‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 40 sur 74 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

catéchiste de M. Vachal, qui fut, en même temps que ce missionnaire, jeté en prison d'où il ne sortit que trois ans après, que les néophytes de Kay-hoa, effrayés par la persécution, avaient été dispersés ; les uns avaient eu le malheur d'apostasier ; tandis que d'autres, demeurés fidèles, avaient été condamnés à l'exil. Un certain nombre étaient morts, de sorte qu'il ne restait plus rien de cette petite chrétienté. C'est donc un poste à rétablir. Tout porte à croire qu'il le sera bientôt, car les populations de cette contrée sont douces et tranquilles, et la persécution qui a détruit la chrétienté de cette ville, n'a été que le fait d'un sous-préfet

A mon retour, je trouvai M. Birbes installé à San-pè-hou, dans une habitation assez vaste qu'il avait pu acquérir à peu de frais. A Tsao-kia-yn et dans les autres stations du district tout allait pour le mieux, quand tout à coup un nouvel orap[e menaça d'éclater.

Dans toute la plaine on était au courant de l'établissement et du progrès du christianisme aux environs de Kiutsîn. Plusieurs auraient voulu arrêter ce progrès, mais comme les mandarins de la ville refusaient leurs concours, on trouvait dangereux de trop s'avancer. C'est alors qu'un certain Lyta-jen, mandarin militaire, dont il a déjà été parlé, se chargea de mettre la main à l'œuvre.

Il était encore au camp devant Kouan-y ('), quand il fit dire qu'aussitôt la ville prise, il viendrait avec ses troupes faire main basse sur les chrétiens. Ce n'était encore qu'une menace et une menace éloignée , cependant l'efiet en fut instantané. On connaissait trop le pouvoir de cet homme pour n'avoir pas tout à redouter de lui. Le mouvement religieux fut un moment paralysé par la crainte.

Kouan-y allait être prise. Ly-ta-jen allait revenir triomphant et couvert de gloire; mais il avait compté sans Dieu. Le jour de notre extermination avait été fixé, mais ce jour n'était pas encore arrivé que déjà \çi grand homme Ly n'était

I. Ville de troisième ordre située au centre du haut Yun-nan.

plus. En faisant une reconnaissance près des murs de la ville, il avait eu le crâne fracassé par une balle et il était tombé raide mort, la veille de la prise de Kouan-y. C'est ainsi que

Celui qui met un frein à la fureur des flots, Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Nous étions à peine délivrés de ce péril, que le préfet de Kiu-tsin publia un édit en notre faveur. Cet édit fut affiché partout où Ton avait le plus mal parlé contre notre sainte Religion. Dès lors, les païens se tinrent sur la réserve et les néophytes reprirent courage.

Nous profitâmes de ce calme pour répondre aux désirs des nouveaux catéchumènes de Tang-kia et les visiter chez eux. Le moment était favorable, tous les travaux avaient cessé à l'occasion des fêtes du premier jour de l'an chinois.

Dès le soir de notre arrivée à Tang-kia, une foule nombreuse vint pour nous voir et nous entendre. Il nous fallut prêcher la doctrine jusqu'à une heure avancée de la nuit. Le lendemain Taffluence fut plus grande encore, des centaines de personnes se pressaient autour de nous; hommes, femmes et enfants arrivaient par bandes, mais tout ce monde se tenait tranquille.

Un jour pendant que l'un de nous parlait à la foule, une bonne vieille l'interrompit et lui dit naïvement :

« — Père, ce que vous nous dites là est très beau ; mais on prétend que vous faites le contraire de ce que vous prêchez. »

^ — Et qui donc prétend cela ? » demandâmes-nous.

^ — Mais tout le monde, je l'ai entendu dire à un tel et à un tel... ce ne sont pas des gens de rien, qui parlent à tort et à travers. »

« — Merci, dîmes-nous à cette bonne femme, nous nous expliquerons avec un tel et un tel, et nous leur demanderons raison de leurs paroles. »

C'étaient justement les deux personnages les plus influents

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