CHAPITRE HUITIEME
Quelques-uns deses faubourgs avaient plus de deux kilomètres de longueur, on y trouvait quantité de portiques, de maisons magnifiques et de pagodes. C'était là que se faisaient toutes les transactions commerciales.Pendant la guerre ces faubourgs ont été complètement rasés, les maisons incendiées, et la population entièrement ruinée a été dispersée de tous côtés Aujourd'hui la ville commence à reprendre son ancienne physionomie. Les particuliers reconstruisent leurs maisons, et les autorités relèvent peu à peu les monuments publics. Avant dix ans, cette ville, qui paraissait vouée à la destruction, sera probablement redevenue ce qu'elle était jadis.
Lors de ma première visite à la capitale, la chrétienté de Yun-nan-sen n'était ni nombreuse ni influente, elle se composait d'une trentaine de familles comptant un peu plus d'une centaine d'individus. Car, là aussi, la guerre et ses fléaux ont causé de grands ravages. Bon nombre de néophytes ont disparu dans la tourmente. Autrefois, à la ville et dans les environs, on en comptait de cinq à six cents. Ceux qui ont survécu sont tous des chrétiens de vieille race et se distinguent par leur attachement à la foi dont ils font profession. Plusieurs même ont été torturés et ont porté la chaîne dans les prisons pour le nom de JÉSUS.
J'étais à peine de retour à Tsao-kia-yn que je reçus la visite inattendue de M. Bazin, missionnaire au Kouang-si. Ce cher confrère est le successeur à Sy-lin-hien du vénérable Chapdelaine, martyrisé pour la foi en 1856. Il se rendait à la capitale du Kouy-tchéou pour y chercher les ressources dont il avait besoin. Mais les routes étant occupées par les rebelles, il avait dû modifier son itinéraire et se diriger vers le Yun-nan. Le séjour de M. Bazin à Kiu-tsin fut Poccasion de petites manifestations chrétiennes qui ont eu pour avantage de ranimer la ferveur de nos chers néophytes. Car, comme je l'aï déjà dît, depuis la fin de la persécution, le mouvement des conversions s'était beaucoup ralenti.Nous visitâmes ensemble les diverses stations où il y avait des néophytes et des catéchumènes et nous eûmes la consolation de voir un grand nombre
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de familles et de leur adresser quelques paroles d'encouragement.
Sur ces entrefaîtes, le fils et le cousin du martyr, Tchangkouang-tsay, emprisonnés injustement, comme on le sait, furent sans jugement remis en liberté.Une ère de paix semblait s'ouvrir pour nous; dès lors les païens se tinrent sur la réserve. Un d'eux, ayant un jour parlé trop haut et d'une manière inconvenante de notre sainte religion, il lui en fut demandé raison sur-le-champ. Il dut reconnaître son tort et faire les réparations exigées. Dès lors nos ennemis se montrèrent d'assez bonne composition et nous laissèrent jouir de quelque tranquillité.
Un de mes premiers soins à mon arrivée dans le district de Kiu-tsin, fut d'établir d'une manière définitive l'œuvre de la Sainte-Enfance. Les enfants recueillis aux frais de cette admirable association étaient nombreux. Plusieurs se trouvaient en âge d'être retirés des familles païennes où, à défaut de familles chrétiennes, ils avaient été placés en nourrice et où ils ne pouvaient que prendre désormais de mauvaises habitudes.
Le moment parut favorable pour bâtir un orphelinat. Le Ouang-sien-sen, médecin chrétien, chassé de Ué-tchéou et retiré dans la petite localité de Man-tcheou-chan, fut mis à la tête de l'entreprise. Les travaux, commencés dans le courant de 1870, furent poussés vigoureusement. De plus, quelques familles de la localité et des environs se déclarèrent chrétiennes et se mirent à propager la religion.
Cétait de bon augure et on put croire bientôt que l'élan des premiers jours allait reprendre. Plusieurs conversions qui eurent lieu coup sur coup ne firent que confirmer mes espérances. Nous avions la paix, tout allait bien.
Tout à coup la nouvelle du massacre de Tien-tsin arrive et se répand dans toute la province. Bientôt on n'entend plus partout que des bruits sinistres. Les chrétiens vont être massacrés en masse... Les Européens sont proscrits dans tout l'eiirpire.... La position devint critique, je tâchai de faire