‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 21 sur 74 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

Laô-ta-jen mort, la confiance revînt aux musulmans et avec elle, le succès. Ils recommencèrent la guerre avec un nouvel acharnement Les troupes impériales reculèrent et le siège fut mis devant la capitale du Yun-nan qui faillit tomber au pouvoir de Tennemî. Toutes les routes furent interceptées, à l'exception de celle de Test venant de Kiu-tsin et communiquant avec le Kouy-tchéou. Ce fut là une des principales fautes des rebelles et, avec leurs divisions intestines, la cause de leur défaite finale.

Ma-jou-long,général des troupes de la province,commandait la garnison de la ville assiégée. C'était un musulman au service du gouvernement chinois ; il avait refusé de prendre part à la rébellion, tout en la favorisant peut-être un peu. On l'accusait même de se battre mollement contre ses coreligionnaires. Mais ces reproches n'étaient rien moins qu'acceptables dans la bouche des chinois dont Tincurie n'avait d'égale que leur mauvaise discipline.

Toutefois, approvisionnée par la route, qui demeurait libre, et confiante dans ses hautes murailles, la ville tint bon. Son artillerie de rempart, à la vérité, ne causait pas grand mal aux assiégeants, mais ces détonations formidables qui faisaient résonner les échos d'alentour, entretenaient le courage des assiégés. Malgré leur force numérique, les Chinois cependant auraient succombé, s'il ne s'était enfin trouvé un homme capable de diriger la lutte.

Le vice-roi Lieou, successeur de Lao-ta-jen, était un homme nul, mais son lieutenant Tsen était doué d'un talent rare, lant pour l'art militaire que pour l'administration. Tsen était originaire des environs deSy-lin-hien au Kouang-si.La fortune lui avait souri dès le début de sa carrière, et il s'était élevé rapidement des derniers degrés au sommet de la hiérarchie. Son ambition égalait, si elle ne surpassait pas son talent. A l'exemple de Ma-jou-long, qui s'était improvisé généralissime, îl se fit nommer successivement grand trésorier et fou-thay (gouverneur immédiatement au-dessous du vice-roi).

Il pressa vigoureusement les musulmans, les tint .sans cesse

en haleine, les attaquant sur divers points à la fois, et au bout de peu de mois il réussit à dégager les environs de la capitale et à reprendre les villes voisines, tombées au pouvoir de Tennemi. Pendant ce temps, le général Yang-yu-ko marchait sur Ta-ly-fou du côté de l'ouest et menaçait l'usurpateur Tououen-sieou dans sa capitale.

Dès lors, c'en était fait de la puissance musulmane. Les sectateurs du prophète, se voyant dans l'impossibilité de tenir la campagne, se renfermèrent derrière les murailles de leurs villes. Là, ils défièrent longtemps encore les forces de Tscn-ta-jen et de Yang-yu-kô. Ce ne fut qu'au bout de trois années que ceux-ci parvinrent à les réduire complètement.

Enfin en 1872, le roi de Ta-ly, qui se montrait si fier lors du passage au Yun-nan de la mission française pour l'exploration du Meikong, se vit assiégé par une immense armée et obligé de se rendre. Trahi par les siens, il prit du poison dans lel^utxl'échapper au sort réservé aux chefs de la révolte. Il vivait encore quand il fut livré au général Yang qui lui fit trancher la tête. Ainsi croula le royaume deTa-ly ; il avait commencé par le meurtre, il finit dans le sang.

Cette longue et terrible guerre a causé d'immenses désastres. Partout on ne rencontrait que maisons incendiées, villes et villages ruinés, campagnes désolées et désertes. La population avait fui ou avait été massacrée. Il faudra encore de longues années pour que leAau^ Yun-nan, autrefois si beau et si riche, recouvre son ancienne splendeur.

Si les musulmans avaient été victorieux, la Chine aurait perduune belleet vaste province, et la religion chrétienne auraitété à tout jamais bannie de ce pays. Déjà plusieurs fois durant le cours de cette guerre, les néophytes avaient été en butte à leur haine. MM. Fenouil et Leguilcher avaient à différentes reprises failli devenir leurs victimes et c'était pour échapper à leurs coups que M. Proteau se réfugiait à Tsao-kia-yn.

Chassé successivement de Pé-yen-tsîn et de Yun-nan-sen, ce confrère avait dû laisser les chrétiens aux soins d'un prêtre du pays, le Père André Tchen. En ces temps de trouble, il

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