CHAPITRE DOUZIEME
des environs ; l'un était mandarin militaire et l'autre maire d'un village voisin. Nous savions, d'ailleurs, qu'ils avaient fait déchirer l'édit dont j'ai déjà parlé et qui avait été placardé chez eux, comme dans plusieurs autres localités ; de plus qu'ils cherchaient par leurs calomnies à soulever la po* pulation contre nous. Nous n'eûmes garde de laisser échapper l'occasion de revendiquer nos droits.
Dès le lendemain, nous envoyâmes nos cartes à ces messieurs, les priant courtoisement de nous accorder quelques instants d'entretien. Ils répondirent dans les meilleurs termes, et promirent de venir nous voir aussitôt que leurs affaires leur laisseraient un moment de répit Le jour suivant, nous renouvelâmes l'invitation, mais comme personne ne venait, nous leur dépêchâmes quatre chrétiens des plus qualifiés^ en leur recommandant de les amener ou d'obtenir d'eux explication et satisfaction de leurs calomnies.
C'était trop exiger de leur courage ; ils se cachèrent et il fut impossible de les trouver nulle part. Tout le pays sut l'aventure. Ces deux personnages n'avaient pas osé venir ; il n'y avait donc rien à faire contre les chrétiens.
Le nombre de nos visiteurs augmenta encore les jours suivants. Nous eûmes cinquante et quelques adorations. C'était bien peu comparativement à notre attente, car en moins d'une semaine nous avions eu plus de 2,000 visites. Nous comptions aussi, en voyant les bonnes dispositions de chacun, qu'un grand nombre se feraient chrétiens. Beaucoup effectivement nous le promirent... Mais ils voulaient attendre... les uns après la plantation du riz, les autres après la récolte de l'opium. C'était toujours la réalisation de la parole du maître : Multi vocatif paiici vero electi.
La chrétienté de Tang-kia-ten se forma peu à peu. Depuis, nous y avons loué un local suffisant pour servir de chapelle et de résidence ; nous y allons, de temps en temps, passer huit à dix jours pour instruire nos néophytes.
Plus d'une, épreuve, cependant, est venue assaillir cette chrétienté naissante et en arrêter le développement. Après
un moment de calme les calomnies ont repris leur cours : les néophytes furent outragés jusque dans leurs maisons et Tun d'eux a même été battu presque sous nos yeux.
11 nous fallut encore une fois revendiquer nos droits et montrer de Tënergie. Nous fîmes prévenir l'individu qui sous main était l'auteur de tous ces désordres, qu'il eût à se tenir désormais sur sesg^ardes. Un des coupables fut saisi par nos néophytes et conduit devant nous ; pour faire un exemple, nous nous disposions à le livrer au mandarin, quand son père et sa mère vinrent implorer son pardon* Nous nous laissâmes attendrir ; maïs tout en cédant aux prières, nous eûmes soin de parler haut et ferme, suivant la mode chinoise, afin que tout le monde sût bien que nous usions de clémence, mais que nous n*étions pas disposés à en agir encore ainsi, sî Jamais le coupable se permettait de nouveaux méfaits. Chacun se tint pour averti et, depuis ce moment, la tranquillité règne à Tang-kia-ten-
SOMMAIRE î Le grand mandarin Tsen, gouverneur par Intérim du Yun-nan- — Profanation deToralûira de Thou-ky^ tchong. — Le sous-préfet de Lin-lin, Les vierges à San-pè— hûvi.
^^^^^ERS la fin de i872jle vîce-roî Lieou,qui avait sucî^ cédé à Texcellent LaOjavaitdûse rendre àPékîng,
1^ etTsen était demeuré chargé du gouvernement ÏRîHa^ ^^ ^^ province. Ce Tsen possédait, je l'ai déjà dit, des talents militaires et administratifs qui le rendaient vraiment recommandable et même nécessaire en ce moment. Il jouissait d'une grande influence et son ambition encouragée par le succès ne connaissait pas de bornes. C'était lui qui, en