‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 26 sur 74 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Le maire balb;;itia ...

— « Qu'on lui donne deux cents coups de bâton... dît le juge... ; qu'on luî fasse payer 30 ligatures (250 fr.) et qu'on le jette en prison jusqu'à ce qu'il ait versé tout l'argent. »

Dès le soir du même jour, Fong-téi arrivait à Tsao-kîa-yn content et radieux.

— « Père, dit-il en m'abordant, j'ai gagné mon procès... j'en étais sûr..., le maire est détenu en ma place. Mais le meilleur de raffaire,c'est que les gens de Cha-ho vont s'enhardir à se faire chrétiens. Le diable a voulu nous jouer un mauvais tour et lui-même se trouve pincé. »

Puis il se mita me raconter son |)lan de campagne qui ne consistait en rien moins qu'à convertir tout le village.

— « Plaise à Dieu que tu réussisses, répondis-je, et prions avec confiance... En attendant, va faire partager ta joie à ta famille et à tous ceux dont tu as défendu les intérêts. »

Cinq ou six jours après, c'était le 25 septembre 1871, Fong-téi arrivait de nouveau avec son frère et deux autres catéchumènes ; ils venaient me chercher pour me conduire chez eux. J'eus bientôt terminé mes préparatifs et me voilà parti. Toute la population de Cha-ho me reçut comme la première fois. Je m'établis dans la famille Fong.

On n'eut pas besoin de battre le tam-tam pour appeler les gens au sermon du soir. Après le souper, tous les hommes du village, avec quantité de femmes et d'enfants, étaient réunis chez Fong. C'étaient des hommes simples, qui n'avaient aucune objection à faire. Il n'y avait ni bacheliers, ni docteurs parmi eux.

Selon qu'on en a l'habitude dans la plupart de nos missions, je développai purement et simplement le décalogueet expliquai ensuite les actes de foi, d'espérance et de charité. Je parlais le premier, mon catéchiste Kia-tchen-kang, reprenait après moi ce que j'avais dit, ajoutait de nouvelles explications et répondait aux difficultés de chacun.

On écoutait avec un religieux silence et tout le monde aporouvait. Dès le premier jour, dix personnes firent leur

adoration ; le Jendemaîn, il y en eut quinze. Bref, au bout de quelques jours, j'eus à enregistrer 45 nouveaux catéchumènes. L'élan était merveilleux et j'espérais davantage, mais le malencontreux maire fut relâché trop tôt.

Il arriva juste au moment où tout Cha-ho, peut-être, allait se déclarer chrétien. Par haine de Fong-téi, il arrêta le mouvement. Il avait des amis, des parents dans le bourg et aux environs. Aussitôt de fausses rumeurs sont mises en circulation, c'est toujours la même chose : les chrétiens vont se révolter..., on va faire main-basse sua eux..., le gouvernement a lancé un édit pour prohiber cette secte. Enfin, tous les moyens que Tenfer peut inventer dans cette circonstance sont mis en œuvre.

Nos pauvres catéchumènes furent effrayés, néanmoins ils persévérèrent, mais ceux qui se disposaient à les imiter, cédèrent à la crainte et s'éloignèrent. J'eus beau démentir tous ces bruits et en menacer les auteurs, tout fut inutile.

Le diable lui-même se mit de la partie, nos néophytes furent épouvantés par des apparitions nocturnes, aucune famille n'en fut exempte. Ils entendaient des bruits étranges dans leurs maisons, et, au moment de leur sommeil, ils étaient comme suffoqués. Dès que la nuit commençait, ils étaient pris de frayeur et j'avais toute la peine du monde à les rassurer.

L'une de ces familles surtout fut grandement éprouvée. Le soir même de son adoration, le chef de cette famille avait brûlé ses poussaJts. Mais à peine fut-il couché que toute la maison fut mise en émoi par des cris sauvages. Pendant quelques instants, ce fut un tintamarre épouvantable. Enfin une voix s'éleva plus puissante que toutes les autres :

— « Partons, partons, dit-elle, nous n'avons plus rien à faire ici. »

— « Père, me disait le lendemain ce pauvre néophyte, c'est le diable à coup sûr, je ne couche plus chez moi... ma femme et mes enfants meurent d'épouvante. »

Je me mis à rire : « Puisqu'il est parti, lui dis-je, tu n'as

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