‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 20 sur 74 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

vieillard et lui expose la cause de son trouble. Après quelques entretiens, les préventions de Yang ont disparu, la grâce Ta touché, il croit, il adore. A peine a-t-il renoncé à Satan et à SCS œuvres qu'il sent dans son âme une paix et une joie indicibles. Il a enfin découvert sa véritable voie. Heureux au-delà de toute attente, il vient trouver le Père à Tsao-kîayn et lui raconte son bonheur.

Notre confrère, voyant ce que la grâce avait opéré dans cette âme, bénit Dieu et le remercie de ce qu'il ménage de telles consolations à ses missionnaires.

Yang-tchouen ^vait pendant de longues années étudié la littérature ; il pouvait aisément se rendre compte de la foi en lisant nos livres de doctrine et de controverse. Aussi, son instruction ne fut-elle pas de longue durée ; en moins de trois mois, il put être baptisé avec son plus jeune fils. Deux de ses parents imitèrent son exemple ; mais sa femme demeurait obstinément incrédule, et c'était là son plus grand chagrin. Dieu, cependant, devait un jour récompenser son zèle ; car non seulement Yang eut le bonheur de la voir embrasser le christianisme, mais, par ses exemples et ses exhortations, il convertit une bonne moitié de son village, ainsi que j'aurai à le raconter plus tard.

La foi du fervent néophyte ne s'est jamais ralentie ; il a toujours été et il est encore aujourd'hui un de nos meilleurs chrétiens. Partout où se forme une nouvelle station, partout où se manifeste un mouvement de conversion, nous l'envoyons prêcher, et sa parole est toujours bénie de Dieu et féconde en fruits de salut.

Plût au ciel que nous eussions beaucoup d'âmes de cette trempe ! bientôt toute cette belle plaine de Kiu-tsin ne formerait plus qu'une vaste et magnifique chrétienté.

G|)apttre sfcpticmc.

SOMMAIRK : Révolte des musulmans et guerre civile au Yun-naa. — M. Fenouil échappe, comme par mlraclOi à ses ennemis.

^U commencement de l'année 1868, M. Proteau qui avait remplacé notre provicaîre à la capitale, arriva auprès de ce dernier à Tsao-kîa-yn. Il avait dû fuir devant les musulmans qui, marchant de succès en succès, menaçaient déjà la villede Yun-nan-sen.

Sans entrer dans tous les détails de cette longue suite de guerres qui ont dévasté le Yun-nan, pendant une période de quinze à dix-huit ans, il me paraît utile d'en dire quelques mots, afin de mieux faire connaître Tétat de cette province et la situation des missionnaires chargés d'y prêcher l'Évangile.

Dans les premiers mois de 1856, les musulmans, qui ne cherchaient depuis longtemps qu'une occasion favorable pour lever Tétendard de la révolte, devinrent menaçants et excitèrent des troubles sur divers points de la province. De leur côté, les Chinois employèrent leur moyen accoutumé d'intimidation et firent courir partout des bruits sinistres. De toutes parts, on répétait que les musulmans allaient être enveloppés dans un massacre général. Ceux-ci voyant le danger, n'attendirent pas qu'on en vînt à l'exécution des menaces ; partout où ils étaient en nombre, ils prirent les armes et exterminèrent les Chinois. A la capitale, ils étaient peu nombreux et demeurèrent d'abord tranquilles. La plupart d'entre eux, cependant, allèrent dans la suite se joindre à leurs corelîgionnaires,lorsque ceux-ci partout triomphants s'avançaient sur Yun-nan-sen.

Le vice-roi Hen, apprçnant l'arrivée des rebelles, se fait transporter sur les remparts de la ville. De là, il aperçoit la plaine couverte des bataillons ennemis. A cette vue une terreur folle s'empare de lui : il se sauve dans son palais où de désespoir il se pend avec sa femme. Heureusement, il y avait

à Yun-nan-sen un offider supérieur, Liou-tsé-kiou qui, loin de se laisser gagner par la peur, jure de mourir à la tête de ses troupes plutôt que de permettre à un seul ennemi de pénétrer dans la ville.

