CHAPITRE DIXTÈMÉ
Ce qu'il y a de plus clair aux yeux du vulgaire, c*est que l'initiation à cette société secrète peut être un acheminement à la fortune. La place de maître surtout est lucrative et les premiers chefs deviennent opulents. Quant aux sectateurs de 3^ ordre, on leur promet richesses et honneurs ; mais, en attendant que richesses et honneurs viennent, on bur fait payer bien cher leurs espérances.
Cette secte du nénuphar blanc^ qu'on appelle aussi secte des jeûneurs, a été souvent confondue par les Chinois avec la religion chrétienne, et quelques-unes des persécutions qui ont affligé l'Église de Chine ont été motivées, ou tout au moins occasionnées, par des édits lancés contre cette secte.
Aujourd'hui personne ne s'y trompe... peuple et mandarins savent fort bien que la secte du nénuphar et la religion du Maître du ciel sont deux choses absolument distinctes. Néanmoins, par une contradiction inexplicable, le discrédit qui se trouve jeté sur la religion chrétienne par suite de cette confusion, est beaucoup plus considérable que celui qui pèse sur la secte révolutionnaire et athée du nénuphar blanc.
Après avoir porté quelques consolations au milieu de nos braves néophytes de Piè-té, nous partîmes pour la station de Houang-ngy-hô, qui n'est éloignée de la première que d'environ 60 lys (6 lieues). La route est très pittoresque, mais aussi très pénible et parfois même dangereuse.
Enfin, vers midi, nous débouchions par un étroit vallon dans la plaine de Houang-ngy-hô. Je fus tout d'abord frappé de l'animation qui régnait aux alentours. C'était jour de marché; de toutes parts les gens affluaient et les rues du bourg étaient déjà encombrées.
Il faut avoir traversé un marché chinois pour se faire une idée de tout ce brouhaha, de ce tumulte, de ce tapage. J'avais toutes les peines du monde à me frayer un passage à travers la foule, quand tout à coup, un homme de haute taille, à la figure énergique, ornée de fortes moustaches noires, se fait jour à travers la cohue et arrive jusqu'à moi. Il saisit aussitôt mon cheval par la bride et me crie ; ^Père, laissez-moi vous
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conduire. > Je fis un signe de tête, car j'avais reconnu un chrétien.
Mais nous étions encore loin de la maison où je devaîs loger : la marche était pénible, et tandis que mon guide improvisé faisait de son mieux pour m'ouvrîr un passage, j'avais tout le loisir de considérer la variété des costumes et des figures. ( Voir la gravure,)
Ici c'est un groupe de femmes loios^ aux larges épaules, à la forte corpulence, la tête couverte d'énormes turbans verts, roulés en spirales. Là, on voit des Tchon^-kia^ vêtues de longues jupes plissées et traînantes ; un veston noir et court, fendu en forme de coeur sur la poitrine, dessine leur taille vigoureuse. Plus loin, ce sont des Z^^-y^«, en tenue de campagne, à la robe flottante, aux pieds nus,à la tête surmontée d'un large voile bleu, plié en quatre et retombant négligemment de chaque côté. Puis viennent je ne sais quelles dames miaô'tsé^ la tête couverte d'une mitre ayant la forme d'un cône arrondi et magnifiquement brodée. Ailleurs d'autres femmes 7;//â:(5-/j/de tous les costumes et de toutes les couleurs... miaô no\rs,mzaâ fieuns,7Hiaâ k cornes. Au milieu de tout ce monde circule ca/iin caha la matrone chinoise, au pied bot, à la voix criarde ; son /^z-/j/ blanc (mouchoir que les femmes chinoises du Yun-nan portent sur la tête) tranche sur .toutes les autres couleurs. Je ne parle que des femmes, car les hommes de toutes ces tribus sont vêtus à la chinoise.
Je visitais la chrétienté de Houang-ngy-hô pour la première fois ; mais, au premier coup d'œil, je fus satisfait. Tous étaient de vieux chrétiens à la foi robuste ; en outre, ils tenaient un certain rang dans le pays. Il y a là surtout trois frères dont ]a famille est des plus puissantes, sinon des plus riches, de ce b ourg qui ne compte pas moins de 3,000 âmes.
Je fis une visite en règle., , tous les jours, messe, prières, catéchisme auxquels tout le monde assista avec la plus grande exactitude. Je trouvai ces chrétiens parfaitement instruits, fervents, dévoués aux missionnaires et d'une obéissance exem-r plaire.