CHAPITRE DIX-SEPTIEME
troduisirent dans le même oratoire, en pratiquant une brèche dans la muraille, ils pénétrèrent dans ma chambre. Là se trouvait tout mon avoir, il était renfermé dans deux malles. Tout fut enlevé, même les malles.
L'affaire fut aussitôt portée au tribunal de Lan-lin, mais l'ami Té-lao-yé avait bien d'autres soucis. Il ne daigna pas même répondre. A mon retour de Yun-nan-sen, je portai de nouveau plainte, et cette fois d'une manière plus accentuée. Alors le mandarin se montra complaisant et fit bonne contenance. Il commença par dire qu'il savait que mes affaires n'étaient pas celles des Anglais, et il ajouta qu'il se ferait toujours un plaisir de les traiter, et en preuve de sa bonne volonté, il envoya des satellites arrêter les coupables. Mais, quand les satellites arrivèrent, ceux-ci avaient eu soin de prendre le large. Ce furent leurs parents et leurs voisins qui payèrent pour eux, mais, à la fin, ennuyés de se voir malmenés et rançonnés, lesdits parents et amis se rassemblèrent et tombèrent à l'improviste sur les satellites qu'ils rossèrent d'importance et obligèrent à partir. Eï, les choses en restèrent là.
Cette manière d'agir pourra surprendre ceux qui ne sont pas au courant des usages de la Chine, mais ce n'est pas chose rare, surtout dans nos parages. Il arrive souvent que les satellites, envoyés à la poursuite des malfaiteurs, sont poursuivis à leur tour et cruellement battus. Les émissaires dû prétoire ont tellement l'habitude de maltraiter les pauvres diables qui leur tombent entre les mains, qu'on les craint et qu'on les exècre comme la peste. Les satellites sont-ils les plus forts ? l'accusé et toute sa famille, coupables ou non, se sauvent et se cachent comme ils peuvent, et souvent pendant des mois entiers. Sont-ils les plus faibles et l'accusé a-t-il un peu d'audace ?... parents et amis se réunissent aussitôt et on tombe sur les prétoriens avec un sans-gêne et un entrain qui obtiennent plein succès.
Les satellites s'empressent de prendre la fuite et ne s'arrêtent plus qu'à la porte du ^a-men (prétoire). D'ordinaire on
Goos le
se contente de les rouer de coups sans attenter à leur vie ; car alors le cas deviendrait grave et le mandarin se verrait obligé d'agir avec vigueur. Il arrive cependant parfois que plusieurs satellites restent sur le carreau, c'est qu'alors les populations, poussées à bojt, ne calculent plus îa portée de leurs actes et n'ont qu'un seul but en vue, celui de se venger. Mais les prétoriens ont du flair ; quand ils sentent le danger, ils se montrent prudents; ils ont soin de venir en nombre et de se mettre à Tabri de toute surprise.
Notre Té- lao-yé, n'ayant point à venger la mort des siens, ne se sentit pas d'humeur à continuer pour nous la lutte. Il laissa les voleurs tranquilles et plus disposés que jamais à recommencer leurs méfaits.
Cependant, les Lolos étaient revenus à la charge et nous demandaient de nouveau à nous avoir au milieu d'eux. L'obstacle que nous avions voulu éviter venait d'ailleurs de disparaître. Notre compétiteur avait subitement quitté la scène de ce monde. On me permettra de rapporter ici le récit de ses derniers moments.
Han-tchen était à Tapogée de sa puissance. Il dominait toute la contrée ; son nom était dans toutes les bouches ; sa renommée même était répandue au loin. Ce fut là précisément la'cause de sa perte,
La guerre contre Tislamisme venait d'être terminée. II fallait de l'argent pour combler les vides faits dans le trésor public. Un ennemi de Han en souffla un mot au gouverneur Tsen. .
<C Grand homme, lui dit-il, vous avez un acte de justice à faire, . . Laissercz-vous les coffres de Han déborder d'argent, tandis que les nôtres sont à sec ? Grand homme, ayez pitié du peuple que le ciel vous a donné à conduire. ]&
Jamais, dit-on, Tidée de justice n'avait paru si belle et si sainte aux yeux de Tsen-ta-jen. Et jamais il n'avait sî bien compris ses devoirs à Tégard de son peuple,
€ Comment se peut-il que, sous mon gouvernement, il se commette de pareilles injustices, de si cruelles concussions î