‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 4 sur 74 · NOTICE SUR L'AUTEUR. YII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR L'AUTEUR. YII

« Hélas ! leurs prévisions ne devaient pas être trompées. Bientôt la respiration devint rapide et saccadée ; Tagqnie commença vers 2 heures du matin. Je récite alors les prières du rituel, puis de temps en temps je lui suggère quelque pieuse invocation. Tout à coup la respiration se fait moins bruyante et plus rare. Je lui donne une dernière absolution. A peine avais-je achevé la formule sacramentelle que le dernier soupir s*exhalait de sa poitrine. Il était 4 heures du matin.

« Deux heures après, les chrétiens arrivaient à la chapelle pour entendre la sainte Messe et assister à la bénédiction des Rameaux. Au commencement de la cérémonie, je leur annonçai la triste nouvelle. Des larmes silencieuses coulèrent de toutes les paupières ; mais quand, après la messe, on apporta dans la chapelle le corps revêtu des ornements sacerdotaux, la douleur longtemps contenue éclata en véritables sanglots.

« Bientôt le bruit de sa mort se répandit dans toute la ville, et partout ce fut un concert d*éloges et de regrets; les visites de condoléance affluèrent. Le sous-préfet vint dans la matinée et voulut considérer la dépouille mortelle de notre cher confrère. Il fit alors quelques réflexions bien justes. Puissentelles être sincères et produire dans sa pauvre âme un germe de salut ! «Vous autres, chrétiens, me dit-il, vous ne craignez pas. la mort, car elle est pour vous le commencement d'un bonheur céleste et éternel, mais nous!!...» Et il sembla méditer pendant quelques instants.

« Le préfet vint aussi. Quand on m'apporta sa carte de visite, j'étais moi-même sur mon lit, cloué par la fièvre. Je ne pouvais donc pas le recevoir et le priai de m'excuser.Mais lui, sans s'offenser de mon refus dont il comprenait, du reste, parfaitement les raisons, força la consigne et, malgré ses habits et son train de cérémonie, vint tout simplement me voir dans ma chambre de malade : ce qui pour un grand mandarin chinois et païen est une chose bien extraordinaire. Nous causâmes assez longuement, puis il voulut, lui aussi, voir une dernière fois le visage de son ami. Il se rendit donc à la chapelle où tous nos chrétiens de la ville et des villages à dix ou quinze lieues à la ronde, chantaient l'office des morts.

«A son entrée, les chants cessèrent. Il se recueillit un instant devant? le cadavre, puis s'adressant aux chrétiens : « Votre Père est monté au ciel jouir de l'éternelle félicité.

AR l'ordre de mon vénérable évéque, Mgr Ponsot, vicaire apostolique du Yun-nan, j'ai entrepris de raconter comment la religion chrétienne a été établie dans le district de Kiu-tsin-fou et de faire connaître Tœuvre des missions et la manière dont Dieu se sert des hommes pour convertir les peuples.

Lorsque pour la première fois, le futur missionnaire entend la voix de Dieu qui l'appelle à Tapostolat, jeune alors, d'une santé vigoureuse, d'un zèle ardent, il lui tarde de partir. Il lui semble que la conversion du monde entier ne devrait coûter que quelques années de labeur. Cet enthousiasme est une grâce, et nous en avons alors tout particulièrement besoin pour nous aider à faire avec courage le sacrifice de la famille et de la patrie. Mais l'exercice de l'apostolat n'est pas aussi facile que nous le représente souvent notre imagination. Et d'abord la conversion des peuples est un mystère delà toute-puissance divine, et il est difficile à l'homme d'en pénétrer les secrets et d'en prévoir l'issue : travailler à cette œuvre c'est, dans une certaine mesure, coopérer à l'action divine, ce n'est nullement la diriger. Le missionnaire est entre les mains de Dieu ce qu'est le manœuvre aux ordres de l'architecte. Grâce au travail du premier, la maison s'élève, c'est lui qui prépare les matériaux et les dispose au gré du dernier ; en un mot, il est le bras qui exécute, l'instrument qui agit, mais c'est à l'architecte qu'il appartient de tracer le plan de

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