CHAPITRE ONZIEME
mois qu'on n'entende dire que des voyageurs y ont été dévalisés et assommés.
Avertis par la visite que nous venions de recevoir, nous prîmes nos précautions et, nous recommandant à la bonne Mère, nous partîmes le lendemain au point du jour, décidés à vendre chèrement notre vie. Heureusement, nous cheminâmes sans accident, personne ne se présenta pour nous attaquer.
J'ai remarqué que le charbon abonde dans toute cette zone que nous venions de parcourir. C'est précisément des environs de Long-tan-ho que l'on tire la houille qui se brûle dans le district de Kiu-tsin ; la quantité en est énorme, car il n'y a presque pas d'autre combustible dans le pays, le bois y étant rare et coûtant fort cher.
A trente ly plus loin, nous passâmes près d'une source d'eaux thermales sulfureuses; dont j'avais beaucoup entendu parler. L'eau y est presque bouillante et jaillit en plusieurs endroits. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que les rizières des environs sont exceptionnellement belles.
Le soir de ce même jour, je rentrai chez moi, bien fatigué, après trente-quatre jours d'absence.
J'ai voulu raconter tout au long ce voyage, afin de donner une idée de la manière dont se fait la visite des chrétiens dans le haut Yun-nan et surtout dans le district de Kiu-tsin. Or, c'est suivant les espérances que nous avons et les bonnes dispositions que nous remarquons dans les pays par lesquels nous passons, que nous tâchons de fonder de nouvelles stations ou de développer celles qui existent déjà. Ainsi, plus d'une fois depuis ce voyage, nous avons tenté de convertir le fameux Long-ta-chan-jen dont j'ai parlé plus haut, sans pouvoir y réussir jusqu'à présent. Mais Dieu, qui sait tout le bien que produirait ce retour, daignera peut-être, I dans sa miséricorde, toucher ce cœur rebelle, et par sa grâce
faire en un moment ce que tous nos eflorts n'ont pu obtenir.
SOMMAIRK ! Arrivée de M. Birbes à Kiu-tsin. — Voyage à la capitale du Kouy-tchéou. — Rencontre d*un persécuteur de la religion. — Mort providentielle d'un autre ennemi du christianisme. — Une nouvelle station à Tang-kia-ten.
ENDANT que je visitais la partie de mon district, que je ne connaissais pas encore, M. Fenouil était arrivé à la résidence épiscopale et plaidait la cause de la chrétienté naissante de Kiu-tsin. Mgr Ponsot voulut bien avoir pour agréables toutes mes demandes et M. Birbes fut désigné pour venir partager mes travaux.
C'était le 8 mai, à cinq heures du soir ; un homme chargé de bagages s'arrête devant ma porte. Je lui demande aussitôt qui il est et d*où il vient i II me répond qu'il arrive de Longky et que M. Birbes est là à quelques pas. J'accours à la rencontre de ce cher confrère que j'ai bientôt la consolation d'apercevoir et de presser dans mes bras.
Le nouveau venu n'était pas pour moi un inconnu. Déjà je l'avais reçu à son arrivée en mission en 1869 et, après trois années de séparation, je le revoyais, et désormais nous devions travailler aux mêmes œuvres.
Après les premiers jours consacrés à la joie, il fallut chercher un logement. Il fut décidé que M. Birbes irait s'établir à San-pèihou, ce village qui, il y a quelques années seulement ne voulait pas du christianisme et qui avait donné à l'hglisc un glorieux martyr. La famille de ce dernier céda sa maisor pour en faire une chapelle provisoire.
Au jour fixé, les néophytes de San-pè-hou et des environ* arrivent à Tsao-kia-yn, étendards déployés et musique er tête, ils étaient précédés d'une cavalcade de douze cava^ liers.
w * ^^^^s ^t moi prîmes nos plus beaux habîts pour rece- ^> ^ ^^I>xat:a.tion. Après les salutations et les compliments S^» ox\ donna le signal du départ. A midi, tout le monde ^il ^ S^x^oux et récita pieusement 1*^4 «^^/«j. Les païens, v s^tv\s à. ce spectacle inaccoutumé, ne purent dissimuler ^^t éxtio\Aor\ et se montrèrent respectueux.