Après plusieurs combats plus ou moins douteux, une trêve fut demandée par les musulmans, et bientôt la paix fut signée entre les deux partis. Les révoltés durent déposer leurs armes et rentrer dans leurs foyers. Ce fut là toute la punition que le gouvernement osa leur infliger.

Les choses demeurèrent dans cet état jusqu'à Tavènement de Tong-tchy en 1862. Cette année-là, les musulmans, impatients de reprendre les armes, excitèrent une révolte à la capitale.

Aux premiers symptômes de rébellion, le vice-roi Pan, qui gouvernait alors la province, sort de son palais et se montre à la foule dans l'espoir de calmer reffervescence des esprits et de comprimer la révolte par la majesté de sa présence. A peine a-t-il paru, qu'un tout jeune soldat s'élance sur lui, le glaive à la main, et le perce de part en part en criant : € Mort aux Chinois! >

Ce fut le signal de la révolte qui bientôt s'étendit d'un bout de la province à l'autre. Les musulmans s'étaient préparés de longue date ; les marabouts avaient, dans les villes et les campagnes, prêché la guerre sainte. Us combattirent avec cet acharnement, ce fanatisme et cette haine de l'étranger qu'ils tiennent du Prophète. D'étonnants succès accrurent bientôt leur audace ; partout les villes, ouvertes par la trahison, tombèrent les unes après les autres en leur pouvoir.

Le plus hardi de leurs chefs, Tou-ouen-sieou, ancien mineur, homme grossier et sans culture,mais d'un courage indomptable et d'une habileté incontestée s'était emparé de Taly-fou et y avait établi son quartier général. Bientôt même il y prit le titre de roi et fit de cette ville la capitale de son royaume. De là il soutint la rébellion et seconda puissamment ses lieutenants qui, pour la plupart, ses parents ou ses amis, lui étaient entièrement dévoués.

Goog (

Le vîce-roî Laô, successeur de Pan„ après être demeuré au Kouy-tchéou près de deux années, sans pouvoir pénétrer au Yun-nan, à cause des rebelles qui en occupaient toutes les routes, réussît enfin à se frayer un chemin jusqu'à la capitale où il parvint heureusement. Son arrivée releva le courage des troupes impériales qui se battirent dès lors avec plus d'ordre et de confiance. La division, d'ailleurs, s'était mise parmi les principaux chefs mahométans, et plusieurs de leurs meilleurs généraux avaient été égorgés dans leur camp par leurs propres soldats. Les Chinois reprirent peu à peu Toffensive et commencèrent à regagner le terrain perdu.

Mais bientôt le vice-roi Laô mourut subitement d'un mal inconnu. Les musulmans, qu'il avait su repousser au dehors et contenir au-dedans, ne pouvaient lui pardonner leur humiliation. On les accusa de l'avoir empoisonné.

Le Yun-nan perdit en lui son meilleur défenseur et les chrétiens leur soutien et leur protecteur {}), Laô-ta-jen était un de ces hommes au cœur large et généreux, à l'âme forte et fière, chez qui l'amour du vrai et du beau prime tout autre sentiment. C'était un de ces hommes rares en Chine, qui savent mettre de côté leurs préjugés nationaux pour admirer et prendre ce que les autres peuples ont de bon et d'utile. Il aimait les Européens, parce qu'il sentait que la Chine avait tout à gagner à se rapprocher d'eux.Les missionnaires étaient pour lui des hommes de doctrine et de civilisation qu'on ne pouvait trop favoriser, « parce que, disait-il, peuple et mandarins devaient s'améliorer à leur contact. >

Il n'était pas chrétien, mais il aimait la religion qui lui sepiblait seule capable de donner à une nation la durée et la prospérité. On pouvait espérer qu'un jour il embrasserait le christianisme ;la mort le surprit sans qu'il ait eu ce bonheur!... Qui sait si, à son heure dernière, le Dieu de toute miséricorde ne lui aura pas tenu compte de sa bonne volonté et ne lui aura pas ménagé la grâce du repentir de ses fautes et du baptême de désir ?

I. Voir jes Annales de la Propagation de la Foi, année 1664. lettre de Mgr Faune.

Vice-roi du Yun-nan, costume de grand mandarin, d'après une peinture chinoise.

»4oy

IlNO

Page 1