CHAPITRE DIX-SEPTIEME- 1S
Je veux faire un exemple : je veux que tous, g^rands et petits, sachent bien que je n'ai jamais connu le mal sans le réprimer. ^
Quelques jours après, on apprenait à Kiu-tsîn que la fortune de Han-Kouan était chancelante. Ce fut alors comme un signal attendu et longtemps désiré.,- Vingt accusations partirent aussitôt de vingt endroits différents, faisant peser sur le pauvre H an les griefs les plus graves, Tsen n'en demandait pas tant, mais, comme de temps en temps il avait reçu de jolis cadeaux de la main libérale de Han, il voulut se piquer de reconnaissance et se montrer bon prince. Il mandadonc Han-tchen à son ja-men. Celui-ci, en bon Chinois, flaira le péril et pressentit un piège. N ^importe, il fallait partir, A tout événement, et pour parer au plus pressé, il remplit bien ses poches.
Que se passa-t-il daqs Tentrevue ?, < , Nul ne l'a pu entendre, mais tout le monde Ta su. Quand Han-Tchen sortit du palais, ses poches étaient vides j mais les remontrances devaient avoir été douces et paternelles, car il semblait tranquille et répondait d'un ton assuré à ceux qui s'empressaient autour de lui.
Néanmoins, il crut n'avoir pas fait assez et il tenta bientôt un second effort sur la vertu du Tsen ; mais cette fois l'intègre gouverneur consulta les intérêts de l'Empire ; l'accueil fut mauvais,
Han-Kouan, se sentant perdu, quitte le ya-men en proie aux plus tristes pressentiments. En passant sous la porte extérieure, près de l'endroit où s'affichent les édits, îl voit une grande pancarte revêtue des sceaux officiels. Il s'arrête machinalement et lit,,. Horreur ! ! \ C'était sa propre condamnation ! Han-Kouan est frappé d'épouvante, il court à son hôtel, fait seller son cheval et s'élance sur la route de Kiu-tsin,
Mais Tsen-fou-thay est immédiatement prévenu par ses espions * Han-Tchen était à peine hors des portes de la ville que quatre ou cinq cavaliers se mettent à sa poursuite
Goo; ^k
Mîeux montés que lui, ils lui laissèrent d'abord prendre Tavance. Quand îls virent qu'il allait atteindre Pan-Kiao, gros bourg à 40 ly de la capitale, ils le rejoignirent et lui tranchèrent la tête qu'ils rapportèrent à Tsen-fou-thay.
Ainsi se rend la justice en Chine, les brigands tuent les voleurs, jusqu'à ce qu'eux-mêmes soient exterminés à leur tour.
Han-Tchen mort, nous crûmes pouvoir reprendre les négociations avec les Hay au sujet du terrain de Pé-chyngay. Eux-mêmes nous faisant d'ailleurs des avances, rien ne s'opposait désormais à la conclusion du marché; plusieurs fois les deux frères Hay vinrent nous voir. Ils nous promirent même de se faire chrétiens avec tout leur peuple et fixèrent un jour pour adorer.
Nous les attendîmes sans trop nous fier à leurs paroles, car nous comprenions toute la difficulté qu'il y avait, pour des jeunes gens de leur condition, à renoncer au culte de la chair et de l'argent, pour embrasser la voie de la mortification et de la justice.
Mais si nous comptions peu sur la conversion des Hay, nous avions du moins l'espérance fondée de convertir un certain nombre de Lolos, Nos relations avec eux nous avaient mis à même de les connaître et de nous faire connaître d'eux ; ces bonnes populations, sans parti pris, sans préjugés de nation, sans culte, comme sans croyances, nous écoutaient volontiers et prêtaient attention à la parole de Dieu.
Les deux frères Hay ne vinrent point adorer. Bientôt même, ils ne parlèrent plus de nous vendre le terrain de Pé-chy-ngay.
Glîapitrc mjC'ftutttèmt.
