‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 46 sur 74 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

Nous étions heureux de ce progrès de la foi, si cher au cœur du missionnaire et si encourageant pour celui qui travaille. Mais de nouvelles épreuves nous étaient réservées. Tsen-fouthay, nous le savons, avait fait parvenir des ordres sévères aux mandarins de Kiu-tsin, afin d'arrêter Télan du peuple. Il avait même été question de nous expulser du pays et de jeter les chrétiens en prison.

Le schit'thay (mandarin militaire) de Kiu-tsin, nommé Ou, promettait de faire la chose lestement. Le gouverneur Tsen n'aurait pas demandé mieux, mais il voulait sauvegarder les apparences ; il ordonna donc de ne pas se presser et de voir comment les choses tourneraient.

Nos mandarins, cependant, ne comprirent que trop bien les intentions du gouverneur. Beaucoup parmi eux, qui jusqu'alors s'étaient montrés nos amis, se tinrent à l'écart, dans la crainte de se compromettre. Ceux qui déjà nous détestaient avaient une excellente occasion de donner libre cours à leur haine et ils se répandirent en invectives de toutes sortes contre nous... On disait que nous étions des émissaires des nations occidentales, que nous voulions agiter et subjuguer le pays; la preuve, c'est que nous construisions des maisons... que nous trompions le peuple... etc.; et mille autres fables, plus absurdes les unes que les autres, circulaient sur notre compte.

Cependant, il faut le dire, malgré le mauvais vouloir des mandarins et des lettrés, jamais les choses n'allèrent bien loin. Le peuple, naturellement bon, répugnait à nous nuire. Nousétions d'ailleurs suffisamment connus et estimés du grand nombre, et nous savions par expérience que la principale ressource des Chinois c'est la menace. Ils font beaucoup de bruit, mais rarement ils en viennent aux voies de fait, surtout quand ils prévoient des conséquences fâcheuses.

Malgré les ennuis, les désagréments, qu'on nous causa de temps en temps, somme toute, nous demeurâmes relativement tranquilles, et nous pûmes même tenter quelques excursions dans plusieurs centres populeux de la plaine, où nous n'étions jamais allés.

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Un matin, nous partîmes donc, mon confrère et moî, suivis de trois chrétiens des plus influents. Dans tous les marchés que nous avons traversés, on nous a fait bon accueil ; les gens s'empressaient autour de nous, nous priant de nous arrêter quelques instants.

Dans la soirée du même jour, nous arrivâmes à Mao-maochy, grande et populeuse bourgade, à six lieues environ de Kiu-tsin. On n'y compte guère moins de 2.000 familles, toutes employées à la fabrication des tuiles et de la faïence. C'est là que tout le district de Kiu-tsin et les pays adjacents se fournissent de vaisselle et de poterie.

Cette faïence est grossière et mal conditionnée ; mais, à cause de son bon marché et aussi de la rareté de la porcelaine du Kiang-si, on en fait un immense débit.

Notre entrée dans la grande rue de Mao-mao-chy, où réside toute l'aristocratie de la vaisselle, causa une certaine émotion. On sortit en foule des boutiques pour nous voir. Apercevant une auberge convenable, nous nous disposions à y descendre, quand un homme de taille moyenne, à la tournure dégagée, vêtu d'habits courts en velours, se présenta, nous fît la génuflexion au milieu de la rue et nous invita à le suivre.

Au premier abord, nous crûmes que c'était un chrétien ; mais nos gens, qui le connaissaient, nous dirent que c'était Ko-kouan-eul, mandarin militaire de l'endroit, et qu'il fallait le laisser faire. Nous suivîmes notre guide improvisé, en traversant la foule qui, voyant Ko-kouan-eul à notre tête, se montrait très sympathique. On nous fit bientôt franchir un portique élevé et nous nous trouvâmes au milieu d'une cour entourée de galeries qu'une armée depoussahs occupait.

Le mandarin nous fit entrer dans une salle où l'on nous servît du thé. Nous remerciâmes alors de ses attentions pour nous ce chef de bande, qui se montrait plein de prévenances.

— « Grâce à toi, lui dîmes-nous, nous voilà fort bien logés, nous allons passer ici une excellente nuit.

— < Oh*! mais je ne l'entends pas ainsi, reprit-il, ce n'est pas ici dans cet étroit local que vous allez coucher... On vous

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