CHAPITRE SEPTIEME
ils étaient partis. Ils s'arrêtent prudemment et se cachent de peur de donner Téveil et de se livrer eux-mêmes. Enfin la caravane des voyageurs, piétons et cavaliers, sort du bourg pour continuer sa route. M.Fenouil a la consolation d'apercevoir ses gens qui viennent avec ses bagages. Désormais, il n!y a plus rien à craindre ; la bande est nombreuse et les musulmans n'oseront l'attaquer.
A peine avaient-ils fait une heure de chemin qu'ils rencontrent les deux cavaliers lancés à la poursuite de l'Européen. Ceux-ci revenaient tout penauds de leur expédition manquée. En apercevant notre confrère au milieu de la caravane, ils s'arrêtent involontairement et le montrent du doigt d'un air désappointé.
Dieu avait encore sauvegardé la vie du missionnaire. Car, si les fugitifs avaient suivi la route véritable comme ils en avaient eu l'intention, s'ils ne s'étaient pas trompés de chemin, ils auraient été infailliblement rejoints et arrêtés par ceux qui les poursuivaient, et nul doute qu'ils ne fussent tombés sous leurs coups.
A l'arrivée de M. Fenouil au milieu de ses néophj^es de Kiu-tsin,M.Proteau,qui l'avait remplacé pendant son absence, reprit la route de son premier district d'où la rébellion l'avait chassé.
SOMMAIRE : Mon arrivée A Kiu-tsin. Voyage à la capitale, description de cette ville. — Œuvre de la Sainte-Enfance, difficultés
S^EPENDANT la situation politique au Yun-nan commençait à s'éclaircir, les musulmans étaient refoulés vers l'ouest de la province. Deux Français (ï) au service des autorités militaires n'avaient pas peu contribué aux succès obtenus par les troupes impérial es. Ces messieurs vinrent prier M. Fenouil de retourner à Yun-nan-sen et d'y faire de nouveau sa résidence. Notre confrère, croyant le moment favorable pour revenir à son ancien poste, partit avec eux et se rendit à la capitale.
Mais il ne pouvait abandonner à elle-même la chrétienté nouvelle de Kiu-tsin. Un courrier fut dépéché à Mgr Ponsot, afin de prier Sa Grandeur de pourvoir au remplacement de M. Fenouil et d'envoyer quelqu'un à Tsao-kia-yn. J'étais alors à Long-ky et des missionnaires qui se trouvaient à la résidence épiscopale ou dans les environs, le seul qui fût disponible. Je fus donc désigné pour le district de Kiu-tsin. Je partis de Long-ky dans les premiers jours du carême 1870 et j'arrivai à mon poste dans la semaine de la Passion.
J'étais à peine installé à Tsao-kia-yn, que je me mis en route pour la capitale, afin de visiter notre cher pro vicaire et de recevoir ses instructions. Bien que te chemin soît court, facile et agréable, cependant, à cause du voisinage des mahométans qui tenaient encore quelques viïles du voisinage, nous ne marchions qu'avec de grandes précautions. Avant d'arriver à Yun-nan-sen, nous eûmes même une alerte assex vive dont nous fûmes quittes pour la peun
Une troupe de soldats, drapeau entête et l'arme au bras lancée au pas gymnastique, déboucha tout à coup des bois
jt, Mûunen et Ciriaque, envoyés par uii négociant ftanpajj, M, Dupuiiy
de Fan-kiao, au moment où nous entrions nous-mêmes en rase campagne. La panique se met aussitôt dans notre caravane, composée de plus de cent hommes et d'au moins cent cinquante chevaux. En un instant la confusion est générale.
Peu à peu, cependant, on se rassure en voyant que la colonne d'attaque n'est pas suivie d'un corps d'armée : bientôt même on reconnaît le drapeau rouge ; ce sont des amis. La confiance succède à la peur,et l'enthousiasme est indescriptible quand cette troupe en guenilles passe au galop sur notre droite. On rit, on crie. .. Comment se fait-il qu'on ait eu peur ? f II est même bien fâcheux, dit-on, que ce ne soient pas des musulmans, on n'en eût fait qu'une seule bouchée. »
Pour moi qui, au moment de la panique, ne comptais que sur la Providence et sur les longues jambes de ma mule, je me suis bien amusé de ce spectacle et de mes compagnons de route, naguère si poltrons et tout d'un coup devenus si audacieux.
J'arrivai dans la soirée à Yun-nan-sen. Cène fut pas sans éprouver un sentiment de profonde tristesse que je considérai pour la première fois cette ville. Elle s'élevait alors comme une oasis au milieu du désert. Partout, aussi loin que la vue peut s'étendre, on n'apercevait que des ruines. Les campagnes désolées,les champs en friche,les maisons brûlées ou détruites, la solitude et le silence qui régnaient dans la plaine, tout frappait péniblement les regards et attristait le cœur. On sentait que des haines implacables et le fléau de la guerre avaient passé par là.
