ANTAGONISME POLITIQUE
poignard à' la main, Tobligent k signer un billet pour payer une grosse somme a une certaine date. Les brigands une fois partis, se croira-t-il obligé, tout honnête qu'il puisse être de tenir parole aux brigands et de faire honneur à sa signature? Yoilk justement le point de vue sous lequel les mandarins considèrent un traité avec les Européens*
jls sont chez eux ; les Anglais, par exemple^ vont les
trouver sans être appelés ; ils veulent leur vendre beau* coup d'opium et des cotonnades, parce que cela leur convient; ils exigent k cet effet que le gouvernement ouvre plusieurs ports au commerce et même tout le pays; ils demandent d'avoir un accès officiel dans la capitale; ils veulent enfin que ce gouvernement déroge k ses principes d'adminîstrationf k ses habitudes les plus sacrées, pour complaire aux étrangers. S'il ne plie pas, on lui dépêche des bataillons qui déroutent les troupes indigènes. Lei mandarins, la baïonnette sur la poitrine, sont forcés de signer le traité qu^on leur présente. Dans ce document il n'y a pas une seule clause de réciprocité en faveur de la Chine. Les mandarins ne demandent rien de nous, si ce n'est de les laisser tranquilles. Pour eux, au lieu de mettre dans le traité, articles 1, 2, 3, etc., il serait plus exact de mettre concession n" i, concession n' 2, concession n" 3. Qu'arrive-t-il? Une fois les soldats et les bateaux k vapeur partis, ils cherchent k éluder Fexécutîon du traité. Il n^ a Ik rien que de très-naturel (*). ^
« Ils ont enfin emprisonné et torturé jusqu'à la mort
(") Qa'lls ne se ccmeidèrent pas comme engagés à obisrr er tous les arUdes d*mi traité avee nous, testée que noos pouvons mire
facilement, puisqu'en réalité aucun de nos jurisconBultes ne regarde un homme comme lié par tout engagement qu'on lui a fait signer Tépée sur la gorge. La loi le tient libre de manquer à une telle promesse, (Chtna mail, journal de HoDg-kong^ténier isei.)
S5C LA CEim ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
des parlementaires en 1860. » Ces faits n'ont pas d*excuse, les livres chinois sur la science de la guerre reconnaissent le respect qu'on doit aux parlementaires, et ce prin* cipe a été pratiqué en Chine de tout temps.
Cependant, au point de vue des mandarins, les Anglo- Français ne valaient pas mieux que des sujets révoltés ou des pirates : on n'ignore pas que l'Empereur céleste (*) se considère comme monarque universel, et que par conséquent il qualiûe de rebelles les Européens qui lui font la guerre.
« Quelque sévères qu'aient été les leçons infligées à ce
gouvernement depuis dix-neuf ans, elles n ont pas encore été suffisantes pour le faire renoncer à ses arrogantes prétentions de suzeraineté universelle, pour l'amener à reconnaître dans les grandes puissances occidentales des égaux avec lesquels il devait consentir à traiter de souverain ii souverain, et non des barbares qu'il. s'agissait d'écarter de ses cétes par l'use ou par force, qu'il en est encore a repousser avec un orgueil obstiné toutesrelatiens politiques avec les autres nations »
Ce n'est pas k dire que nous devions nous soumettre à ces prétentions, et que Femprisonnement et la mort des parlementaires ne demandassent pas un sévère châtiment
Cet attentat ftit l'effet de la rage impuissante des chefs tartares, peut-être de l'empereur lui-même ; il est à déplorer qu'on n'ait pu saisir ceux qui l'ordonnèrent.
Mais, enfin, me demandera-t-on, que faut-il faire? — Mon avis, il y a quelques années , aurait été de former
n Par ces expressions : emperewr eéUstê, royaume céUsU, ete. les Chinois entendent empereur ou royaume par la fmur du M
ou par la grâce de Dieu.
(••) Dépêche du représentant de France en Chine an ministre des affaires étrangères k Paris^ datée SO jnln 1S68.