CHAPITRE DIXIEME
Pendant mon séjour à Houang-ngy-hô, les principaux de l'endroit vinrent me voir à plusieurs reprises. Toutes les fois que je sortais, bon nombre de jeunes gens me faisaient cortège. Ma table, quand je prenais mes repas, était toujours entourée d'une vingtaine de personnes : c'est si rare et si intéressant de voir un Européen manger ! 11 y avait certainement de la curiosité en tout, cela, néanmoins jamais ces braves gens n'ont cessé de me témoigner beaucoup de respect et de déférence. Pendant que j'étais dans la famille Ho à Pié-té, j'avais entendu vanter la générosité autant que les richesses d'un chef lûlo nommé Long.Sesbonnesœuvres lui avaient valu le surnom ^t. grand homme de bien. Il était connu à dix lieues à la ronde et sa maison était le rendez-vous de tous les malheureux. Ce qu'on m'avait dit à son sujet m'avait bien paru quelque peu exagéré, mais ma curiosité était éveillée. La famille Tchang m'ayant confirmé les récits qu'on m'avait faits, je résolus de visiter ce /(^/<?.Qui sait, me disais-je en moi-même, si les bonnes œuvres de cet homme de bien ne lui auront pas obtenu la grâce du salut, en attirant sur lui les regards miséricordieux de la divine Providence !
Il ne demeurait qu'à six lieues de Houang-ngy-hô, non loin de la route que nous devions suivre au retour. Je partis plein d'espoir et comblé de marques de respect et d'affection par mes chrétiens. Le gendre de la vieille Hô de Pié-té, nommé Lieou, et un jeune homme du même nom, originaire de Lo-my-so, m'accompagnèrent. Tous deux avaient eu des relations avec Long et ils se faisaient un plaisir de me présenter à lui.
La pluie nous prit au sortir de Houang-ngy-hô et alla toujours en augmentant. La route qui faisait quantité de détours pour atteindre le sommet de la montagne, était détrempée et glissante. Les chevaux avaient peine à marcher de sorte que nous mîmes deux heures à faire cinq ly^ c'est-àdire une demi-lieue.
L'autre versant de la montagne fut plus facile. Le chemin était pavé, mais les grandes herbes; qui bordaient les deux