si ce que Ton désire est d oumr la Chine^ d'obtenir que cette singulière puissance entre dans le cercle , dans le système des autres États civilisés, et d'établir avec elle de solides et pacifiques relations commerciales, si c'est fà, dis-je, ce que l'on désire, on doit exiger que l'em* pereur de la Chine entretienne des ambassades composées d'un nombreux personnel dans les principales capitales du monde.
« Les individus qui feraient partie des ambassades chinoises k Londres, a Paris , k Washington , etc. , seraient des lettrés et des personnages occupant dans leur pays une haute position; ils apprendraient les langues de PEurope, ils envieraient les progrès de notre civilisation, et l'admiration remplacerait bientôt chez eux le mépris qu'ils ont maintenant pour nous. De retour dans leur
Hue ^oute : « Saint Louis envoie on ambassadeur, done il se re« connaît tributaire; ses présents sont un tribut par lequel il témoigne sa soumission aux Tartares : teile a toujours été la manière de raisonner à la cour des Fils du ciel, cl les Mongols n'en avaient ccrlalaement pas d'autre. »
patrie , ils parleraient des étrangers dans un sens fiiyorable, ils pQblîeraient des relations de leurs voyages, même des traductions d'une multitude de nos ouvrages dans tous les genres.
« Non-seulement un grand nombre de mandarins hauts et bas, jeunes et vieux , seraient ainsi envoyés en Europe et en Amérique , mais encore une infinité de particuliers riches^ enthousiasmés par les relations qu'ils auraient entendues ou lues , ne manqueraient pas de visiter h leurs frais des contrées qui seraient pour eux un nouveau monde. Sans nu^ doute, ils apprécieraient beaucoup les choses d'Ëurope et sa bonne société; comme aussi ils seraient chez nous parfaitement accueillis , et bien des gens admireraient la pénétration, le bon ton et Téiégance des Chinois bien élevés.
« 11 serait impossible de calculer combien ces relations personnelles produiraient d'heureux résultats et dissiperaient de préjugés; mais le principal avantage qu'elles auraient serait de faire comprendre aux hauts fonctionnaires chinois l'ori^ne et l'objet des missions de propagande chrétienne, et les raisons d'économie sociale qui nous font prendre tant à cœur la protection etTextension du commerce, comme aussi de les convaincre que nous ne songeons en aucune manière, pas même dans l'avenir le plus éloigné, a nous emparer de leur pays.
« Assurément les Chinois, qui sont gens d'une intelligence vive et nette, et qui cherchent en tout la raison et l'utilité, remarqueraient en Europe bien des choses qui leur paraîtraient absurdes ou vaines. Ils s'étonneraient d'abord de trouver presque partout l'intolérance religieuse; ils ne verraient pas avec moins de surprise les lois qui limitent le taux de l'intérêt de l'argent, lois si déraisonnables qu'il n'a jamais été possible d'en assurer Texécution, et qui pourtant sont en vigueur en France et dans beaucoup d'autres pays qui se piquent de civilisation, et où il se publie chaque jour des ouvrages d'écono-
3t4 LA GUIMË £T LES PUiâSANCfiS GHBÊTIËNKËS.
mie politique iï& ne comprendraient pas rutiiitè d'ètouffer un pauvre soldat sous un formidable bonnet à poil, qui le met à peu près dans Timpossibilité de faire ce à quoi il est destiné, c'est-a-dire la guerre ; ils trouveraient bizarre, ce qui nous semble à nous gracieux, qu*une femme se serre .la ceinture dWe manière excessive et s'élargisse artificiellement les hanches , de sorte qu'ainsi arrangée, elle ressemble à n iu] porte quoi piuiùi qu*à une femme ; ils ne trouveraient pas q^oins singulier de nous voir dans un brillant salon, pendant un bal ou une soirée, tenir îi la main notre cliapeau (dont 1 unique usage est de couvrir la tète) et le garder avec un soin qui ne peut indiquer que la peur qu'on ne nous le vole; et aussi d'y trouver des diplomates armés d*une épée; ils seraient dégoûtés quand ils trouveraient ù coté d un magnifique magasin de bijoux ou de dentelles, un charcutier ou im boucher ayant de monstrueux morceaux de bœuf suspendus à la porte, et dont la désagréable odeur les choquerait ; ils souriraient en voyant des cochers ou des laquais jeunes encore, k qui Ton a, par luxe et élégance, mis une perruque ou peint les cheveux au moyen d'un en-» duit blanc; ils remarqueraient encore une infinité d'autres ridicules extravagants, qu'il serait superflu d'énuinérerlcii
«Mais, en revanche, que de choses dignes d'êtres imitées exciteraient leur admiration, et combien ne nous trouveraient-ils pas supérieurs à eux dans tout ce qui a rapport aux sciences et aux artsl
« On peut assurer que toutes les entraves que nous rencontrons maintenant en Chine viennent de ce que nous y sommes mal connus et mal compris. C'est une chosè déplorable que l'ignorance des habitants de cet empire,
(*) Le gouvernemcQt chinois n'a jamais eu l'idée d^ntcrvenir dans la fixation du taux de l'intérêt de rargent; il a toujours laissé ce soin à la libre volonté des parties intéressées.