^îve foule immense assistait au départ. Que nous étions Wmt^w-k, c'était la première démonstration chrétienne de ce ^exvT^ qui se faisait dans ce pays ! v
Tifes \e 30ur de son arrivée à San-pè-hou et les jours suivaivts, M. Birbes reçut une foule de visites qui lui firent bien augurer des dispositions des habitants.
Bientôt, en effet, les conversions recommencèrent. Quatre mois s'étaient à peine écoulés qu'on comptait déjà plusieurs centaines de nouveaux adorateurs. En peu de temps, Sanpè-hou oti nos ennemis s'étaient montrés si acharnés, fut aux deux tiers chrétien. Plusieurs villages des environs de ce bourg et de Cha-ho reçurent aussi la bonne semence.
L'un de ces villages était Thou-ky-tchong, dont il a été parlé plus haut. Notre pieux et zélé Yang-tchouen qui l'habitait avait fait merveille par ses paroles, ses prières et ses exemples. Trente-deux familles, c'est-à-dire un peu plus de la moitié du hameau, s'étaient déclarées chrétiennes.
Yang les instruisait et les soutenait. Un des appartements de sa maison servait d'oratoire; les chrétiens s'y réunissaient tous les soirs et les dimanches pour prier en commun. Le zèle de notre dévoué catéchiste ne s'arrêtait pas là, il allait encore prêcher, et dans deux hameaux des environs une vingtaine de familles renoncèrent aux idoles.
Pendant cinq ou six mois il se produisit un mouvement admirable, et nous pûmes un instant croire à la conversion en masse de toute la partie sud-ouest de la plaine.
Nous étions heureux de ces progrès si sensibles de notre sainte religion et nous ne demandions qu'à les favoriser.Mais les moyens pour cela nous faisaient défaut. Les oratoires, trop grands autrefois pour le nombre des néophytes, nepou-
valent déjà plus contenir la foule des fidèles. En outre, nos chrétientés n'avaient eu jusqu'ici qu'une existence précaire. Le moment paraissait venu d'établir les choses d'une manière définitive et de mettre fin au provisoire. Pour cela il fallait faire quelques acquisitions, avoir quelques résidences et des oratoires indépendants, mais les ressources pécuniaires manquaient.
Sur ces entrefaîtes, j'eus à faire un voyage au Kouy-tchéou, je voulus profiter de l'occasion pour aller présenter mes devoirs à Mgr Lions et voir mes confrères.
Je partis le S octobre (1872) pour Kouy-yang-fou, accompagné de plusieurs chrétiens. Nous prîmes le chemin le plus court, mais il nous fallut aussi traverser les pays qui ont été les plus éprouvés par la révolte. Nous voyagions des jours entiers au milieu de campagnes incultes et désertes; à peine si le soir nous pouvions découvrir un gîte dans quelque pagode abandonnée.
A Siû-tchen nous trouvâmes la ville assiégée par les troupes impériales. 9,000 Musulmans étaient depuis çrès de deux ans bloqués par près de 50,000 Chinois. Un Anglais au service du gouvernement arriva et prit la ville le jour même de mon passage. Les chefs mahométans furent conduits à Kouy-yang où ils subirent le supplice des cent plaies.
J'arrivai moi-même à cette capitale où Mgr de Basilite et tous les confrères me firent le meilleur accueil. J'y passai près d'un mois et je profitai de ce séjour pour visiter les établissements de cette mission. Enfin, après avoir terminé mes affaires, je me disposai à retourner dans mon district.
Je pris un chemin différent de celui que j'avais suivi pour me rendre à la capitale du Kouy-tchéou, mais tout aussi périlleux ; il venait d'être ouvert à la circulation seulement depuis quelques jours. Une fois nous rencontrâmes deux individus étendus par terre, qui nous prièrent en grâce d'avoir pitié d'eux. Ils avaient été, disaient-ils , dévalisés par les
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