‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 22 sur 74 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

est, en effet, plus facile à un indigène de passer inaperçu qu'à un Européen que sa tournure étrangère signale à l'attention de tous. Néanmoins le Père Tchen eut beaucoup à souffrir ; ce ne fut même que comme par miracle qu'il put échapper aux poursuites des musulmans.

Peu de temps après l'arrivée de M. Proteau à Tsao-kia-yn, M. Fenouil dut quitter ce village, pour se rendre dans le bas Ynn-nan auprès de notre vénérable vicaire apostolique, qui l'avait appelé pour traiter d'affaires concernant les intérêts de la mission.

Ason départ,la chrétienté naissante deKiu-tsin commençait à jouir de quelque tranquillité. Il semblait que le moment de la moisson était proche ; on travaillait, on prêchait, on exhortait, et pourtant le nombre de nos néoph)^es n'augmentait pas d'une manière bien sensible. On eût dit que le succès devait être en raison de la violence de la persécution. Dès que celle-ci se ralentissait, les conversions diminuaient, tant il est vrai que la rédemption des âmes est l'œuvre de Dieu, et que, d'ordinaire, rien ne contribue plus à leur salut que la souffrance et la mortification. C'est toujours le mot de Tertullien : sanguis martyrum semen christianorum.

Vers la fin d'octobre (1868), M. Fenouil, après avoir terminé ses affaires à la résidence épiscopale, partit de Long-ky pour retourner à Kiu-tsin au milieu de ses néophytes impatients de le revoir. Chemin faisant, à son passage à Tchao-thong. il fut reconnu par un musulman qui se hâta d'aller annoncer à Taô-ouen la prochaine venue de l'ennemi de l'islamisme.Taô-ouen est un gros bourg à six lieues de la ville de Tchaô-thong, habité exclusivement par les mahométans. Or, on sait que depuis longtemps ces fanatiques avaient voué une haine mortelle à notre cher provicaire.

M. Fenouil se douta bien de quelque chose et pressentît un piège, mais il fallait marcher. Il entre donc bravement à Taoouen et descend à l'auberge la plus fréquentée du bourg. Il est reçu avec empressement, le maître d'hôtel se montre plein d'attention pour lui ; il lui offre une chambre particulière,

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voulant qu'il soît parfaitement à son aîse. Notre confrère, qui se tenait sur ses gardes, remercia son hôte et voulut loger dans la chambre commune, au milieu de ses gens. Malgré toutes les instances qui lui furent faites on ne put le décider à entrer dans le cabinet où on avait dessein de l'enfermer.

Pendant toute la nuit, ce fut un va-et-vient continuel de personnes qui entraient et sortaient. Par moments la conversation était générale et animée ; d'autres fois c'était le silence le plus complet, à peine interrompu par quelques chuchotements. La nuit parut bien longue au missionnaire qui ne pouvait fermer l'œil et qui était aux aguets.

Vers trois heures du matin, il tira son domestique par le bras : <L Levons-nous et partons..., lui dit-il, mais sans bruit, et que personne ne s'aperçoive de notre départ. >

Tous deux s'habillent à la hâte et dans l'obscurité ; puis pas à pas, avec toutes les précautions possibles, ils isortent de l'auberge, laissant porteurs, montures et bagages à la merci des musulmans, sachant bien d'ailleurs que ceux-ci n'en voulaient qu'à leurs personnes.

La nuit était sombre et pluvieuse, notre confrère et son domestique, s'abandonnant à la divine Providence, prennent la route qui se présente devant eux et qu'ils croient la bonne. Ils marchent d'un pas rapide, bien que les chemins, détrempés par la pluie, soient très difficiles. Il allait faire jour quand ils virent arriver deux cavaliers qui couraient bride abattue. Nos deux voyageurs se rangeaient pour les laisser passer, quand ceux-ci, arrêtant tout à coupleus montures, leur demandent d'une voix impérieuse s'ils n'ont pas rencontré sur leur route deux hommes dont l'un est Européen.

« Non, s'empressa de répondre le suivant de M. Fenouil, nous n'avons rencontré personne... mais qui sait ? peut-être sont-ils en avant ! >

Là dessus, les deux cavaliers partent à fond de train... A peine délivrés de ce premier péril, nos fugitifs tombent dans un autre. Le jour s'était levé, et tout en marchant, ils s'aperçoivent qu'ils sont revenus à Tsao-ouen, juste à l'endroit d'où

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