grands et petits, à l'endroit de tout ce qui tient à l'Europe, 11 y a bien peu de temps que le vicoi^roi de Canton, com* missaire impérial, dans une proclamation devenue fameuse, donnait très sérieusement comme un fait incontestable que, sans le thé et la rhubarbe, nous ne pourrions exister. Un Chinois, propriétaire, examinant un jour les effets que j'avais apportés d'Hurope, aperi^ut un livre, mais sans comprendre ce que c'était, car lés livres chinois sont très-diflêrents des nftlres : il demanda à mon maître de chinois ce qu'était cet objet, et, sur la réponse de celui-ci, il s'écria tout étonné : « Comment, les étrau" gers ont donc aussi des livres? — Oui, et même quelques centaines. — Quelques centaines ! » 8*écr!a mon non* vel ami, ne pouvant revenir de son étonnement. Dans une autre circonstance, causant avec une personne distinguée du pays, et la conversation étant tombée SUT les voleurs, mon interlocuteur me demanda si, en Ëurope, il y avait aussi des voleurs, et quel moyen on employait pour s*en débarrasser, c U y a aussi des voleurs en Europe, lui répondis-je, et les magistrats, quand ils le peuvent, les arrêtent et les punissent conformément aux lois* — Quoi 1 s'écrîart-il tout surpris, il y a donc dans votre pays des magistrats et des lois!» Cela nous amena h entrer dans des détails qui me montrèrent que cet excellent homme était persuadé qu'en Europe nous vivions dans l'état de nature. Les cartes chinoises représentent lo Céleste Empire comme un grand carré, autour duquel quelques petites îles figurent l'Angleterre, la France, etc.; voilà peut être pourquoi les Chinois appellent leur pays Tchoutirkoua (le pays du milieu).
« Voici quelques passages d'une conversation qui eut lieu, en octobre 1849, enire Tempereur et Pi-kuei, haut
mandarin gouverneur de Canton en 1858. Cette conversation fut écrite par Pi-kuei lui-même ; et M. Meadows, interprète du gouvernement anglais en Chine, en obtint
M Lk CHINE ET LES FDISSANCES CHBËTIENNE&
une copie et la publia, en expliquant comment elle était venue en ses mains. Pour éviter des longueurs, je ne
borne ^ dire que je la tiens pour parfaitement authentique et exacte*
L'£UPER£UR.
Vous fûtes recommandé par Siu-kwang-tsin (*) pour être employé dans les affaires concernant les barbares; Ki-ying (**) vous a-tril jamais employé dans cette brauche*làT
PI-KUBL
Jamais, sire.
L'EMPEREUR
Je vois que Siu-kwang-tsin ne s^est jamais servi d^au-
cune des personnes employées par Ki-yingî Dans ces dernières années les affaires concernant les barbares ont causé à Ki-ying une frayeur presque mortelle. Les personnes qui Font assisté dans ces transactions n'ont fait qu'en exagérer l'importance, de sorte que Ki-ying, toujours frappé du même effroi et prêtant l'oreille à tous leurs propos, étendit ainsi la grande renommée des barbares. Il a toujours dit queHwang-an-toung (***) était un homme capable. Non-seulement il l'assurait dans sa correspondance, mais cette année même, dans une audience, il me disait queHwang-an-toung était le seul quîpftt conduire convenablement les affaires avec les barbares. Il me dit aussi que les dispositions du peuple étaient mauvaises. Pourtant, avec quelle adresse ne se sont-ils pas
(*) Alors gouverneur général de Kwang-toung (Canton) et de Kouang*8i.
