‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 67 sur 71 · KI-8HU-TSAN · texte numérisé non relu

KI-8HU-TSAN

La nature des barbares donne lieu à bien des soupçons.

Ils nous ont adressé il y a deux ou trois mois une comoiimication qui soulevait C^) plusieurs questions, dans un langage menaçant. Siu et Yé comprennent parfaitement leurs ruses, et comme on ne peut se tirer d'affaire avec eux qu'en étant décidé et résolu , ils n'emploient pas plus de paroles dans leurs réponses qu'il n*en faut pour répliquer a ce que disent les barbares , qui n'ont plus rien à suggérer.

L'BMPBRBIJR.

Savez-vous k propos de quoi ils écrivaient?

KI-SHU-TSAN.

Dans les rapports avec les barbares, Siu et Yé regardent le secret comme très-important.

Comment savez*vous ce qui se passe dans leur pays?

Kl-SBU-TSAN.

Dans les pays étrangers {lUt dans les mers extérieures;

il y a des journaux qui rapportent en détail les affaires de chaque nation , et nous pouvons nous les procurer. D'ailleurs , comme les barbares ne peuvent se passer de nos gens en guise d'interprètes , Siu et Yé s'arrangent pour apprendre secrètement tous les détails de leurs affaires, chaque mois, par leurs employés. JNous arrivons ainsi à savoir tout ce qui les regarde.

(*) Des qMttlons q«MI« n'anAMt ftm le diett Mever , Ittlërale-

ment, des branches qui ne teDaieot pas aux. nœuds de l'arbre, figure empruntée au bambou.

C*) Pour répondre, cMmdlre, nier.

m LA CM» ET US PUISSANCES CBÊtnmos.

Commeat te fait-il que des gens au service des bw-

bares nous fournissent cependant des renseignements?

KI-SHU-TSAN.

n snfllt de dépenser quelques centaines de dollars de

plus par an pour leur donner des récompenses. A ce prix, ils sont bien aises de nous servir. D'ailleurs, si les nouvelles que nous recevons sur un point ne nous paraissent pas satisfaisantes , il en arrive d'autres côtés , et si les renseignements qui viennent de diverses sources concordent ensemble , ils méritent pleine confiance.

L'EMPEREUR

Les journaux sont-ils dans leurs caractères barbares , ou en caractères chinois ?

Ki-SHD-TSAN.

Ce sont des traductions en chinois

L'EMPEREUR

Aves-vous vu ces journaux?

KI-SHU-TSAN.

Dans la campagne de Tsing-yuen , Thiver dernier, Yé l*"^) en reçut quelques-uns et me les a montrés.

y£MP£REUR.

Que disaieiit-ils ?

Kl-SliU-TSàN.

Votre serviteur se rappelle un exemt^le» Les Anglais étaient en guerre avec le Bengale ; un vaisseau de

guerre du Bengale voulait passer à travers le territoire

(*) Les Journaat qd'U avait vas 9 comme on le comprendra teot à llieQrei

(**) Yé était aton gouvemear de Konang-touDg, et tel absent de

Canton pendant quatre mois, cheidiant à réduire les rebelles à Tôing -Yuen et Ning-Teh.

Il veutprobablem^Dt dire le Sirman.

b£S AMBASSADES Clia£Tl£NK£S A Pi^.

d*ABf^tem pour attaquer ( Hit, pour se disputer avec ) quelque autre nation, les autorités anglaises (*) lui refuràfent 1% passage. Lea deux partîa ouvrireat le £iu, U y eut um Ymisaeaii anglais eoulè, «t un grand nombre de bonnes tètes (les directeurs) furent tués. Le souverain de leur pays assembla les personnages principaux (lift, les yeux de Im tète) dans la chambfe oà Ton discute les afiaires (c'est-^-dire le parlement). On y proposa (les uns) de parte: raison (ou de disputer l'affaire aYec) au Bengale, mais ka Mires pi^posèiwiéa lavar une armée et d'exiger une salialMliM. Yé a également meanlè à votre serviteur que dans les lettres que le souverain de l État adressait à Bonkam , il lui recommandait toiyours de iaire le com» ■m*ca avec la Chine à Tamiable, et da ne pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. On dit aussi qu'en récompense desim administration des affaires commerciales, Bouham • >eçu du aauverain éa ICKtal nna Aècofntmn qui a'ai^yalte (Mà-pà (ordre du Bain), quelque choaa qui ressemble à l'ancienne bourse du pois4Mm d'or i*"*], Bouham en est aatisfiaitt il s'en pava avec a^gwail ;.cak rempèclia de Mre de noiiTellea dilicnttès.

