CHAPITRE TREIZIEME
subalternes, soit même dans les lieux soumis à sa juridiction.
Nous aurions voulu que ces réparations et ces engagements fussent consignés par écrit et affichés en divers endroits afin que chacun se tînt pour averti. Mais le rusé mandarin, comprenant toute la portée d'un pareil acte, qui était presque l'équivalent d'un édit en notre faveur, prétendit que les paroles suffisaient et que, d'après la loi, nous ne pouvions exiger davantage.
Ainsi donc, à force d'énergie et après cinq mois de lutte, nous avions fini par obtenir que justice nous fût rendue.
Dès son arrivée dans le district de Kiu-tsin, ce Té lao-yé avait adopté la manière d'agir de son prédécesseur, le fameux Tang qui avait laissé, pour ne pas dire fait assassiner Tchangkouang-tsay. Il professait la même haine contre le christianisme et il ne perdit jamais une occasion de nous le témoigner, soît par ses actes, soit par ses paroles. La suite fera voir que ce ne fut pas la dernière difficulté que nous eûmes avec lui.
On se souvient combien j'étais préoccupé de l'instruction et de la formation religieuse de nos nouvelles chrétiennes dans le district de Kiu-tsin, j'avais fait prier Mgr Ponsot de nous envoyer des vierges (^), afin de tenir nos catéchuménats, nos écoles et nos orphelinats pour les femmes et les petites filles. Sa Grandeur avait bien voulu accéder à nos prières et, vers la mi-carême de cette année, 1873, deux religieuses dont Tune, la plus âgée surtout, était recommandable par son expérience, arrivèrent à San-pè-hou et s'y établirent; car c'était dans cette localité et dans son voisinage qu'il y avait le plus de conversions et le plus grand espoir d'en faire. On leur trouva un local, un peu étroit à la vérité, mais néanmoins convenable pour le pays et surtout pour un commencement.
C'était la première fois qu'apparaissaient dans cette contrée des religieuses ou vierges consacrées à Dieu, et nous nous préoccupions de l'accueil qui leur était réservé ; grâces à Dieu et aussi aux chrétiennes de San-pè-hou, qui ont eu pour elles
I. Ces vierges sont consacrées à Dieu ; elles sont très nombreuses au Su-tchuen, où elles rendent de grands services et jouissent de la considération universelle.
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toutes sortes de prévenances, ces pieuses filles ont pu s'établir sans éprouver de difficultés sérieuses. Il y aura cinq ans bientôt qu'elles sont dans le pays, leur nombre a triplé et jamais elles n'ont rencontré la moindre hostilité. Il est vrai que chrétiens et chrétiennes sont très attachés à leurs vierges et jaloux de leur réputation ; aussi mal venu serait celui qui oserait les attaquer.
SOMMAIRE : Excursion à Mao-mao-chy et à Uér-tchéou. — Ko-kouan-eul et Ly-chao-yé petits mandarins militaires. — Fabriques do faïence et de poterie à Mao-mao-chy.
SfeSfe^ y ANNÉE 1873 allait finir, elle n'avait pas été
y >g stérile; désormais avec l'habitation deTsao-kîa-yn
qui venait d'être terminée, nous possédions trois
|. établissements comprenant maison pour les Pères
et oratoire pour les chrétiens. A San-pè-hou et à Tsao-kîa, il y avait en outre un orphelinat. Nous étions deux missionnaires pour desservir tout le district. Ainsi, en moins d'une année, un progrès matériel vraiment appréciable avait été réalisé. La mission, il est vrai, s'était imposée de grands sacrifices pour cela, mais au moins les résultats étaient évidents.
Au point de vue spirituel, c'est-à-dire au point de vue de la conversion des âmes, les progrès n'avaient pas été moins consolants» Dans le cours d'une année à peine, le nombre de nos néophytes s'était accru de plus d'un tiers. En ce moment, nous comptions plus de 1,200 chrétiens, baptisés pour la plupart. Ce chiffre pourra paraître encore bien peu considérable, mais si l'on tient comptedesobstacles que la prédication de l'Évangile rencontre en Chine, du travail que nécessite la conversion d'une âme, on verra que Dieu ne nous a pas ménagé sa grâce.