‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 61 sur 74 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

passer quelques nuits à réfléchir dans les prisons du prétoire.

En voyant son père emmené par les satellites, la fille de Ouang ne put s'empêcher de lancer toutes sortes de malédictions contre les chrétiens et les barbares d* Occident II était difficile aux néophytes de demander raison à une femme de ses emportements. Nos chrétiennes se chargèrent de la chose et agirent si bien que la noble fille du seigneur deLong-tan-ho fit ses excuses, et demanda pardon des injures qu'elle s'était permises vis-à-vis de notre sainte religion.

Depuis, tout est rentré dans le calme, personne dans cette localité ne souffle mot contre la doctrine du Maitre du ciel, et Ouang -kouan-eul se tient sur la plus grande réserve.

Cependant, le terrain de Pé-chy-ngay avait été vendu à notre insu et en secret à un petit mandarin de la plaine, nommé Shîa. Les Lolos en furent désolés et nous dûmes leur adresser quelques consolations. C'est alors qu'ils résolurent de professer définitivement le christianisme. Presque tout le village se déclara chrétien. M. Fenouil qui, depuis mon départ pour Long-ky, était venu se fixer à Tsao-kia-yn et avait pris en mains l'administration du district de Kiu-tsin, alla en personne présider à l'adoration de ces braves gens; elle se fit avec toute la solennité possible. Depuis longtemps déjà ils avaient songé à embrasser notre sainte religion, mais ils avaient toujours dîfiléré sans savoir pourquoi. Aussi, dès que l'un d'eux eut fait le premier pas, tous, ou à peu près tous, le suivirent et adorèrent en masse.

Shia-kouan-eul, le nouvel acquéreur de Pé-chy-ngay, n'était point de nos amis ; il avait toujours cherché l'occasion de nous nuire et plusieurs fois nous avions eu à nous plaindre du grand homme (car, ayant un bouton rouge à son bonnet, il a droit à ce titre). Il détestait quelques-uns de nos nouveaux catéchumènes, celui surtout qui le premier s'était déclaré chrétien et qui, d'ailleurs, avait fait tout son possible pour que le terrain nous fût vendu.

Un jour donc que \q grand Shia était de mauvaise humeur, il ordonne de saisir ce pauvre Lolo et prend plaisir à le faire

rouer de coups sous ses yeux, après quoi il lui adresse une allocution pathétique pour Tinvîter à venir se plaindre à nous et à réclamer notre intervention. Nous ne pouvions rien faire pour obtenir justice. Mais, dans la crainte de voir nos chrétiens en butte à de nouvelles vexations, nous fîmes notre possible pour demeurer en bons termes avec Shia-ta-jen et nous tâchâmes de ménager sa susceptibilité.

Mgr Ponsot avait dû recourir à Péking pourrégler différentes affaires depuis longtemps pendantes. Grâce aux bons offices de M. de Rochechouart, alors chargé d'affaires de France en Chine, on nous avait promis de s'occuper de nous. Les négociations ayant été continuées avec les autorités, nous obtînmes satisfaction sur plusieurs points.

Une des affaires que nous avions eu surtout à cœur de terminer, c'était celle du meurtre de Tchang-kouang-tsay. Les auteurs du crime étaient demeurés impunis : et le sous-préfet de Lan-lin avait, on s'en souvient, refusé d'accueillir la plainte de la mère du défunt. Enfin la famille Tchang put obtenir quelque satisfaction. Les meurtriers furent obligés d'entrer en composition avec elle. Ils lui offrirent une certaine somme d'argent (un millier de francs environ) et quelques biens communaux. Il était difficile de réclamer davantage. Quant à exiger la révision du procès, impossible d'y songer. Jamais les autorités de la province n'eussent consenti à se donner le dessous ou à s'avouer coupables de connivence dans le meurtre de Tchang-kouang.

Cette affaire terminée, on fit la translation du corps du martyr. La cérémonie eut lieu le lundi de la Pentecôte, 5 mai 1876. Une foule de chrétiens y assistaient. Revêtus du surplis, M. le provicaire et MM. Birbes et Chareyre récitaient les prières du rituel, tandis que les néophytes chantaient en chœur les prières pour les défunts.

Le cortège parcourut ainsi une distance de 5 à 6 /;' et traversa l'ancienne ville de Lan-ichen. Toute la population était accourue pour être témoin de ce spectacle, elle avait une attitude respectueuse et gardait un profond silence. A San-

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