‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 12 sur 74 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

tîme demanderait à entrer en accommodement. Car malheureusementy en Chine, comme ailleurs et plus qu'ailleurs, la force prime le droit, et presque toujours celui qui est le plus faible est obligé de demander pardon à ses persécuteurs. Il doit reconnaître ses torts lorsque, hélas ! son seul crime est d'être le moins fort.

Mais cette fois, trompés dans leur attente, les notables de San-pé-hou, durent faire les premières avances. Il faut avouer cependant, qu'ils se montrèrent assez modestes dans leurs prétentions, ils ne demandèrent à Tchang-kouang-tsay qu'une ligature (environ quatre francs). C'était toute l'amende à laquelle ils le condamnaient pour la faute énorme d'avoir embrassé une religion perverse. Il est clair que c'était trop de mansuétude.

Mais notre catéchumène, malgré ses dispositions conciliantes, n'était pas homme à se reconnaître coupable, parce qu'il était chrétien, et à se faire libérer à prix d'argent.

— 4: On m'a battu, puis enchaîné, dit-il à ceux qui vinrent lui faire des propositions. On ne m'en a pas encore dit la cause. Maintenant, pour me mettre en liberté, on demande une ligature. La somme est faible et facile à trouver, mais encore faut-il qu'on me dise quel crime j'ai commis et pourquoi on me maltraite de la sorte. J'en appelle au mandarin. »

Tchang-kouang-tsay était, comme je l'ai déjà dit, un homme tranquille qui vivait en paix avec tout le monde ; on ne pouvait rien lui reprocher, sinon d'avoir embrassé le christianisme ; encore, ne le devait-on pas faire ostensiblement, puisque le mandarin avait défendu de mettre la religion en cause.

Il était donc tout naturel que le confesseuir de la foi s'attendît à une sentence favorable qui le libérât et lui assurât la protection de l'autorité contre ses cruels persécuteurs. Mais, en Chine, la justice souvent n'existe que de nom, et ce nom devient parfois une sanglante ironie, quand la vie des citoyens en dépend.

Les païens voyant que l'affaire prenait cette tournure,

refusèrent de s'expliquer et se disposèrent à conduire leur prisonnier à la ville. Mais il fallait tout d'abord se préparer les voies ; ils dépêchèrent donc en toute hâte deux de leurs affidés au tribunal de Lan-lin. Là, au moyen de taëls, ils n'eurent pas de peine à gagner à leur cause les satellites du prétoire. Quant au mandarin, inutile de le tenter lui-même, îl ne cherchait que l'occasion de se signaler contre les chrétiens.

Au moment de partir, la femme de Tchang-kouang-tsay tenant son plus jeune fils dans ses bras, voulait accompagner son mari :

— « Non, lui dit celui-ci, ne viens pas avec moi... va plutôt, en compagnie de ma mère et de nos enfants, prier avec les autres chrétiens... Si le bon Dieu demande le sacrifice de ma vie, je suis content de mourir pour sa gloire. >

Il avait à peine fait ses derniers adieux à sa femme qu'il fut brutalement poussé en avant et secoué rudement pxar les chaînes qu'il portait aux bras et au cou. Une horde de forcenés formait son escorte. Pas un chrétien n'osa se joindre à eux, ou seulement les suivre de loin ; la crainte glaçait tous les cœurs.

C'était le 23 août, dans la matinée, il avait plu et les chemins étaient glissants. La ville n'est éloignée que de douze ly; mais excessivement affaibli par les mauvais traitements qu'il avait subis la veille, notre pauvre néophyte marchait lentement et avec une extrême difficulté. Les païens n'y avaient aucun égard et ne cessaient de le harceler pour le faire avancer plus vite.

Enfin ils le maltraitèrent de telle sorte que vint un moment où, à bout de forces, il se laissa tomber à terre. Il ne devait plus se relever. Ses meurtriers l'assommèrent sur place et jetèrent son corps dans une mare d'eau qui se trouvait le long du chemin. La victime fit encore quelques efforts pour saisir les herbes de la rive, elle fut repoussée et bientôt étouffée sous l'eau. Les assassins, après avoir consommé leur crime, retirèrent eux-mêmes le cadavre de l'étang et l'abandonnèrent sur le bord de la route.

Goos

CPr^AJRXTr-RE QUATRIEME,

tombait sous les coups d'une bande de forcenés fervent r^^^^P^y^^i celui sur lequel nous fondions

Yv 'i espoir.

^M%\e commer»c=e"»«"tde son supplice.Tchang-kouang-

«\\V, « c'/if-aît v>sis un seul instant fait illusion sur son

«ort. n'avait pas pror-^*"^ «ne seule plainte. Il voyait appro-

«^her la mort et raccer>ta-»* comme venant de la main de Dieu.

Ava^t *„*-;*-» r-i il l"i eût été facile de fuir et de se

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le orononcer de peur q'-»^ ^^ ™°* °« '^t P"^ PO""^ ""^ ^P°^- *^ ' ,«-îr- ^-^ri^reusement pour Dieu que vivre

tasie. Il préféra moT^^^.^^^ Il devait cet exemple aux nomlâchement pour sa i ^^^aît gagnés à Jésus-Christ. Baptisé

breux néophytes q" lorieusement remporté la palme du

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La mère du martyr, doublement affligée de la mort de son fils et de Temprisonnement de son petit-fils et de son neveu, dut donc prendre en mains Taffaire et tenir tête à ses ennemis pour sauver sa famille. Le missionnaire l'encouragea et l'aida de tout son pouvoir, mais hélas! il pouvait bien peu de chose. Lui-même était détesté au prétoire et ne jouissait d'aucune influence. Ses chrétiens dispersés et terrifiés le laissaient agir seul. Sa vie même était menacée, car le but des persécuteurs, et ils ne s'en cachaient pas, était de le faife disparaître et d'étouffer ainsi le christianisme naissant dans leur pays.

Son cœur d'apôtre fut alors soumis à une bien cruelle épreuve. Mais il était résolu à mourir à son poste plutôt que d'abandonner ses chères ouailles à la fureur des méchants. Dieu soutint son courage et lui donna la force de résister à la tempête qui, à raison même de sa violence, ne pouvait être d'une longue durée.

Le vingt-cinq août, c'est-à-dire deux jours après le meurtre, le tribunal de Lan-lin rendit son arrêt. La mère du martyr était venue plaider elle-même sa cause.

— 4: De quoi te plains- tu ?:^ demande le mandarin à cette femme.

— « On a assassiné mon fils, je viens en demander la raison. »

Le mandarin se tournant alors vers les meurtriers :

— ^ Pourquoi avez- vous tué cet homme ? »

— « Tà'lab-ye (grand maître), nous sommes chargés de prélever les impôts du village ; toutes les fois que nous nous présentions chez Tchang-kouang-tsay, il refusait de payer, et nous accablait d'injures et de menaces. Nous tînmes conseil alors et convînmes de le conduire à la ville pour le livrer au mandarin. Craignant, sans doute, le châtiment qu'il avait mérité, il s'est échappé de nos mains et il a couru se jeter dans un étang ; quand nous l'en avons retiré, il était noyé, »

— « Voilà, s'écrie le magistrat, un sort digne de ceux qui sont infidèles et négligents à payer ce qui est dû au mandarin-

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