‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 68 sur 71 · KI-«HU-TSAN · texte numérisé non relu

KI-«HU-TSAN

Gomme règle générale, les barbares du dehors font le commerce parce que leur nature est avide. Si l'un d'eux trouble la paix (donne de l'embarras) la prospérité du commerce de l'autre en souffre. Ainsi, pour le moment, les Anglais sont à la mendicité i*)^ mais s'ils troublaient la paix, ce n*estpas leur commerce seul qui en souffiirait; aussi toutes les autres nations s'opposent-elles à toute violence de leur part. S'ils commençaient a se remuer, les Américains seraient assurément les derniers qui leur viendraient en aide.

(') Et par conséfuent peu dispesés à fàire la gnem.

S8i • LA GUINË ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

L'£MPEREUR.

Pourquoi les Âmèricains ne les aideraient-ils pas?

KI-SBU-TSAN.

Votre serviteur a entendu dire que les Américains

avaient des relations d'affaires d'une grande importance avec Wu-suug-yau (Uow-qua), naguère négociant a Quang-toung, même que Wu leur fournissait de l'argent. Les Américains rapportent secrètement à la famille de Wu tous les mouvements des barbares anglais, et Wusung-yau fait là-dessus son rapport particulier à Siu et k Yé, qui prennent leurs précautions en conséquence. C'est ainsi que, Tannée dernière, c'est par une communication des Américains que nous avons appris qu'un vaisseau de guerre des barbares anglais venait à Tien*tsin (le Peïho). Gela ne prouve pas une amitié bien sineère des Américains pour nous ; mais ils ont un grand amour du gaiui et ils craignent de voir leur commerce troublé par les procédés des Anglais {% »

Mais voici un document qui est est encore plus extraordinaire que les précédents. C'est un mémoire du vice-roi Yê à Fempereur, dans lequel il paraît vouloir donner des nouvelles de l'insurrection de l'Inde en 1857. 11 semble impossible qu'un personnage si haut placé accueillît des rumeurs aussi absurdes, et fût dans une telle ignorance des affaires des étrangers, avec lesquels il était en rapport continuel.

« Yé présente ce mémoire pour dire que les barbares anglais, inquiétés chez eux et pressés tous les jours avec plus d'instances/par les autres nations {*% ne tenteront

(*) Ce document et celui qui suit ont été mis en français ieU que je les donoe, par le traducteur de La Chine tt U Japon de M. L. Oliphant

^(") Il peut vouloir dire : pressés par leurs sollieitatioiis, ou

M& AMBASSADES GMEËTlfiNMES A PÙUN. SU

probablement riea de plus. On dit qu'Us ont eu plusieurs conftrenGes au sujet de Fouverture du commerce^ et qu'ils désirent Tivemenl qu'on leur suggère quelque moyen d'y parvenir; en conséquence ^ le chef anglais n*est pas encore revenu à Canton.

< n envoie par un courrier, au taux de six cents li par jour, un mémoire respectueux sur les incidents, et, levant les yeux, il implore un regard sacré.

c Le 6 de la neuvième lune (i3 octobre 1857), votre serviteur a l'honneur d'envoyer à ¥otre Majesté différents détails sur son administration des affaires des barbares pendant la septième et la huitième lune (août et sep» tembre) comme il est rapporté.

« Depuis l'engagement du 10 delà cinquième lune (premier juin il y a plus de six mois, les barbares Anglais n'ont jm» fait de bruit sur la rivière de Canton. 11 ikut savoir pourtant que, dans la défaite subie par Elgin a Mang-ga-ta {**) dans la septième lune, il a été poursuivi parles troupes des barbares de Mang-gfr-ta (Bengale) jusqu'au bord de la mer. Un oertain nombre de vaisseaux de guerre français, qui passaient parla, tirèrent plusieurs coups de canon de suite, et, les troupes des barbares du Bengale ayant reculé, le chef Ëigin put s^éebapper. Le chef Elgin fut très-reconnaissant envers les forces fran-

pressés d'argent. Les lettres de ses correspondants de Hong-kong qu'on a saisies prouvent qu'ils lui représentaient les Anglais comme fort endeltés envers la Russie et dans de grands embarras pour satisfaire à ses réclamations.

n L'allàire du i** juin est la destracttoo de la flotte de Beeang dans la crique de Fatsetum, qu'en avait probablement donnée à Pékin pour une victoire. Le déliât de la phrase suivante prouve que le retour de lord Ëlgin avait déJÀ été annoncé, mais sans détails.

