AYANT-PROPOS
pour ceux qui blasphèment contre luî, maledicimur et beiîedicimus;persecutionem patimur et sustinemns ; blaspfiemamur, et obsecramus ; tanquam purgamenta htijus mundi facti sumus omnium peripsema usqué adhuc, (I Cor. IV, 13.)
Accordez-moi, Seigneur, la grâce de pratiquer jusqu'à la fin ces vertus apostoliques ; et puisque vous m'avez appelé à l'honneur de vous servir et de travailler au salut des âmes, donnez-moi ce courage, cette patience, cette charité, cet esprit de renoncement qui me sont nécessaires. Bénissez mes travaux, bénissez mes joies, bénissez mes peines, et que tout soit pour votre plus grande gloire !
Digiîized by VjOOQL l
THï MKW YOHK
P'JBLICLIBRARY
tiO Yun-nan, ses limites, son histoire. — Révolutions dont il a été le théâtre. — Influence dont y Jouissent les mandarins militaires.
E Yun-nan est parmi les provinces de la Chine une des plus vastes et des moins connues. Sa proximité de la Birmanie, la possibilité de relier par elle l'empire chinois avec l'Inde, la richesse miriéralogique de son sol ont cependant, dans ces dernières années, attiré l'attention de l'Angleterre, tandis que des explorateurs français tentaient de s'y frayer une route par la voie de l'Annam et du Tong-King.
Il semble donc qu'une étude approfondie de ce pays si différent du reste de la Chine, ne serait pas sans actualité. D'oti viennent, en effet, ces nombreuses peuplades, disséminées çà et là dans toute l'étendue de la province ? Quel est le lieu de leur origine, quelles analogies présentent et leurs langues et leurs mœurs? Comment expliquer le fait de Texistence dans un même pays de populations si diverses, si hétérofjènes en apparence et néanmoins vivant ensemble dans un milieu qui leur est étranger, sans altérer leurs races, sans modifier leurs usages, sans rien perdre de leur cachet primitif et sans se confondre entre elles ?
Ce sont là autant de questions qui offrent le plus grand intérêt et dont la solution éclaircirait peut-être plus d'un problème sur le mélange des races dans l'extrême Asie. Il ne m'appartient pas de les résoudre ; la tâche, d'ailleurs, serait au-dessus de mes forces. Toutefois, pour faciliter l'intelligence des faits que j'ai à raconter, je dirai quelque chose de la situation géographique du Yun-nan, de son histoire, de la nature de ses productions et du caractère de ses
dît la grande géographie, le Yun-nan commença à participer à la civilisation chinoise ('). »
Bien que soumis à l'empire, le Yun-nan fut perpétuellement le théâtre de nombreuses révoltes et, de tous temps, les Chinois eurent à soutenir de longues et sanglantes guerres contre les tribus aborigènes.
Ils ne réussirent même à les pacifier qu'en alliant la clémence à la force. Ils durent choisir les chefs dans les tribus elles-mêmes et se les attacher par des titres honorifiques. En même temps, ils eurent soin d'élever des forteresses et des camps retranchés dans tous les endroits avantageusement situés pour la défense. Malgré toutes ces précautions, plusieurs tribus, comme je le dirai bientôt, ont réussi à se soustraire à la domination chinoise et à conserver leur indépendance dans leurs montagnes inaccessibles qu'elles ne quittent que pour porter dans le pays environnant la désolation et la mort.
Vers l'an 1270, sous là dynastie des Song, le Yun-nan fut bouleversé de fond en comble par une première invasion des Tartares. Mais la plus fameuse révolution dont cette province fut le théâtre, eut lieu sous le règne de Chouen-tchy, de 1650 à 1660.
En vain Ou-san-kouy, général chinois, qui avait commis la faute d'appeler dans l'empire les Tartares Mandchoux au secours de son maître, voulut-il réparer son erreur et les combattre. Il était trop tard, il fut vaincu et obligé de se retirer au Yun-nan où il se fit proclamer roi. Là il tint en échec les forces envahissantes et soutint contre les troupes impériales une lutte sanglante qui ne dura pas moins de sept ans. Ce ne fut qu'après la mort de Ou-san-kouy que le Yunnan put être entièrement pacifié.
Ce fut aussi vraisemblablement à cette époque, ou plutôt
I. Certains historiens chinois prétendent que le Yun-nan qui formait dans le prin cipe un royaume indépendant appelé Nan-man (barbares du midi), fut réuni à Tempire sous la dynastie des Tcli^ou par îe général Tchouang-kiao, lequel le nomma Ticn-koué (royaume de Tien): ce ne serait que plus tard, sous l'empereur Ou-ty, de la dynastie des Han, qu'il an mit pris le nom de Yun-nan.