kWrJUttUi.

Gemment les barbares représentaient-lla leurs griefs

prétendus dans la lettre qu'ils écrivaient?

XI4iKJ-T8AN*

Quand votre serviteur est revenu à Canton après la campagne de Tsing-yuen pour remettre sa charge « Sia et Té hki ont dit qu*h la troisième hme (*^)^ Ikmfaam

avait écrit pour dire qu'il n'y avait pas grand marché

0 LUt. les batlMivis anglais qui dirigent les aftiiia >

(**) Ornement on décoration^ d'ancienne date.

(***) 11 fait allDsion aux lettres de sir George Bonliam , agissant <l'aprèa des instructions du 19 arcU ia64 du niUûaÉèfe des affaires éiiaagèces^ peur profeaarlMuap dmfacta»

m lA CiiiN£ Et LËS HJfflSAM^ CiiiMËÏIfiNMS.

pour les denrées dane deux des cinq ports, a savoir: Tcheh-kiang et Fouh-kien, et qu'il demuidaîl à échanger les deux ports en queeiim contre deux autre». Hasfchou et Sou-chaou pourraient convenir; mais si cela ne se pouvait pas, Tchin-kiang pouvait suffire. Si Tciiifi-kiang était égalenmt impassibie , ses vaisseaux de guerre seraient obligés d'aller k Tien^sin. Siu'et Yé répondmat que, le commerce dans les cinq ports ayant été depuis longtemps réglé par le traité, on ne pouvait y faire aucut Rangement, d'ailleurs qu'on vendait tous las ans en Chine une certaine quantité de marchandises, toujours la mèmet et que le moulant ne dépendait pas du nombre des perts^ Prenes le commerce, disaient-ils, tel qu'il listait avant l'ouverture des cinq ports, et tel qu'il est depuis cet événement, et, en calculant les profits et les pertes des dr£ftrentes parties, vous vous eon vainerei- de «e Mi. 6i vas vaisseaux de guerre eherelient è allér k Tien<4Bin , lorsque la bonne intelligence existe entre nos deux natious, c'est vous qui anrer commencé la querelle, nraane sanons pas k Mftmer. Bap«ris qu'on a a^vogré ceMa réponsOf m n'a point reçu de lettre d'eux.

Qui est chargé des affaires des barbares outre Bonham!

ki-SUIJ-XSAN.

On a dit à votre serviteur que Bonham était gouverneur en cheï [liU, chef général des troupes). U y a encore (i^utsiaff et Meadowa» Gutzlaff était un conspirateur habile lorsqu'il était autrefois en Chine. Celte fois, on dit que te chef de l'Etat lui a ordonné de concentrer son attention sur les affaires commerciales, et ne lui permet pas de se mêler (de politique) (^). *

(*) V. OattMf, alsN secfélaife ditnois » nfM atfCUna an liDk de Jsnvler 1851 et «émt «a bmM ^fim.

IIES AMBASSADES GiOl&TlElfNËS A PJÎKIN* Ml

L'EMPEREUR

Les autres nations commerciales sont «elles en bons n^ports avec les barbares anglaisf

m-SHU-TSAN.

Qnaad lea barbares anglais nous ont donné de rembarras, il y a quelque temps (1839-1842) , différentes nations leur sont venues en aid.e. On dit que les Anglais ont it pins tard des vaisseaux aux autres nations, et qu'elles n^ontpas pu s'en faire payer la valeur; de Ik des difficultés. Les autres races sont aussi jalouses de ce que les barbares anglais en sont venus a leurs fins (auprès de la Chine), et ainsi, bien qu*à rextérieur ils semblent faire le commerce amicalement, chaque parti considère au fond son propre intérêt, et i eateulc cordiale est impossible.