(*') Mang-ga-ta est évIdenmMBt m eompremis entie Mang-ga-la (le Bengale) et Galcntla.

m lA GliNfi £T us PUnSANCW aHUÏTK!fIIB&

çaises qui lui avaient sauvé la vie, et, a Farrivée du mi* nistre de France, Lo-80»lua qui était arrivé k Quanteong au eommencmient de la neuvièiiie lune, il (le chef

Elgin) fêta le chef Gros à Hong-kong [litt, le fêta joyeusementf et le pria de boire du vin), et le consulta sur Tétat des affûrea ea China.

« Le chef Gros dit : Je n*ai pas été témoin oculaire des affaires de Tannée passée, mais les bruits répandus parmi les gens de différentes nations qui étaient alors ici m*ont mis au courant de toute la question. Voyez C^*], quand les forts ont été pris, le gouvernement chinois n'a pas usé de représailles ; quand les maisons de la population ont été brûlées, il a encore refesé de se battre. Cependant la suppression totale de l'insurrectiôn de Qttan4oung, il y a trois ans, prouve que la puissance militaire de la Chine n'est pas à dédaigner. Ne fera-t<^e aucun cas desinsuUes qu'elle a reçues? (Non), elle a eortainement quelque politique profbnde qui lui permettra de prendre les devants, et, avant que nous ayons pu choisir notre terrain, elle nous enlèvera tout moyen de raccuser, et elle <^ligera les étrangers à contenir qu'ils sont complètement dans leur tort (***). La dernière fois que votre nation a ouvert le feu, il n'a duré que quelques jours, et des gens se sont mis en avant (comme médiateurs), mais cette fois vous avec fait tout ce que vous avez pu pendant trois mois. (Vous avez tiré] quatre mille décharges générales et plus

(*) Le nom da rainbatsadear français est dsonéaUUeon ooaune Yo*lo^'gm. Son titre de baron paaae évidemment pour être son nem qa'on place à la façon chiDoise après son prénom; {«n représente 8ans doute pa-lun ci veut dire baron.

("") L'expression chinoise ici employée peut se traduire « par exemple. » Le baron Gros repréaeote ici la poUttque de Yé telle qa'il la comprend

Geelaei^peilepialiaUflneBtàFaltaqQedealrHi^ aor Canton*

de vos grands canons, et tous avez lancé trois mille ftisëes. Il est évident que les hommes en autorité k Canton

ont leur parti pris (ou voient leur chemin). Ils comprennent le caractère de toutes les classes des grands et des petits dans nos pays étrangers. Voila pourquoi ils ont été kI fermes et si résolus. Lorsque j*ai quitté mon pays, mon souverain m'a donné avec une sérieuse (*) bienveillance les instructions suivantes :

€ n y a une querelle avee les Anglais à Qouan-toung. Quand vous y serez, bornez-vous à observer le traité et à faire des communications pacifiques. Me profitez pas de FoceasioD pour vous livrer à des actes d^agression ou de spoliation. Ne faites pas détester les Français en Chine comme une troupe de misérables hostiles qui violent leurs engagements. Les circonstances sont également si différentes de celles de la dernière guerre des Anglais avec la Chine, qu'il est essentiel que vous jugiez par vousHnéme (**) quelle est la marche k suivre, il n*y a, h mon avis, aucune analogie entre la situation présente et Taffaire de 1 opium il y a dix ans ; ils avaient alors quel* que raison de se plaindre. »

« Il paraît que dans le pays des cinq Indes que les bar» bares anglais se sont approprié, ils ont établi quatre divisions par tribu : trois le long de la côte et une dans rintérieur. Vnne des 'divisions de la côte est le Mang'-gala (le Bengale), la contrée a Fextrême orient; l'autre est leMa-ta-la-sa (Madras), au sud-ouest du Bengale, et l'autre est le Mang-mai (Bombay), sur la limite occidentale de rinde. Celle de Tintérieur est TA-ka-la (Agra), k moitié chemin entre Torient et l'occident. Vers la hn de l'été demieri on dit que douze ports du Bengale qui s'étaient

