CHAPITRE SEIZIEME
soî-dîsant pour s'arranger à l'amiable devant le tribunal, et les jettent traîtreusement en prison. Là on les menace, on les bat Té-lao-yé décharge contre ces pauvres gens toute la bile que, depuis deux ou trois ans, il a amassée contre nous.
Apprenant les mauvais traitements qu'on fait subir à ses néophyteSjleP.Birbes se rend SiuyafPten:^ Si quelqu'un a péché, dit-il, c'est moî. Pourquoi bat-on des gens inofïensifs et complètement innocents ? > Mais on lui ferme la porte et on refuse de l'entendre.
Pendant ce temps on fait des menaces terribles contre les missionnaires et contre nos néophytes... On va brûler l'église et saccager les maisons... On va mettre tout à feu et à sang. La nuit, les chrétiens sont obligés de veiller pour éviter une surprise. Toutefois, malgré tout ce tapage, on ne se laissa pas trop intimider. Mais les chrétiens emprisonnés ne recouvraient pas leur liberté. Pour les délivrer, mon confrère dut sacrifier une somme d'argent C'était tout ce que demandait le mandarin ; dès lors, l'affaire était finie et l'illustre Té-lao-yé décida dans sa sagesse que chacun devait rentrer chez soi et s'y tenir tranquille, qu'il fallait surtout oublier le passé par amour de la concorde et de l'union fraternelle.
Restait une autre affaire que nous aurions bien voulu éclaircir, c'était le vol commis dans la chapelle de Tsao-kia-yn, Les voleurs étaient connus. Les objets dérobés consistaient en croix, chandeliers qui, dorés pour la plupart, passaient pour être d'or pur aux yeux des braves paysans de Kiu-tsin et excitaient depuis longtemps leur convoitise.
Mais comme les preuves n'étaient pas convaincantes pour des esprits prévenus contre nous comme ceux de nos mandarins, nous pensions bien que notre accusation demeurerait sans effet C'est ce qui eut lieu.Le digne Té-lao-yé dut éprouver un moment de douce satisfaction en apprenant notre déconfiture. Il se promit bien de ne rien faire pour nous et il ne fit rien en effet
HUIT ANS AU YUN-NAN. lO
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SOMMAIRE : Négociations pour l'achat d'un terrain chez les Lo-los. — Han-tchen, ses exactions, sa ruine et sa mort. — M. Margary au Yun-nan.
^^^^^EPUIS rétablissement de la mission dans le
}p district de Kiu-tsin, nous avions toujours vécu K au jour le jour, obligés de tout acheter sur les
fc^S^^S^ marchés, payant à certaines époques les denrées alimentaires à un prix fortélevé. A la vérité, jusqu'alors, nous n'avions pu faire autrement, car notre position n'était ni sûre, ni stable.
Mais la situation avait changé depuis, nous étions établis dans ce lieu d'une manière définitive, le moment paraissait venu de nous créer quelques ressources, et surtout de prendre les mesures nécessaires pour former les enfants de nos orphelinats à la culture, sans être obligés de les confier à des étrangers,ni deles exposeràtousles dangers qui se rencontrent en pays païen. Il avait été convenu avec Mgr Ponsot qu'on profiterait de la première occasion favorable pour faire l'acquisition de quelques champs.
Le bruit se répandit bientôt dans toute la plaine que nous voulions acheter une propriété, et quantité de gens ruinés vinrent nous faire offre de services. On nous fit mille propositions inacceptables. Enfin on nous offrit un vaste terrain appartenant à une tribu de Lolos, situé près du village de Pé-chy-ngayt'jr^w/ de la roche blanche^tt dépendant àxxthou-ssé (chef) de Sy-lièou-chouy, nommé Hay.
La famille Hay était à peu près ruinée et cherchait partout de l'argent sans en trouver. Le chef de la famille venait de mourir et n'avait pas laissé d'enfants, les deux frères songeaient à se partager la succession, sans savoir encore lequel des deux porterait le titre de t/iou-ssé. Car ce titre ne se transmet
que de père en fils. Il leur fallait recourir à Pékîng et pour cela faire de grandes dépenses. Or ni l'un ni l'autre n'avait l'argent nécessaire. Nous nous décidâmes en conséquence, à entrer en négociation avec eux.
