CHAPITRE SEIZIEME
parcourent rétablissement. Pendant cinq ou six jours nous fûmes dans l'attente, maïs les sauvages ne parurent pas.
Tantôt on les disait à droite, tantôt on les avait vus à gauche. Nous faisions bonne garde de peur de nous laisser surprendre. Enfin Mgr Ponsot put envoyer un courrier pour nous avertir que, les Man-isé ne paraissant nulle part, ce devait être un ty-py-fong (fausse rumeur). Néanmoins la peur durait encore, et ce ne fut qu'au bout de huit à dix jours qu'on fut un peu tranquillisé. Les réfugiés regagnèrent peu à peu leurs foyers ; pour nous, nous ne tardâmes pas non plus à reprendre le chemin de la résidence épiscopale où je passai quelque temps auprès de mon évêque.
SOMMAIRE ! Retour à Tsao-kla-yn. —L'aubergiste de Kyly-pou. — Suicide d'un catéchumène. — Vol à l'oratoire de Tsao-kia-yn.
ORSQUE j'eus terminé mes affaires, je pris congé de Monseigneur et me mis en route pour regagner mon distrîct.C'était dans le courant de la semaine de Quasimodo, La veille nous avions expédié deux religieuses que Sa Grandeur envoyait à Kiutsîn rejoindre les deux premières qui déjà ne suffisaient plus à la besogne.
Le soir de la première journée nous étions arrivés à Pouleul-tou, gros bourg sur le fleuve de Ta-kouan, où nous devions loger. Il allait faire nuit ; j'étais debout sur le seuil de l'auberge quand je vis déboucher en face de moî deux de nos courriers qui revenaient du haut Yun-nan.
— « Comment se fait-il que vous ayez tant tardé, leur
demandai-je aussitôt ! On vous attend depuis longtemps à Long-ky.
— € Ce n'est pas notre faute, répondirent-îls, nous avons été retenus malgré nous. >
Et ils me racontèrent comment, peu de temps après mon départ de Kiu-tsîn, un catéchumène dont nous nous défiions s'était empoisonné dans la maison des missionnaires afin de nous nuire (') ! Sa famille d'abord, son chef militaire, ensuite, car il était soldat, avaient fait grand tapage, réclamé de l'argent, puis finalement porté une accusation contre nous au tribunal de Lan-lin.
Six chrétiens avaient été jetés en prison et battus avec brutalité. Enfin l'affaire avait pris de telles proportions que
les néophytes étaient menacés d'extermination on devait
brûler l'oratoire et la maison du missionnaire, etc.
Les choses en étaient là au départ des courriers chargés d'en porter la nouvelle à l'évêque. Une lettre de M. Birbes me donnait d'ailleurs les principaux détails de l'affaire et m'annonçait de plus que l'oratoire de Tsao-kia-yn avait été dévalisé par les voleurs. Enfin ce cher confrère ajoutait :
<L Je pense me tirer çi'affaire malgré la mauvaise volonté des mandarins... mais hâtez-vous..., nous aurons plus de courage à deux....»
J'aurais bien voulu me trouver auprès de lui ; mais j'avais encore vingt journées de chemin à faire, et à mon arrivée comment les choses auraient-elles tourné ?
Je passai une nuit pénible et sans sommeil. Le lendemain, dès avant l'aube, nous étions en route. Mes gens ne se pressaient pas assez au gré de mes désirs. J'aurais voulu pouvoir voyager d'un seul trait. Enfin je me calmai peu à peu et m'abandonnai à la volonté de Dieu.
Le cinquième jour nous allions entrer à Ky-ly-pou, grande bourgade à moitié route de Tchao-thong, quand j'aperçus trois ou quatre individus assis près d'une pagode, à l'ombre
I. En Chine, le moyen le plus sûr et très en usage de nuire à quelqu'un c'est do se suicider dans la maison de son ennemi, ou à sa porte.