CHAPITRE QUINZIEME
Des chrétiens au courant des choses et habiles dans les affaires furent mis en avant II nous fallait d'abord une maison convenable, dans un quartier avantageusement situé. Après bien des recherches, nos gens ne purent trouver qu'une assez triste habitation, suffisamment grande, il est vrai, mais sans issue et dans une rue écartée. Toutes les autres propriétés disponibles étaient ou en litige, ou à des prix fabuleux, bien au-dessus de nos moyens.
Et puis le bruit commença à se répandre que les autorités nous seraient contraires. Les lettrés, surtout, se montraient hostiles à notre établissement. Ils laissèrent même échapper, à cette occasion, quelques paroles fort peu gracieuses à notre endroit. Nous jugeâmes alors prudent de ne pas pousser les choses plus loin pour le moment. Ne nous étant pas trop avancés, nous pouvions encore reculer sans inconvénients.
Sur ces entrefaites, Mgr de Philomélie m'invita à me rendre auprès de lui. Sa Grandeur désirait connaître au juste ce qui s'était fait dans ce distrîct.et quelles pouvaient être les espérances pour l'avenir.
Je partis donc de Tsao-kia-yn au commencement de février 1874, et en cinq jours, j'arrivai à Tong-tchouan-fou, ville de premier ordre, située dans une jolie plaine, mais peu commerçante et pauvre en conséquence. On y fabrique des feutres et des tapis, c'est sa seule industrie.
De Tong-tchouan à Tchao-tong la distance est un peu moindre, bien que les caravanes mettent également cinq jours à la parcourir. Cette dernière ville est plus belle, plus grande, plus riche que Tong-tchouan. On y fait pareillement le commerce des feutres. De plus, comme elle est située sur les frontières du Su-tchuen et du Kouy-tchéou, les produits de ces deux provinces y abondent.
Je logeai au Kong-kouan (lieu de réunion de prière) que nous possédons dans cette ville ; je pensais y trouver M. Chicard qui dessert cette station. Ses chrétiens me dirent qu'il était à Ko-kouy, à deux journées de distance. Je me remis donc en route. En temps ordinaire, le chemin, bien
que montagneux en partie, est assez facile. Mais nous étions au fort de Thiver, la neige et la glace couvraient les hauteurs, nous n'avancions qu'avec peine. Du reste, tout le voyage fut particulièrement difficile. Depuis Tong-tchouan, la neige n'avait pas cessé de tomber pendant sept jours, c'est-à-dire jusqu'à Ko-kouy où le P. Chicard me dédommagea de toutes mes fatigues et me fît l'accueil le plus fraternel à sa résidence de Ta-ouan-tsé.
Ko-kouy est un grand marché à i8 lieues de Tchao-thong. Il était florissant il y a peu d'années encore ; mais en 1866 a fut brûlé et ruiné par les miab-tsé en révolte. A 60 /^ du marché, se trouvent les mines d'argent de Tchang-fa-tong, jadis riches et exploitées sur une vaste échelle, aujourd'hui abandonnées par suite des perturbations dont le pays fut le théâtre dans ces derniers temps. Tout près de Ko-kouy se voient encore des mines de cuivre, également abandonnées et laissées improductives.
Après une quinzaine de jours de repos chez le P. Chicard, nous partîmes ensemble pour Long-ky, la résidence de Monseigneur. La route qu'on nous fît prendre est bien la plus épouvantable que Ton puisse trouver. Ce n'étaient que sentiers étroits, escaliers abrupts, sur le bord d'aflTreux précipices, le tout couvert de neige et de glace. En certains endroits, nos chevaux, qui sont cependant habitués à ce pays, tremblaient de tous leurs membres. Enfîn nous pûmes sortir sains et saufs de ces affreux défîlés, et bientôt nous allâmes demander l'hospitalité au vaillant P. Parguel. Nous y trouvâmes un jeune confrère que nous n'avions pas encore vu. Nous passâmes ensemble, à rappeler nos histoires du bon vieux temps, la plus agréable soirée qui se puisse imaginer.
Le lendemain nous étions à la résidence épiscopale oîx Monseigneur m'accueillit avec cette bonté toute paternelle qui le rend si cher à ses missionnaires. Sa Grandeur jouissait d'une excellente santé et était toujours pleine de
I " ■ ■•" N '".V." YC;pK
;--i3:.:: li::Hary
a''T;;r. lln ^x and