CHAPITRE VINGTIEME
Comme on le voit, en temps de visite, nos habitations ne sont rien moins que splendides ; néanmoins c'est pour l'ordinaire, incomparjiblement mieux que le logement qu'on trouve chez les chrétiens. Ceux-ci, à la campagne et même à la ville, s'ils sont pauvres, n'ont, en dehors de l'appartement réservé aux femmes, qu'une seule pièce pour tous les autres membres de la famille et pour leurs hôtes. Là, le Père n*a plus sa chambre séparée où il puisse lire, écrire, réciter son bréviaire et trouver un peu de solitude. Il est chez les autres, avec tous les embarras d'un ménage, tout le train d'une ferme ou d'une maison de commerce. C'est à peine s'il peut se recueillir un peu et vaquer en paix à la prière, au milieu du tapage et dans un va et vient continuel. Aussi, rien n'égale le contentement du missionnaire qui, après un ou deux mois d'une pareille existence, revient à sa résidence où il retrouve pour quelque temps la solitude, la tranquillité et la paix.
SOMMAIRE : Persécution dans les environs de Pin-ngy. — ]4dlt en faveur de la religion. — Excursion chez les Loîos, — Shia-Kouan-eul et les habitants de Tang-kia-ten.
fhl raconté plus haut la persécution suscitée à Pin-ngy-shien par les lettrés, et j'ai dit comment le démon avait réussi à y arrêter le mouvement vers le christianisme. Restait la campagne, où nous comptions, en divers endroits, un certain nombre de catéchumènes qu'on avait laissés jusque-là fort tranquilles. Pendant quelque temps, les païens des environs attendirent l'effet de la persécution de Pîn-ngy. Voyant que ses auteurs n'étaient pas inquiétés, ils s'enhardirent et voulurent
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se donner le plaisir de molester leurs voisins qui avaient embrassé la foi chrétienne.
On répandit d'abord des bruits malveillants contre nous et les chrétiens. Un vol était-il commis... s'agissait-il d'un meurtre } c'étaient les Européens qui en étaient les auteurs.. • On racontait qu'ils allaient exciter une révolte dans tout l'Empire. Le danger était imminent... on avait mis leur tête à prix. En un mot, mille rumeurs plus invraisemblables, plus ridicules les unes que les autres, circulèrent dans le pays pendant plusieurs mois.
Nous n'en fûmes pas troublés, mais nous eûmes peur pour nos catéchumènes.
En effet, des paroles on passa bientôt aux voies de fait. Voici à quelle occasion. Pour mettre, sans doute, la contrée à l'abri de la peste des barbares d! Occident, les plus zélés d'entre les païens résolurent, d'un commun accord, d'élever un temple aux idoles. On voulut que les chrétiens contribuassent comme les autres à sa construction, et on usa de menaces pour les y contraindre. Nos pauvres gens terrifiés vinrent alors faire part aux missionnaires de leurs alarmes
On les engagea à demeurer fermes et à ne pas participer à un acte que réprouve la foi. Les catéchumènes promirent de montrer du courage et revinrent plus forts dans leurs foyers. Mais, à leur retour chez eux, ils furent saisis par les païens que le petit mandarin de la localité encourageait, et on leur signifia l'ordre de prendre part aux travaux du miaO'tsé, sous peine d'exil et de confiscation des biens. Non baptisés encore, et partant peu affermis dans la foi, ces pauvres catéchumènes n'osèrent, hélas ! s'exposer aux rigueurs de la persécution, et se soumirent à ce qu'on exigeait d'eux. Un d'entre eux, cependant, ayant montré plus de courage et s'étant refusé à travailler à la pagode, fut aussitôt appréhendé, roué de coups, de telle sorte qu'on lui arracha une partie de la chevelure.
Peu de jours après, nous apprîmes ce qui venait de se passer. On envoya un homme sur les lieux pour examiner
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