Les habitants dePé-chy-ngay nous connaissaient de longue date, et plusieurs nous étaient attachés, bien qu'il n'y eût encore aucun chrétien parmi eux. En apprenant que nous voulions -acheter leur terrain, ils furent dans l'enthousiasme et nous dépêchèrent le plus influent d'entre eux, nommé Tchang, pour nous inviter à nous rendre dans leur village et commencer les pourparlers. Nous y allâmes, en effet, et ces braves Lolos nous traitèrent de leur mieux et nous offrirent l'hospitalité dans la plus belle maison de la localité.
Le lendemain, nous visitâmes la propriété que nous avions en vue, elle comprenait des rizières et quelques champs oii l'on pouvait cultiver le blé, l'avoine, le maïs, etc.. Ce terrain était en friche et en partie couvert de broussailles. Cette propriété nous convenait parfaitement pour le but que nous nous proposions, mais le prix d'achat était bien élevé pour notre pauvre bourse, il était de 12 à 1500 taëls (de 10 à 12.000 fr.). Où trouver cet argent ? Néanmoins, dans l'espoir d'obtenir des conditions plus favorables, nous résolûmes de poursuivre les négociations.
Peu de temps après, nous nous rendîmes à Sy-lîeou-chouy trouver les frères Hay. Plusieurs Lolos nous accompagnaient ; Tsang de Pé-chy-ngay était du nombre. Tout d'abord, on nous fit bon accueil, mais nous ne tardâmes pas à nous aper-' cevoir qu'il y avait quelque chose de louche dans la manière d'agir des chefs Zé?/^?^, et nous n'en dissimulâmes pas notre mécontentement à Tchang, leur homme d'affaire.
Celui-ci jura le contraire et, afin de le prouver, il dépêcha sur-le-champ un homme à cheval annoncer notre retour à Pé-chy-ngay et nous y préparer un bon souper, car, dans un moment d'humeur, nous avions déclaré que nous rompions toute négociation et que nous repartions à l'instant même.
Nous repartîmes en effet. La nuit nous prit en route, mais
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les Lolos connaissaient parfaitement le chemin et nous arrivâmes bientôt à Pé-chy-ngay. Nous trouvâmes tous les habitants du village, rassemblés et prévenus de la tournure que prenaient les choses, ils en étaient tout désolés: « Pères, nous dirent ces bonnes gens, nous aussi, nous nous sommes aperçus que la conduite de Tchang n'est pas droite. On dit qu'il a été circonvenu par Han-tchen, notre voisin, qui, depuis longtemps, convoite ce terrain.
Nous remerciâmes ces braves Lolos^ car nous savions que leurs paroles étaient sincères.
Ce Han-tchen, dont il vient d'être parlé, était un mandarin du pays, assez haut globule militaire, qu'on disait très riche. En tout cas, il était puissant et très redouté dans la contrée.
En 1870, alors qu'on était au fort de la guerre contre les musulmans, partout on faisait des réquisitions d'hommes, d'animaux et surtout d'argent ; ce n'était que plaintes et mécontentement dans tout le pays. Les populations, écrasées d'impôts et de corvées, se montraient patientes, cependant, et résignées. Un petit mandarin, alors au commencement de sa fortune, se fit remarquer entre tous par ses exigences impitoyables. C'était précisément ce Han-tchen qui demeurait dans le Tong-chan, à quelques ly seulement de Pé-chy-ngay. En peu de temps, il fut l'objet de l'exécration universelle, mais, comme il avait la force en mains, personne n'osait souffler mot : bien au contraire, on le traitait en prince partout où il passait. Chacun avait peur de s'attirer sa haine
Lui en profitait pour se faire une fortune colossale. Il se bâtit un immense château, il emplit ses greniers et entassa l'argent au fond de ses coffres. Pour comble de bonheur, il reçut du gouverneur Tsen un globule rouge, avec le grade de colonel. Tout lui réussissait à merveille et personne ne savait où s'arrêterait la fortune de cet homme.
Tel était l'individu qui venait se mettre en travers de nos projets, car lui aussi songeait à agrandir ses domaines qui étaient contigus à celui que nous avions en vue et il eût
Mandarin militaire du Yun-nan.
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