(**) Le précédent gonTemear général.
(***) Hwang-an-tonng est on Chinois qui occupai Nankin un peste élefé lortqoe le traité fut conclu. U était le hras droit de Kl-ying, et fut le négociateur réel du traité.
conduits, Sîu-kwang-tsin et ses auxiliaires! Ils ont, dans l'espace d'un mois, sans avoir porté un seul coup, mis sur pied un corps organisé de plus de iOO.OOO hommes, et réuni quelques centaines de mille de taels pour pour» Toîr aux dépenses nécessaires. Il est évident, puisque le peuple s'est si bien conduit, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner que ces individus, Hwang-an-toung et Ghaou chanlîng (*), aient été signalés expressément comme de grands traîtres. En outre, à cette époque, des bandits indigènes troublaient aussi le pays. Ta! oublié sur quel point.
PI-KUEI,
A Tsing-jruen et Ying-tih.
L'BMPERfiUR.
Exactement. Yous autres (Siu et son entourage] vous avez arrangé ces affaires. Les barbares, il me semble, dépendent entièrement de Kouang-toung (Canton) pour gagner leur yie.
PI-KUEI.
Le peuple de Kouang-toung voit très bien que les barbares ne pourraient réaliser aucun profit sans cette pro< vince.
L'BMPBREUR.
C'est très-juste. Quelles sont les autres personnes employées aux affaires avec les barbares?
PI-KUBI.
Les intendants expectants (surnuméraires) Heu-iseangkwang et Wou-tsung-yaou (liowqua).
L*BMPBRBDR.
Appartenez-vous a quelque banjiière mandchoue ou mongole ? A quelle bannière appartenea^vous ?
(') Autre mandarin éhfnois et auxiliaire capable de Ki-ying.
is.
pi-Exm.
A la bannière jaune mongole.
L'EMPEREUR
Par qui fùtes-vous recommandé pour obtenir des promotions dans le service?
PI-KUEI. '
Par le gouverneur général Ui-kung (qui a pris sa retraite en mars 1844).
L'EMPEREUa.
Les barbares anglais ont-ils subi quelque affaiblisse* ment dans leur puissance en ces derniers temps ?
PI-KUEl,
Ils semblent être devenus plus fàibles.
L'EMPEREUR
Le nombre de leurs soldats àHong-kong se monte-t-jl à trois ou quatre mille?
PI-KUBL
11 ne s'élève qu'à deux ou trois mille, et plus de li| moitié de ce nombre n'est que nominal. La plus grande partie des soldats à l'uniforme vert (tirailleurs de Ceylan?) ont été dispersés par suite du manque de fonds. Le com^ merce n*est pas florissant à Ning-po et dans les autreai ports voisins.
L'EMPEREUR
J*ai oui dire qu*il n*est pas prospère k Nîng-po et h
Amoy, ni k Chang-haï nou plus. Nous voyons par là que la prospérité est toujours suivie d'une décadence.
PIKUEÏ.
Les barbares anglais étaient dans un fftcheux état Tannée dernière dans leur ptopre pays, où ils furent
frappés d'une épidémie, et ii llong-kong, Tanuée dernit>re, plus de niillo individus sont morts par suite desexiàalai- $Ons qu'avaient produites les chaleurs.
l.'BMPEilBUR.
Dans toutes les affaires la décadence suit la prospérité, A quoi sert le pouvoir de l'homme 1
PI-KUEl.
La fortune divine de Votre Majesté en est la cause (de la décadence de la puissance des Anglais).
L'EMPEREUR
Pensez-vous, d'après les apparences que présentent les choses à Kouang-toung (Canton), que les barbares anglais ou bien d^autres gens y causeront de nouveau des trou* blest
Pl-KUEI.
Non. L'Angleterre n*a pas de ressources, et lorsque les barbares anglais se révoltèrent en 1841, ils dépendaient
alors entièrement du pouvoir des autres nations, qui, dans le but d'ouvrir des voies à leur commerce, les ont soutenus de leurs fonds. Pendant la présente année (ici suivent dans le manuscrit chinois deux mots qui ne font point un sens avec le texte. Ces mots sont « tiin te, » littèral0ment « lois et territoires. » Probablement les mots employés étaient territoires soumis)^ les territoires soumis de l'Angleterre ne lui ont pas montré une obéissance spontanée,
L'EMPEREUR
Il ressort évidemment de tout cela que les barbares n'ont en vue constamment que des spéculations commerciales, et qu'ils ne nourrissent pas de hauts projets ayant
pour but des acquisitions territoriales (*).