SOMMAIRE: Tracasseries suscitées aux néophytes du village de Houang-kla-tchoiiaûg, — Conversions en plusieurs localités. — Persécutions à Pin-ngy-shien.
ENDANT que nous cherchions à nous établir ^ chez les Lo/os^ l*œuvre de l'évangélîsatîon de ^ Tang-kîa-ten et des environs se poursuivait avec fruit. Plusieurs familles aisées se déclaraient chrétiennes et cherchaient à faire de la propagande. Quelquesuns de leurs parents et de leurs amîs étaient venus peu à peu se faire inscrire sur les registres de M. Chareyre.
Dieu bénissait visiblement le début de ce jeune confrère dans la carrière apostolique, lorsque de nouvelles tracasseries des païens vinrent entraver son zèle et ralentir le mouvement vers lechristianisnna
Trois ou quatre familles de Houang-kia-tchouang^, village des environs de Kiu-tsin, avaient embrassé notre sainte religion. Leur conversion s'était faîte sans bruit Le chef de la famille Houang, qui le premier était devenu chrétien, avait décidé plusieurs de ses voisins à suivre son exemple. Déjà les catéchumènes étaient assez nombreux quand arrive le moment de se montrer et d'affirmer sa foi.
Les païens des environs avaient résolu de relever leur 7/i/a£?-/Ji^ (pagode), qu*une inondation avait emportée en 1871, Ils s'assemblèrent pour en délibérer Houang, qui était un des notables du lieu, refusa de paraître, alléguant qu'en sa qualité de chrétien, il ne pouvait prendre part à cette affaire.
Les païens irrités déjà devinrent furieux, en apprenant que plusieurs familles de la localité étaient dans les mêmes dispositions. Ils se concertèrent en conséquence et résolurent de frapper un grand coup, il y allait d'ailleurs du succès de leur entreprise.
Goo ^le
Ils adressent donc une sommation aux chrétiens du village et leur enjoignent de participer immédiatement aux frais de la construction, sous peine, en cas de refus, d'être accusés au tribunal de Lan-lin et chassés du pays.
€ Faites ce que vous voudrez, répondit Houang ; mais, quant à travailler à votre miao-tse, jamais. » Les païens exaspérés se laissent aller à toutes sortes d'excès, lés catéchumènes sont grossièrement insultés, on les menace de toutes les violences.
Prévenus de ce qui se passe, nous rassurons nos gens de notre mieux, nous leur disons qu'ils n'ont rien à craindre, qu'il en est de même partout dans les commencements. Sur le désir qu'ils nous en expriment, nous leur promettons d'aller leur faire visite chez eux et de demander à leurs ennemis compte de leur conduite. Nous savions, d'ailleurs, par expérience, que, le plus souvent dans les cas de ce genre, il suffit de se montrer pour que tout rentre aussitôt dans l'ordre.
Nous connaissions le jour oïl les païens devaient aller déposer leur accusation contre les chrétiens, nous fixâmes notre visite au lendemain de ce jour, et suivis de plusieurs chrétiens de nos autres villages, nous arrivâmes à Timproviste à Houang-kîa*tchouaçig. A peine la nouvelle de notre venue eut-elle été connue que ce fut une panique générale parmi les fougueux restaurateurs des/^/^jj^r/n* (idoles), Quand nous nous présentâmes à la porte du principal meneur, après nous être fait précéder de nos cartes, toute la famille vint au devant de nous,nous assurant que son chef était absent depuis longtemps, et que tout ce qu*on nous avait rapporté sur leur compte n'était qu'une indigne calomnie, inventée pour leur nuire : € Qui oserait, disait-on, proférer jamais une parole malsonnante contre votre précieuse religion et contre de grands personnages comme vous ! >
Nous faisons semblant d'être impitoyables et prenant un air menaçant : € Si jamais, disons-nous, on prononce un seul mot contre nous... si jamais on cherche querelle aux