L'EMPEREUR

Les Français sont*ils tranquilles à iîouang-toung ?

KI-SHU-TSAN.

Les Français continuent à ne point donner d*embarras à Kouang-toung. Mais on dit qu*à Fexeeption du commerce,

ils tiennent par-dessus tout a enseigner leurs doctrines.

L'EMPEREUR

Quels sont en général les gens qui pratiquent leurs doctrines? Y compte-t-on des licenciés et des gradués?

KI-SflU-TSAN.

C'est le commun {lUL le petit) peuple, qui n'a pas de sens. Tout ce qu'ils comprennent de la question, c*ast que, parla pratique de la vertu (*), ils peuvent espérer le bonheur, en sorte qu il y a bien des chances pour eux d'être mystifiés. Les licenciés et les gradués qui ont lu

(*J La doctrine de Confucius n'enseigne pas aux hommes à être vertueux uniquement dans l'attente d'une récompense; c'est le Bouddhisme corrompu et d'autres superaUUons qui enseignent au P^ple it. ebeirber à se rsadre larfartune prai^ère.

3S0 LA mm ET LES PUISSAMBS CIH^flEHNBS.

darantage et qui ment la pMoaophie se respectrat, et

on ne peut les séduire. Votre serviteur n'a jamais entendu dire que de pareilles gens aient embrasé leur doctrine.

L'BMmBoa.

Y a-t-il eu des poursuites pour la profession de la doctriae à Kouang-toung aussi bien (qu'à Kwang-si) ?

Kl-SUU-TSAN.

Votre serviteur a entendu dire qu'il y en a eu il y a quelque temps.

Est-ce qu'on ne prêche pas ausri k Shan«4i la doeIriM

du Seigneur du ciel?

Kl SBU-TSAN.

Oui

LimpniEfm.

Et que disaient leurs livres?

KI-SBU-TSAN.

Votre serviteur a vu , qu'outre d'autres livres, il y en avait quelques-uns copiés en caractères chinois, qui parlaient tous de Jésus. Jésus était celui qui a été cloué à une croix. Us engageaient les gens à être vertueux, a puriiier leur cœur et à faire de bonnes actions, mais il y a une grande unanimité (un accord d*opiniMs) parmi ceux qui proflessent la doctrine, et bien qu'il n'y ait pas grand mal, dans des circonstances ordinaires, a ce que des gens sans intdligence jeûnent dans Tespoir d'obtenir la féU> cité, cependant si, dans le cours des temps, il paraissait parmi eux un seul homme remarquable, il donnerait certainement de l'embarras en excitant et en séduisant (le public).

L'EMPEREUR

Avez-vous vu les bAtimenls des barbares b itoig-kong?

D£8 AXAAâSADËS CHRÉTIENNES A PSKIN. * m

Kl-SHU-TSAN.

Yotre serviteur^ne les a pas vus. U a vu les factoreries étrangères sur la rivière de Canton, mais il n*y est Jamais

entré.

L'EMPEREUR

Avez^vous vu des barbares ou les vaisseaux des barbares?

Kl-SHU-TSAN.

Voire serviteur a vu une fois un bateau a vapeur au pavillon fleuri (américain) sur la rivière de Canton. U y avait des barbares k bord du vaisseau , tous vêtus de blanc, hommes et femmes; mais il était trop loin du vaisseau de votre serviteur pour qu'il pùt les bien voir.

L'EMPEREUR

Quelle est la nation du pavillon fleuri ?

Kl-SHU-TSAN.

Les Américains. Le commerce de cette nation est trèsgrand ; elle est riche et puissante, et pourtant elle n'est pas tourmentante.

L'EMPEREUR

Comment se fait**il que les Américains soient riches et

puissants, et quils ne soient pas tourmentants?

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