(') Ces paroles de Tempereur résultent probablement de ce quû lui dirent les ministres, en iS4S, pour le déterminer à sanctionner la cession de Hong-kong; elles sont pour moi, entre autres^ la preof e que ce dialogue est authentiquer
PI-KUEI.
Au fondf ils appartiennent à la classe des brutes, il est
impossible qu'ils entretiennent aucune idée élevée,
L'fiMPBBEUB.
Dans leur pays ils ont tantôt une femme, tantôt un homme pour souverain. Il est évident qu'ils ne sont pas dignes qu'on s'occupe d'eux. Ont-ils comme nous un temps fixé de service pouf le chef de leurs soldats, Bonham?
PI-TOBI.
Quelques-uns (des gouverneurs de Hong-kong) sont remplacés au bout de deux ans, d'autres au bout de trois ans. Quoique ce soit le prince de ces barbares qui les envoie, ils sont en réalité recommandés par la corporation de leurs marchands.
L'EMPEBBOR.
Quels sont les objets dont les Français font le commerce?
P1>KUII«
Les marchandises des barbares sont des camelots , des laines, des draps, des pendules, des montres, des toiles en coton et autres. Tous leurs pays en ont, bonnes ou mauvaises.
Quel est le pays dont les marchandises soient le plus chères?
PI-KUEI.
Tous les pays en ont de chères et de bon marché, il n'y a pas de grandes différences entre leurs prix ( d'articles
similaires). Seulement, quant à l'article camelots, ceux de Fxance passent pour les meiileucs.
L'EMPEREUR
La Chine n'a pas besoin de tissus étrangers de soie et de coton, et surtout pour ceux de coton , quelle nécesritè
DES AMBASSADES CHRÉTIENNES A PEkiiN. 521
en a-t-elle ? Par exemple , les enveloppes pour paquet (♦) peuvent être faites de jaune foncé ou de jaune paie (pour le palais), et hors du palais, les gens du peuple pourraient faire usage pour cela de nankin colorié ou bleu. Gela paraîtrait simple et sans affectation ; mais dernièrement il est devenu à la mode de porter des toiles de coton étranger à fleurs, lesquelles sont très-bizarres. D'autres personnes portent des chemises en toile de coton étranger. Ëh bien! voyez, moi le plus haut des hommes, — mes chemises et mes vêtements intérieurs sont tous en toile de la Corée.— le n'ai jamais fait usage de cotons étrangers.
PI-KUSI.
Les tissus de coton étranger n'ont pas de corps ( litté* raiement d'o^}; ils ne valent rien pour des vêtements.
L'BMPBHBCni.
£t ils ne se lavent pas bien.
Pf-KUBI.
C'est vrai, sire.
L1MPBRBUR.
L'opium, je le suppose, se vend et s'achète ouvertement à Kouang-toung (Canton).
PI-KUEI.
Je n'oserais pas tromper Votre Majesté. Personne n'a l'audace de Tacheter ou de le vendre publiquement ; mais
la quantité achetée et vendue en secret ne laisse pas que d'être considérable.
L'EMPEREUR
U me semble que pour le commerce de cet article il
n Les moachofrt importés en Chine ne sont pas employés poQT l'usage du noz, mais bien pouf envelopper des objets qui seraient trop volumineux pour élrc mis dans la manche du vêtement, et qu'un Européen mettrait dans la poche du sien.
SM lA CHINE ET LES PUISSANCES GHRËTIENNES.
doit y aYoir aussi une période de prospérilèjot une autre de déclin. Si Je Tonlais infliger de séTères punitions , je
pourrais me trouver dans le cas de punir aujourd'hui , de punir de nouveau demain, et tout le monde, sans un grand résultat. Si nous laissons s'écouler deux ou trois années^ cinq ou six années, Tusage naturellement s'en perdra.
Pi-KUEI.
Certainement, sire.
L'BMPEREOR.