Division du Yun-nan en deux zones. — Le bas Yun-nan^ caractère de sa population. — Les Man-tsë, leur histoire, leurs mœurs, leurs incursions. — Le haut Vun-nan^ ses produits, ses productions ; les tribus aborigènes.
Le Yun-nan se partage en deux zones bien distinctes : la zone montagneuse ou bas Yun-nan qui commence à la frontière dq Su-tchuen et va jusqu'à la ville de Tchaothong-fou, sa longueur est d'environ quatre-vingts lieues à vol d*oiseau. La zone des plateaux ou haut Yun-nan s'étend de Tchao-tong-fou jusqu'au Tong-king et au Laos dans le sud, et à l'empire birman à l'ouest Cette dernière partie est de beaucoup la plus considérable et forme le Yun-nan proprement dit, autrefois Nan-man ou Nan-tcjiao.
Le bas Yun-nan est une contrée sauvage, abrupte et presque inhabitable à cause de ses brouillards continuels et de ses pluies journalières. C'est une agglomération de montagnes imposantes qui s'élèvent les unes sur les autres ; pas une plaine pour reposer la vue, toujours des pics qui se perdent dans les nuées ; toujours de sombres gorges ; partout des torrents débordés ou des sentiers impraticables au bord de précipices sans fond.
La population de ce triste pays est rare et misérable ; elle vît perdue au milieu des montagnes, nichée çà et là aux flancs des rochers. C'est à peine si l'on y rencontre quelques villes sales et mal entretenues. Quant aux villages, à part ceux qui se trouvent le long de la seule route fréquentée, ils sont en petit nombre et se distinguent aussi par leur insigne malpropreté.
Les productions du bas Yun-nan sont peu abondantes et peu variées. La culture du riz y est- assez restreinte à cause de la configuration montagneuse du sol. Mais on plante le maïs qui pousse jusque sur les sommets les plus élevés. C'est la nourriture ordinaire des habitants pour qui le riz est un mets de luxe qu'ils ne se permettent qu'aux jours de fête. Les
Goog
l-e maïs et le blé noîr sont les seules productions possibles de ce pays désolé. Les habitants y élèvent, cependant, des troupeaux de chèvres et de moutons dont la chair fait la base de Talimentation. Il s'y trouve également une race de
Un îjauvage Man-tsé.
chevaux de petite taille, trapus, mais forts et agiles et qui jouissent d'un certain renom.
Les mœurs des Man-tsé sont aussi sauvages que le pays qu'ils habitent. Les principaux chefs sont en guerre perpé-
Gocgle
tuelle et se battent parfois avec un acharnement qui va jusqu'à Tanéantissement du vaincu. Chez eux la vie d'un homme est comptée pour rien, et le maître a droit de vie et de mort sur ses esclaves comme sur tous les membres de sa famille. La polygamie est en honneur et le dérèglement des mœurs sans limites.
Les hommes n'ont pour tout vêtement qu'un manteau de feutre qui leur descend jusqu'aux genoux, avec quelques débris de peau de mouton à la ceinture. Infatigables à la marche, ils grimpent sur les rochers et franchissent les précipices avec l'agilité de la panthère, dont ils semblent, du reste, avoir la souplesse et la vigueur. Ils ne craignent ni le froid, ni la faim ; et, en pleine nuit, ils font, au milieu des neiges et à travers des montagnes impraticables,' jusqu'à douze et quinze lieues pour aller surprendre les villages, y faire du butin et réduire les habitants en esclavage.
Cette tactique rend leurs excursions très redoutables et fort désastreuses pour les pauvres populations du voisinage, qui, croyant l'ennemi à deux ou trois journées de distance, se trouvent tout à coup surprises avant même d'avoir eu le temps de se mettre en état de défenscEt cela arrive souvent, , car la plupart du temps, trompées par de faux bruits et fatiguées par des courses inutiles, elles attendent jusqu'à la dernière extrémité pour se protéger. Prises à l'improviste et cernées de toutes parts, elles subissent alors un sort épouvantable. Pas de quartier, les hommes et les femmes valides sont liés et enchaînés; les vieillards sont égorgés impitoyablement. Quant aux survivants, chassés comme un vil troupeau par leurs ravisseurs et chargés de leurs propres dépouilles, ils vont dans les montagnes du Léang-chan, où ils sont vendus pour quelques pièces d'argent et employés à la garde des troupeaux.
Bien peu en reviennent. Nous avons ainsi perdu, en quelques années, un grand nombre de chrétiens. Notre vénéré provicaire, le cher M. Fenouil ('), est tombé lui-même entre