CHAPITRE DIXIEME
plus rien à craindre. > Mais^ impossible de lui faire entendre raison.
Le dimanche, après la messe, je fis prendre le bénitier à mon catéchiste, et revêtu du surplis, je m'en allai à travers le village, bénir les maisons des chrétiens. A partir de ce jour,ce fut fini des apparitions et des bruits nocturnes; tout le monde dormit en paix. Mais les fables débitées contre nous continuèrent leurs cours; n'ayant aucun moyen de les arrêter, nous dûmes les subir et prendre le parti de n'y faire aucune attention.
Quarante-cinq catéchumènes d'un seul coup, c'est beau sans doute, et plaise à Dieu de nous ménager souvent de pareilles faveurs! Cependant on pouvait s'attendre à quelque chose de plus. Pourquoi ce village, qui paraissait si bien disposé à recevoir le bienfait de la foi, n'est-il pas devenu entièrement chrétien } O altitude divitiariim sapientiœet scientiœ Dei: quant mcomprehensibilia suntjudicia ejus et investigabiles viœ yus! Adorons cette divine Providence qui règle toutes choses avec sagesse et dont les mystérieuses dispositions échappent à notre infirmité.
SOMMAIRE : Visite à Pié-të et à Houang-ngy-hô.— La secte du Nénuphar. — Marche de Houang-ngy-hô. — Mon séjour à Houang-ngy-hô. — Visite à un chef lolo.
^E comptais déjà dans mon district un assez grand nombre de néophytes, chrétiens baptisés, catéchumènes, ou même simplement adorateurs.
Mais il ne suffit pas de jeter la semence dans une terre, d'ailleurs bien préparée, pour qu'elle donne ses fruits, il faut entourer de soins ce germe qui se transforme peu à peu, devient un grand arbre et se couvre de feuilles et de
fleurs. Les âmes des néophytes, pour persévérer dans leur ferveur première, doivent, elles aussi, recevoir des soins tout particuliers; dans ces pays païens surtout, à cause de ce contact obligé avec toutes les erreurs, toutes les superstitions et tous les vices, il leur faut une foi forte et éclairée, une vertu solide.
L'éducation religieuse des femmes me préoccupait beaucoup, je n'avais personne pour les instruire et les former aux pratiques et aux habitudes chrétiennes ; de là, ce qui pourra paraître extraordinaire, elles étaient en général moins instruites et moins pieuses que les hommes. Sur ces entrefaites, M. Fenouil ayant dû se rendre à la résidence épiscopale, je le priai d'obtenir pour mon district l'envoi de quelques religieuses ou d'autres personnes capables de donner l'instruction nécessaire à mes néophytes, je le priai aussi de demander à Monseigneur un confrère, dont les besoins toujours croissants de ma chrétienté réclamaient la présence.
Depuis mon arrivée à Kiu-tsin, je n'avais pas encore pu visiter la station de Houang-ngy-ho qui se trouve à quatre journées d'ici sur la frontière du Kouy-tchéou. En attendant le résultat des négociations de notre cher provicaire auprès de Mgr Ponsot, comme je n'avais rien qui me retint, je partis pour cette station éloignée, vers la fin d'octobre (1871), après la récolte du riz, et j'emmenai avec moi mon catéchiste Kiatchen-kan pour m'aider à prêcher la doctrine.
Après avoir traversé une petite chaîne de montagnes, connue sous le nom de Tong-chan, j'arrivai au milieu des tribus aborigènes ou Lolos qui occupent tout le pays compris entre Tchao-thong-fou et Kouan-sy-tchéou, sur la frontière du Kouy-tchéou. Les Lolos forment la portion la plus considérable de la population de ce territoire; çà et là, cependant, on les trouve mêlés aux Chinois avçc lesquels ils habitent.
Le premier village que je rencontrai et où je passai la nùît, s'appelle Sy-lieou-chouy, il est la résidence d'un chef Mo ou tkoû'Ssé nommé Hay; ce village est fortifié, on y accédait