Pensez-vous que Topium soit plus cher maintenant que dans le passé ? {Ens(mriant,)yous n'en fumez pas, n'cst-re pas? Probablement VOUS ne pouvez me répondre à ce sujet.
PI-KUEI.
Les notables du pays et les lettrés auxquels j'ai fait des
questions là-dessus, m'ont dit que Topium esta très-bas prix dans ce moment<^i.
LWPBREUR.
En vérité 1 Pourquoi est-il si bon marcbé ?
PI-KUEÏ.
Parce que la qualité n'est plus la même que celle d'autrefois.
L'EMPEREUR
Geciestencore un exemple de prospérité etde décadence. Comment les deux et la terre toléreraient-ils longtemps une substance aussi destructive de la vie ? Ainsi, dans la consommation du tabac, la feuille de celui de Kouang* .toung étant forte en goût et la feuille de celui de Sing-tsze étant faible, ceux qui se sont accoutumés a l'usage de la première n'aiment pas naturellement la seconde. Pensez-vous qu'à l'avenir les barbares anglais k Hong-kong se tiendront tranquilles?
DES AMBASSADES CURÉTlËNm A PÉKIN. m
PI-KUEI.
Les barbares anglais ont fait de grandes dépenses pour la construction de maisons , en vue d*en faire leur résidence permanente et d'y vivre en paix. D'un autre côte, le peuple de Houg-kong et tout son voisinage a pris depuis longtemps ces barbares en aversion , et les bandits locaux (pirates) attendent depuis longtemps aussi, avec une ardente convoitise, pour s emparer de ces habitations. Les barbares sont, pour cette raison, constamment dans la crainte de perdre leur établissement
Ils ont ainsi ajouté h leurs soucis en se créant une
préoccupation intérieure. Après tout, quoi qu'il en arrive, ils ont toujours leur propre pays pour refuge (littérale-^ ment ntd, tanière^ mots usités fréquemment pour dé^ signer les capitales des souverains étrangers).
PI-KUEI.
Oui , sire.
L'£MP£ii£UA.
Y a-t-il entre le gouverneur générai et le goliverneur
de Canton quelque désaccord ?
Pl-kUfil.
Votre esclave supplie Votre Majesté d'avoir son sacré esprit tranquille. Le gouverneur général et le gouverneur non-seulement remplissent leurs fonctions avec une par&ite bonne foi, mais aussi avec un constant et mutuel accord.
L'BMPBREtJB.
Ceci est bien. Ce que l'on doit désirer c'est 1 accord. Souvent le gouverneur général et le gouverneur dans la même province sont mal ensemble.
Pl-KUEI.
Votre esclave , pendant le grand nombre d'années qu'il a passées àKouang-toung,n*ajamais vu régner une
Ui LA CHINE ET LES PUISSANGES CHRÉTIENNES.
plus grande entente entre le gouverneur général ei le gouverneur*
L'EMPEREUR
Ils sont tous les deux au meilleur temps de leur âge ,
précisément a l'époque de la vie la plus propre pour le travail ; ils doivent employer au mieux leurs facultés physiques et morales. Il est bien aussi que 'vous et le juge criminel, qui êtes leurs subordonnés immédiats, si vous apprenez quelque chose dont vous craind riez qu ils ne soient pas bien informés, vous leur en fassiez pari Gonnaisscz-vousle Juge nouvellement institué, Ke-shuhtsaou?
Pl-KUEL
Non, siie.
L'BMPERBUR.
C'est un très-honnète homme, très-sincère et sans affectation, comme vous le verrez quand vous aurez
passé une demi-année près de lui. Vous pouvez aller maintenant préparer votre départ. »
Parmi les documents qu'on a trouvés aux archives de
Ye, lors de la prise de Canton , un autre compte rendu de ce genre a été découvert : c'est un dialogue entre rintendantde Canton, Ki-shou-tsan,etrempereur actuel. Ce dialogue prouve que Hien-fung n'est pas beaucoup plus intelligent que son père Tao-kouang. Je vais donner un morceau delà partie qui parle .des étrangers.
L'fillPBRBUR.
« Les barbares anglais sont-ils tranquilles pour le moment, ou le contraire ?
U-SHU-TSAN.
. Ils sont tranquilles jusqu'ici.
i>fis À1IBAS8ABM cinuenEimis k PÊm. m
L'EUPBRBUR.
Leur commerce ne causera-t-il pas des embarras un jour?