Pourtant, rien n'est par lui-même plus enchanteur que le site de Yun-nan-sen. Que de fois, depuis, j'ai admiré du haut des remparts les superbes paysages qui de tous côtés s'offrent à la vue. Ici à l'est, c'est, comme à Kiu-tsin, la plaine large, coupée de canaux et parsemée de rizières. Au midi, s'étend le vaste et majestueux lac de Kouen-Yang ou Tien-tchy, sillonné de barques, et dont les rives, bordées d'algues marines, sont peuplées d'oiseaux aquatiques. Au nord et un peu à
l'ouest, le terrain s'accentue et s'élève pour se transformer peu à peu en de véritables montagnes.
Inutile de dire qu'à mon arrivée à la capitale, je trouvai auprès de notre cher provicaire, avec le plus gracieux accueil, tous les conseils et les encouragements dont j'avais besoin au début de mon ministère dans ce pays. Je passai quelque temps auprès de lui et je profitai de l'occasion pour visiter cette ville célèbre.
Bâtie sur une colline que domine un palais impérial, Yunnan-sen joint aux avantages d'une place forte tous les agréments d'une ville de plaisance. Deux grandes pagodes, dont l'une avec ses tours fantastiques, et l'autre avec ses galeries couvertes de tuiles dorées, semblent commander à la cité. De nombreux jardins plantés d'arbres séculaires, au feuillage toujours vert la couvrent d'ombrage et lui donnent à l'extérieur l'aspect d'un bocage. Les rues sont larges et très propres, les maisons n'ont qu'un étage, mais elles sont solides et bien bâties ; au milieu de la ville, un joli lac entouré de ravissantes promenades, de pagodes et de jardins. C'est le rendez-vous du beau monde ; les jours de fête, la population y afflue.
Un des monuments les plus remarquables, c'est l'antique et indestructible palais du roi Ou-san-kouy. Il n'est pas dans l'enceinte de la ville, mais à quinze ly des remparts. Il est bâti en cuivre et en marbre. On dit que, dans la dernière guerre, les musulmans ont essayé de le démolir mais qu'ils ont reculé devant la difficulté. Chaque tuile de la toiture est en cuivre et ne pèse pas moins de trente à quarante livres ; les colonnes, également en cuivre, mesurent quinze à vingt pieds de hauteur sur un pied de diamètre. C'est un travail prodigieux qui, à lui seul, prouverait l'abondance des mines de cuivre dans la province.
Yun-nan-sen, naguère encore très populeuse et très co. merçante, est aujourd'hui bien déchue de sa splendeur. La villeextérieure,en dehors desmurailles,étaitsurtout importante et aussi considérable par sa population que par ses richesses.
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les a^ otites relèv&nt pGU dt peu les monuments publics. Avant
ji^ans, cette ville, qui j>a.x-aîssait vouée à la destruction, sera
probablement redevenue oe qu'elle était jadis.
Lors de ix^a premièx-e ^visite à la capitale, la chrétienté de
yunnan-sen n'était ni nonnbi^euse ni influente, elle se compo-
saitd'une trentaine de fannîlles comptant un peu plus d'une
ce/ifaîne d'individus. Car-, là. aussi, la guerre et ses fléaux ont
msé de grands ravagres. Bon nombre de néophytes ont
t i« ♦^^^•-wT-ierïte. Autrefois, à la ville et dans les
disparu dans jatou««^^^ ^^ cinq à six cents. Ceux qui ont
gjlVirons, on ^n ^^^ clxr^ tiens de vieille race et se distinguent jVitvécu sont ^o^s ^^^ ^ ^^ ^^j dont ils font profession. Plusieurs ç^t kur att^^^^ ^^ ^t ont porté la chaîne dans les prisons
^vxt\etvo^^. -^ ^^ retour a Tsao-kia-yn que je reçus la
yèVa\s ^ V^^^^ ^^y£^ ;33,^în, missionnaire au Kouang-si. Ce
V\s\le \tvaXXe^^^^ successeur à Sy-lin-hien du vénérable
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\ A Chapà€\^^^^' ^^^ Y^ Vvéoui pour y chercher les ressources dont
1 I capîl^^^ A^ ^"^^^IVats \es routes étant occupées par les rebelles,
■ 1 W avavt beso\tv. ^ ^^^ ^tit^éraire et se diriger vers le Yun-nan.
m \ \\ avait à\i ^^^^ ^ "Ba.z.î^ à. Kiu-tsin fut Poccasîon de petites
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% \ ttvatûÇestatVotvs ^ ^^ ^os chers néophytes. Car, comme je Taj
^ \ xan\tïvet\afe^^^ ^^ de la persécution, le mouvement des
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