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CHAPITRE SIXIEME

Mais, au milieu de la nuit, tout bon Chinois a bien soin de laisser sa porte close, surtout quand il entend un bruit de voix inconnues. Il y a tant de voleurs partout, qu'il est toujours prudent de se tenir sur ses gardes !

La troupe eut donc beau frapper, crier ; personne ne s'empressa de répondre ni d'ouvrir. Que faire alors ? Aller de l'avant, sans guide ? c'était une folie; comment se reconnaître au milieu des rizières, dans ce dédale de sentiers qui se croisent en tous sens 1 Continuer à appeler et à crier ? c'était imprudent, car, pour peu que les gens des environs, désormais en éveil, vinssent à les prendre pour des brigands et à les cerner, nul doute que plusieurs d'entre eux resteraient sur le carreau.

Ils adoptèrent le meilleur parti, celui de s'en retourner. Le lendemain, le mandarin recevait l'ordre d'aller exercer sa valeur contre les musulmans. Il emmena ses braves avec lui, je ne sais si tous y restèrent ; mais, pour lui, il n'en revint pas ; moins de deux mois après, il tombait frappé d'une balle sous les murs de la ville de Tchen-kiang-fou.

Le Seigneur veillait ainsi sur les jours du missionnaire et de ses ouailles, et les mettait à l'abri de la rage de l'enfer et du danger. Dans plusieurs autres occasions, il leur fit encore sentir, d'une manière non moins merveilleuse, les effets de sa protection.

Mais si la persécution cessait sur un point, c'était pour recommencer ailleurs. Satan nerenonçait pasà lalutte et n'était pas disposé à s'avouer vaincu.

Malgré les tracasseries et les vexations auxquelles les chrétiens étaient en butte, la religion, cependant, avait fait partout quelque progrès. A quarante ly de Tsao-kia-yn, dans la ville de Ué-tchéoù (ï) et aux environs, plusieurs familles avaient embrassé le christianisme. Le Père André Liou était même allé les visiter, peu de temps avant sa mort, et avait baptisé leurs plus jeunes enfants.

Un vieux chrétien du Su-tchuen, nommé Ouang-tin-pang,

I. Ué-tchéoù est une ville de deuxième ordre, à soixante ly de Kiu-tsin-fou.

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médecin de profession, homme plus téméraire que prudent, s'était depuis peu établi dans cette ville avec sa famille. Tout en donnant ses consultations et en vendant ses pilules, il prêchait la doctrine et manifestait hautement sa foi. Chacun sut bientôt qu'il était de la religion du Maître du Ciel.

Personne, d'ailleurs, ne paraissait s'en formaliser et on le laissait parfaitement tranquille. Peu à peu, les nouveaux catéchumènes, timides d'abord, avaient pris confiance. Ils avaient remplacé la tablette des ancêtres par la tablette chrétienne, et ils n'avaient pas craint de l'afficher au grand jour sur leurs portes et à leurs fenêtres. De plus, ils récitaient leurs prières en commun, à haute voix et sans respect humain. Pendant ce temps, Ouang-tln-pang prêchait et cherchait à gagner des prosélytes. Il y avait tout lieu d'espérer que notre sainte religion allait faire de grands progrès et qu'il serait possible d'établir une station dans cette ville.Mais le démon ne devait pas tarder à troubler la paix dont jouissait cette chrétienté naissante et à y arrêter le mouvement des conversions.

Un jour,notables,lettrés et autresdeUé-tchéou s'assemblent sous la présidence d'un mandarin de la localité Tchang-tsylao-yé,et décidentqu'il fautà tout prixempêcher la propagation de la nouvelle secte, sous peine de voir bientôt disparaître leur propre influence. Il n'y a pas de temps à perdre, il faut agir de suite et avec d'autant plus de vigueur qu'il n'y a rien à craindre du côté des autorités.

Les chrétiens, prévenus de cette décision et sachant bien jusqu'où peut se porter la haine des païens, eurent peur et commencèrent à trembler. Ouang-tin-pang, dont la foi était plus ferme, les soutint et les encouragea : « Ne craignons rien, leur disait-il, et voyons un peu ce qu'on pourra nous faire. »

D.ès le lendemain, une dizaine d'individus, Tchang-tsy à leur tête, se présentent chez Ouang et le somment de sortir. Ouang sort aussitôt et leur demande ce qu'ils veulent.

— « Homme sans aveu, lui crie-t-on, qui es-tu ? d'oîi vienstu ? qui t'a donné l'ordre de prêcher la religion perverse que tu professes ?

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