CHAPITRE TROISIEME
ci craignant les co.nséqvences d'un acte dont ils ne pouvaient prévoir Tissue, refusèrent de persécuter ouvertement. Mais le bruit courut alors, et certes il éta't bien fondé, ainsi que la suite le fera voir qu'ils avaient secrètement engagé nos ennemis à faire to'it le possible contre la nouvelle religion. « Agissez {jar voie détournée, leur auraient-ils dit, et évitez avec soin de mettre en avant le véritable prétexte; nous vous promettons d'ailleurs de ne pas vous inquiéter à ce sujet. » C'était plus qu'il n'en fallait pour allumer l'incendie déjà prêt à éclater.
Depuis un certain temps, les notables de San-pé-hou ne dissimulaient plus leur mauvais vouloir, deux ou trois néophytes avaient déjà été battus par eux, et ils disaient hautement que non seulement ils battraient les autres de la même façon, mais qu'ils sauraient bien leur faire passer l'envie de demeurer chrétiens.
Deux de nos catéchumènes, les plus éclairés et les plus influents de la localité, étaient surtout en butte à leur rage; ils s'appelaient Tchang-kouang-tchao et Tchang-kouangtsay, ils étaient cousins germains ; tous deux faisaient profession publique du christianisme et prêchaient aux autres avec le plus de zèle et de liberté.
Tchang-kouang-tchao était un homme de tête, plein d'énergie, d'une foi très vive et d'une constance inébranlable.
Mais il avait ce caractère dur et fier qui ne sait plier devant personne et qui difficilement oublie une injure. Jamais on ne put le faire renoncer à sa religion. Il a subi trois années d'emprisonnement, et c'est même dans son cachot qu'il a reçu le baptême. Sa foi et sa constance ne se sont jamais démenties un seul instant, mais son cœur a gardé un profond souvenir des maux qu'il a soufferts. Si aujourd'hui il a pardonné à ses ennemis, ce n'a pas été sans peine, il a dû se faire violence.
Durant sa première jeunesse et bien avant sa conversion, Tchang-kouang-tsay avait mené une vie peu régulière. Il aimait le jeu et il s'absentait fréquemment de la maison pater-
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nelle. Maïs, depuis longtemps et avant même qu'il entendît parler de la religion, il avait entièrement changé, et sa conduite, qui dès lors pouvait servirde modèle à tous, était vraiment digne d'un chrétien. Il tenait admirablement sa maison et était ea paix avec tout le monde. Malgré les instances de sa famille, on le vît renoncer à ce qui lui était dû 'pour ne pas être obligé de recourir aux tribunaux.
Quand on commença à prêcher notre sainte religion dans son pays, il ne fut pas des plus empressés à l'embrasser, il l'étudia d'abord, l'examina longtemps avant de s'en faire l'adepte. Mais il laissait aux siens entière liberté de la suivre; seulement il avait soin de se faire rendre compte de tout ce qu'on disait à Téglise. Ce ne fut guère qu'à la fête de Pâques de l'année 1867 qu'il se décida à faire le premier pas et qu'il fut inscrit au nombre des adorateurs.
Dès le commencement de sa conversion, Tchang-kouangtsay fut un parfait chrétien et montra le zèle d'un apôtre. Il n'était pas rare de le voir au milieu du jour, abandonner son travail pour aller prêcher dans les villages voisins. Tous les dimanches, sans exception, il se rendait à Tsao-kia-yn pour assister à la sainte messe, mais il n'y venait jamais seul, il était toujours accompagné d'un ou de deux catéchumènes qu'il avait convertis dans le courant de la semaine.
Il en amenait même quelquefois les jours ordinaires, lorsqu'il les voyait plus ardents ou mieux disposés. La nuit, il se relevait pour prier et demander à Dieu de le fortifier dans la foi. A plusieurs reprises, il sollicita la grâce de recevoir le baptême, et certes il y avait un droit incontestable. Mais des raisons de prudence obligèrent le missionnaire à différer de l'admettre à la réception de ce sacrement. Il fallait pour éviter de petites jalousies, donner à quelques autres catéchumènes, moins intelligents ou moins empressés, le temps de se préparer convenablement.
Aux premières menaces sérieuses faites par les païens, nos néophytes de San-pé-hou, pour la plupart hommes de cœur et intrépides, ne dissimulèrent pas leur envie de se défendre.
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kouang-tsay à qui on en voulait également, au lieu de prendre la fuite, passa la journée à l'école à étudier la doctrine. Il y était encore quand trois ou quatre individus vinrent l'inviter à se rendre sur la place publique où les anciens du village, disaient-ils, avaient à lui parler.
Quelques jours auparavant, le fils aîné du catéchumène, Tchang-ly-kouen, avait échangé des paroles un peu vives avec plusieurs païens au sujet du culte des ancêtres. Craignant les suites de son imprudence, ce jeune homme s'était enfui du village. Son absence n'avait rien, d'ailleurs, de bien extraordinaire, puisque ce jour-là tous les chrétiens de Sanpé-hou étaient cachés ou en fuite.
Tchang-kouang-tsay était à peine rendu au lieu de l'assemblée que, sans même lui donner le temps de saluer l'assistance selon l'usage, on lui demanda brutalement :
— « Où est ton fils ? »
— « Mon fils n'est pas à la maison, je ne sais où il est allé. »
— « Tu es un chef de rebelles.»
Et aussitôt on se jette sur lui avec tout ce qu'on peut trouver sous la main. Ce fut bientôt une confusion générale ; tous ceux qui pouvaient atteindre le patient, le frappaient à la fois. Pendant et après cette scène, on vit de ces furieux prendre de grosses pierres et les jeter, en proférant toutes sortes d'imprécations, sur cet infortuné étendu à terre et sans mouvement.
C'était un spectacle horrible, on eût dit que Satan voulait déchaîner toute la rage de l'enfer sur ce néophyte d'hier, dont les exhortations avaient déjà arraché un si grand nombre d'âmes à sa tyrannie.
Les meurtriers de Tchang-kouang-tsay n'avaient point eu tout d'abord l'intention de le tuer ; ils pensaient qu'une salutaire leçon lui profiterait pour l'avenir. Croyant donc avoir fait assez pour le moment, ils le chargèrent de chaînes et le traînèrent mourant dans une maison voisine où il passa une nuit de douleurs.
Le jour suivant, les païens comptaient bien que leur victime