(•) style que les mandarins emploient en parlant au peuple. {**) C'est-à-dire , tous ne devez pas adopter U politique de l'An* Sleterre oa d'une autre nation que la vôtre.

m LA CU1N£ ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

rivoUés ont été perdus. Depuis la huitième lune, les ports de Bombay ont été repris (sur les Anglais) par les chefs

(Indous), et depuis le retour d'Elgin, après sa déconvenue, les barbares Anglais ont subi une série de défaites sérieuses. Les chefs indous ont creusé une mine d*une rive àFautre de la rivière, et, grâce k des machines inlernales [lilt, tonnerres deau;, ils ont fait sauter plusieurs vaisseaux de guerre et ont tuè plus de mille hommes à terre ; ils ont attiré (les Anglais) au loin dans rintérieur et en ont massacré sept mille; ils ont tue un militaire distingué, nommé Pu-at-wei-ka-lut (*) et bien d'autres.

« Elgin passe jour après jour à Uong-kong à frapper des pieds et a soupirer ; son anxiété s*accroît, parce qu'il ac reçoit pas de dépêches de son gouvernement. »

Le vice^i Yé était-il dupe lui-même de fausses inlDr*

mations, ou écrivait-il de la sorte à Pékin pour faire plaisir a l'empereur ? Il est probable que c'était l'un et Tautre. Voici ce que dit à ce siiyet, avec sa justesse habituelle, M. Ch. Lavollée : < Si le cabinet de Pékin est instruit des principaux événements qui se passent dans les ports, il ne peut guère les apprécier exactement d'après les comptes rendus que lui adressent les mandarins. 11 est perpétuellement trompé, mystifié, et pour lui comme pour nous, c'est un grand malheur. L ignorance vraiment incroyable des Chinois sur tout ce qui se rattache aux nations étrangères, le respect des préjugés traditionnels, la crainte des disgrâces, empêchent les autorités provindales de dire la vérité et de transmettre au gouvernement les f&cheuses nouvelles : d'où il résulte qu'à Pékin on continue a regarder les Européens comme une race inférieure en civilisation, turbulente, astucieuse, avide, f qu*il faut tenir k distance. »

n Peut-ôtre le général Havelock.

DES AMBASSADES CURÉTiET^JSES A PEKIN. 337

Les mandarins donnent de faux renseignements à la cour, c'est certain ; mais ils ont eux*mèmes trop souvent des idées erronées à propos de tout ce qui est étranger, €e même qui fut vice-roi de Canton pendant plusieurs années, étant prisonnier et en route pour Calcutta, se faisait traduire, par l'interprète que le gouvernement anglais lui avait donné, les discussions du parlement de Londres. Ce sujet Tintéressait vivement, et il fatiguait rinterprète en lui demandant de traduire toujours. 11 avoua qu'il n'avait jamais compris jusqu'alors ce que c'était que ces discussions, quoiqu'il en eût lu dans les traductions de journaux anglais qu'on avait faites pour lui.

Je le répète donc : il est de la plus haute importance, pour établir et consolider un vaste commerce pacifique avec la Chine, d*obliger son gouvernement à entretenir en Europe et en Amérique des ambassades permanentes. 11 y a pour exiger ceci un motif très-plausible: dans cet empire, comme dans tout l'Orient, une ambassade a toujours été regardée comme un honneur pour le souverain à qui on l'envoie ; ainsi, puisqu'une ambassade de Napoléon 111 est à Pékin, la cour des Tuileries n'aurait qu'à se montrer blessée de ce que l'empereur de Chine n*en envoie pas une k Paris, et exiger cet acte de réciprocité ; ce qui établirait tout d'abord aux yeux des hauts fonctionnaires chinois, entre la France et la Chine, un principe d'égalité, qui -serait par lui-même éminemment utile. Aussi doit-on s'attendre à ce que l'empereur de Chine fera des efforts pour ne pas souscrire à ce principe d'égalité, et pour éviter l'humiliation d*envoyer des ambassadeurs aux souverains étrangers.

Cette concession eût été facilement obtenue en 1860, lors de la convention de Pékin.

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