‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 18 sur 74 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

— « Vous me connaissez tous... ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis îcî, chacun sait que mes remèdes sont bons ; mais ma reh'gion est meilleure encore. Est-ce que vous voudriez me chercher une mauvaise querelle ?

— «Tu corromps le peuple de cette contrée... tu vas partir, autrement nous te chassons.

— « Si je dois partir ce sera par ordre des mandarins de Kiu-tsin : pour vous, je ne vous connais pas. >

A peine a-t-il prononcé ces paroles, un peu trop raides peut-être, que les païens furieux se jettent sur lui et le maltraitent. Après l'avoir cruellement battu, ils entrent chez lui, saccagent ses meubles et sa pharmacie, jettent dehors tout ce qui lui appartient ; puis, fermant la porte de la maison, ils le chassent avec toute sa famille.

Là ne s'arrêtent pas leurs exploits ; ils courent chez les chrétiens de la ville et des environs, arrachent les images et les tablettes de religion et menacent les néophytes de les expulser du pays, si jamais ils en suivent les pratiques pernicieuses.

Les catéchumènes d'hier, dont la foi est encore bien chancelante, sont atterrés. Résister est impossible.... affronter la colère de leurs ennemis et préférer l'exil, ils ne s'en sentent pas le courage : ils gardent le silence et laissent faire.,, les images du paganisme et de la superstition sont rétablies chez eux et le culte du vrai Dieu en est banni ; la peur en a fait des apostats. Jusqu'à ce jour, ils n'ont plus donné aucun signe ^ de christianisme, ils sont toujours dominés par la crainte ; mais ils reviendraient certainement à nous, si les temps devenaient meilleurs.

En sortant de Ué-tchéou, tout meurtri et sanglant, complètement ruiné et chargé de toute une famille, Ouang ne savait trop où diriger ses pas. Il errait dans la campagne, cherchant de tous côtés un abri.Mais personne n'osait s'exposer à la vindicte des lettrés, partout on le repoussait. Enfin, à vingt ly de là, dans le petit village de Man-théou-chan, il trouva à se loger avec sa famille ; on lui céda une misérable

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cabane qui pouvait à peine le protéger contre les intempéries de la «maison.

Quelques jours après, il vint à Tsao- kîa-yn et raconta au Père sa mésaventure, ainsi que les détails de la persécution. Notre confrère sentit son cœur se serrer, et il versa des larmes à la nouvelle de la défection de ces pauvres catéchumènes. Toutefois, il consola de son mieux Ouang et l'aida dans sa détresse. Plus tard, il lui confia les orphelins de la Sainte- Enfance et se servit de lui pour développer cette Œuvre dans le district de Kiu-tsin.

La fin de Tannée 1867 s'écoula ainsi au milieu de transes et d'alarmes perpétuelles. Mais peu à peu, soit lassitude de voir leurs efforts demeurer impuissants, soit crainte d'avoir finalement le dessous dans cette lutte qui se prolongeait indéfiniment, les païens commencèrent à montrer moins d'acharnement. Les vexations devinrent plus rares ;on s'habitua à entendre parler des chrétiens ; ce nom ne causa plus autant de répulsion et insensiblement on en vint à les respecter et à les traiter comme tout le monde. Nous commençâmes alors à jouir d'une paix relative qui favorisa la prédication et l'extension de la foi dans ce pays.

Ce fut à cette époque, c'est-à-dire dans les premiers mois de 1868, qu'eut lieu la conversion d'un jeune homme qui, depuis ce moment, a toujours été un modèle de vertu et un sujet de grande consolation pour nous. C'était une âme simple et droite, uniquement désireuse de connaître la vérité et de faire le bien. Qu'on me permette de raconter l'histoire de cette conversion qui montre et l'amour de Dieu pour les cœurs de bonne volonté, et les moyens quelquefois extraordinaires dont il se sert pour les attirer à lui.

Ce jeune homme s'appelait Yang-tchouen, il demeurait au village de Than-ky-tchong à douze ly environ de Tsao-kia-3ai. Il avait toujours mené une vie régulière et il jouissait de l'estime générale. Un jour, il quitte sa maison et monte à la pagode voisine que des bonzes desservaient. Il va trouver leur chef et lui parle ainsi :

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