CHAPITRE QUATORZIEME
Tel était Thomme dont nous venions de recevoir la visite. Cceur généreux, entreprenant et hardi, il était capable de se faire un nom et de parvenir aux plus hauts grades ; mais ses belles qualités étaient trop souvent effacées par ses défauts. BataîUeur de sa nature, adonné au jeu et à la débauche, il ruinait tout à la fois sa santé et sa bourse ; ce qui le forçait, dïsait-on^ à n'être pas très scrupuleux sur les moyens à employer pour se procurer de Targent En résumé, c'est un type curieux, et nous n'étions pas fâchés d'avoir fait sa connaissance >
Ko-kouan-eul vaut peut-être mieux, mais il est dominé par son compagnon qui l'emporte sur lui en habileté et en audace. Les deux hommes qui faisaient trembler le pays étant pour nous, nous pouvions être tranquilles et agir à notre gré* Nous nous couchâmes donc la tête remplie de beaux projets pour révan^élisatjon de Mao-mao-chy.
Le lendemain, après déjeuner, nous parcourûmes les différentes rues de la ville ; puis nous nous rendîmes aux fours. On nous fit visiter en détail les poteries, les briqueteries et les tuileries. Ces dernières surtout sont extrêmement nombreuses. Le fleuve, qui traverse la plaine du Kiu-stîn, passe au pted de ces fours, et facilite Texportatidn des produits de Mao*inao-chy. Chaque jour on en expédie d'énormes quantités. Toutes ces poteries sont, à leur sortie du four, recouvertes d'un certain vernis blanc, noir, vert, etc. Elles ont absolument Tapparence de nos produits d'Europe, sans en avoir réiégance.
Plusieurs marchands, qui avaient eu quelques rapports avec nous, nous invitèrent à dîner et voulurent nous retenir Nous déclinâmes leurs avances et nous partîmes pour Ué-tchéou, où nous nous sommes arrêtés un instant.
En somme, nous avons été satisfaits de notre excursion dans une contrée ou nous n'avions pas encore paru. Non seulement nous n'avons rencontré aucun signe d'hostilité, mais nous avons été traités avec tous les égards possibles. Notre l>ut avait été dé sonder l*esprit de ces populations et, grâce
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à Dîeu, nous l'avons trouvé prévenu en notre faveur ; dans la suite, un peu plus tôt, un peu plus tard, nous pourrons revenir avec confiance, car nous avons préparé les voies à Tévangélisation de ce pays.
SOMMAIRE : Tentative d'établissement à Kiu-tsln. — Voyage à la r^idence ëpiscopale, rencontre de plusieurs missionnaires. — Excursion au collège de la mission. — l^QsMan-tsé^ panique.
INDÉPENDAMMENT des travaux exécutés à San-pé-hou et à Tsao-kia-yn, nous avions pu, dans le courant de Tannée 1873, établir deux nouveaux oratoires dans des localités en partie chrétiennes. Cela portait à cinq le nombre des centres dans lesquels le missionnaire pouvait aller séjourner à son gré.
Un poste cependant nous manquait encore, et il semblait que le moment était venu de le fonder : c'était le poste de Kiu-tsin-fou. Bien souvent des païens nous avaient dit : — <L Venez donc en ville, bon nombre de gens y suivront votre précieuse doctrine... votre influence sur les populations rurales n'en sera que plus grande... retirés dans les campagnes, vous n'êtes pas assez connus.»
Ces raisons étaient fondées, et fréquemment nous avions songé à tenter quelque chose. Mais aussi, nous disions-nous, n'avons-nous pas à craindre de compromettre le bien que nous avons déjà fait dans le voisinage ? N'éprouverons-nous pas une grande opposition de la part des autorités et ne se produîra-t-il pas alors un revirement dans Topiniondu peuple? Tout bien calculé, en agissant avec prudence, nous crûmes qu'on pouvait essayer.