CHAPITRE ONZIEME
pas persécutés, maïs les conversions ne furent pas nombreuses. Aujourd'hui cette petite station, dépendante du Kouy-tchéou, est administrée par nos confrères de cette mission.
Je m'en retournai par Pin-ngy-shien, ville de 3** ordre du ressort de Kiu-tsin-fou et très avantageusement située dans une belle plaine. Je traversai toute la ville qui me parut fort tranquille, peu habitée et peu commerçante ; les gens se montrèrent polis et complaisants pour moi.
De Pin-ngy-schien à Ouen-tchang, il y a deux bonnes journées. Ce dernier endroit est un grand bourg de i.oooà 1.200 familles, situé sur le penchant d'une montagne, au milieu d'un pays très accidenté, et à 200 ly environ de Kiutsin-fou.
Ouen-tchang, comme l'indique son nom, est célèbre par ses mines de zinc. Chaque jour de nombreuses caravanes d'hommes et de chevaux arrivent par les deux routes qui la traversent et s'en retournent avec un chargement de zinc. Il s'en fait un commerce considérable.
Il y a deux mines : l'ancienne qui est toujours exploitée mais qui fournit du minerai en moindre quantité que la nouvelle, ouverte depuis une trentaine d'années environ. Lors de mon passage, cette dernière donnait encore d'énormes bénéfices ; il paraît que, depuis quelques années, elle perd de son importance. Après avoir épuré le minerai de zinc, les Chinois le coulent en briques, longues d'un pied sur un demipied de largeur. C'est un métal blanc, plus dur et plus léger que le plomb.
Plusieurs fois déjà j'avais traversé Ouen-tchang : personne n'avait fait attention à moi. Mais, cette fois, en arrivant à Tauberge,je la trouvai pleine de commerçants de Kiu-tsin qui me reconnurent et vinrent me souhaiter le bonjour. Le bruit se répandit aussitôt qu'un Européen était descendu à l'auberge.
Ce doit être une chose bien curieuse qu'un Européen surtout à Ouen-tchang ! De tous côtés la foule accourt et se presse dans la cour de l'auberge oii je me trouve, attendant qu'on me prépare une chambre :
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— « Où donc est l'Européen ? > crîe-t-on de toutes parts.
— «Mais c'est moi qui suis TEuropéen,» leur dis-je en riant.
— 4[Vous!... allons donc, vous parlez le chinois... vous êtes un homme du grand empire du milieu, »
Je laissai là les curieux et montai à la chambre qu'on m'avait préparée. Mais la foule arrivait toujours plus grande et plus tumultueuse. Je ne m'en préoccupai pas davantage et malgré le bruit, je me mis à souper.
Je venais d'achever mon repas quand, tout à coup, il se fit un grand silence autour de nous. Un domestique vint bientôt me prévenir que trois sien-sen (personnages de distinction) demandaient à me voir. C'étaient les gros bonnets de l'endroit, qui désiraient s'entretenir avec moi. J'ordonnai de les introduire.
La porte s'ouvrit aussitôt et trois individus, élégamment vêtus, se présentèrent avec aisance. Le plus âgé pouvait avoir 45 ans et les deux autres de 20 à 25 ans. Après avoir fait trois pas, ils me saluèrent suivant les rites avec un merveilleux ensemble. Je répondis par le même geste que je fis avec la même solennité.
— « Daignez vous asseoir, > leur dis-je, et pendant qu'on leur sert le thé, le plus âgé se lève et me faisant une petite inclination :
— « Nous avons entendu dire que vous êtes du grand royaume d'Occident... C'est un bonheur pour nous que votre passage ici. » * .
— « Pou-kan, pou'kan (je ne suis pas digne) », leur dis-je *de l'air le plus modeste, en m'étudiant à imiter le jeupe châtelain de Ngié-ouân-eul.
— « Vous êtes sans doute envoyé pour affaires publiques? reprit mon interlocuteur ; l'empereur vous a confié une mission ? »
— «Je suis, en effet, envoyé pour affaire très importante ; mais lis plutôt cette pièce. »
Il se fit alors un silence solennel, la foule me regarda avec
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