‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 34 sur 74 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

teurs (*); à droite, les écuries où une demî-douzaîne de valets soignent un nombreux bétail et sept ou huit chevaux, dont la forme n'a rien d'extraordinaire, mais dont le poil luisant et le corps replet indiquent qu'ils sont à bonne étable.

Après avoir jeté partout un coup d'oeil, en dépit des aboiements de cinq à six dogues acharnés à me suivre, je vins me promener sur la terrasse. Au-devant du perron de cette vaste esplanade oîi 200 hommes pourraient manœuvrer à Taise, on jouissait, malgré la pluie, d'une vue superbe. Un village que je n'avais pas aperçu la veille, s'étend au pied de la forteresse. Au-delà, l'œil se promène çà et là dans des vallons boisés et semés d'habitations rustiques.

Évidemment le maître de céans n'est pas insensible aux charmes d'un beau site ; il a su choisir le lieu de son pèlerinage ici-bas, pour y passer ses jours en faisant le bien. J'ai d'ailleurs remarqué que toutes les habitations des chefs et des riches lolos sont situées dans des positions aussi belles qu'avantageuses; les forêts ou Jes parcs qui les entourent leur donnent un aspect particulièrement grandiose.

Après le déjeuner, mes gens ayant fait leurs préparatifs, j'ordonnai de partir. Mon catéchiste présenta de ma part une gratification aux domestiques de la maison, mais le jeune Long, qui se trouvait là, les empêcha d'accepter. Ne sachant que lui offrir à lui-même, je pris deux médaillons en ivoire dans lesquels étaient incrustées des vues de Paris et les lui présentai. Il les reçut volontiers et se mît à les considérer attentivement, l'un après l'autre, et selon mes indications. Enfin nous nous fîmes le grand salut d'usage et je pris congé du seigneur de Ngié-ouan-eul.

J'étais triste et rêveur en partant. « Si, me disais-je, cet homme dont la bienfaisance est vantée au loin, pouvait devenir chrétien, quelle belle mission à établir dans cette contrée ! Usant de son autorité, de son influence et de ses

z. Le personnel d'une maison de chef lolo est toujours considérable ; sans parler des scribes, des hommes d'affaires et des familliers, les seuls esclaves des deux sexes formeraient à eux seuls tout un village.

richesses, que ne pourrait pas cet homme pour la conversion des lolos et le salut des âmes ! » Mais hélas ! il est partout si difficile de convertir les heureux du siècle !

SOMMAIRE : Visite à Lo-my-so.— La pancarte chrétienne. — Une nuit à Ouen-tchang. — Les brigands. — Retour à Tsaokia-yn.

ËJë^S!; /^A pluie, à notre départ, continuait de tomber et ^ le brouillard devenait toujours plus épais. En £ rejoignant mes gens qui avaient pris les devants, ^^x:,-§. je leur demandai quelle route il fallait suivre. Tout le monde fut d'avis de retourner chez Lîeou-tayé, à Piété, dont nous n'étions éloignés que de 1 5 à 20 ^ et d'y attendre le beau temps.

Quittant alors la grande route,nous prîmes à travers champs. Les sentiers, détrempés par deux jours de pluie, étaient affreusement difficiles, surtout aux descentes. Chevaux et cavaliers se tiraient encore d'affaire, mais les pauvres piétons faisaient des efforts surhumains pour s'accrocher à toutes les aspérités du sol et ne pas rouler à chaque pas avec leur petit bagage. Il ne nous fallut pas moins de cinq heures pour faire deux; lieues.

La famille Ho fut heureuse de nous revoir : nous ramenions la joie et l'aisance avec nous. Le temps passa bien vite dans leur maison hospitalière. Enfin un beau matin le soleil se leva radieux, tout le monde dit : Partons. Le Lieou de Lo-my-so était le plus pressé et le plus content, car c'était chez lui que nous allions.

Au lieu de suivre la route ordinaire qui aurait exigé deux jours de voyage, Lieou nous fît prendre la traverse et nous conduisit par des chemins qui paraissent n'êtrefréquentés

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