CHAPITRE VINGT-ET-UNIEME
n-obligea pas le grand homme à porter ailleurs le corps de son vieux père. On a laissé ainsi ouverte une porte à de nouvelles chicanes et à de nouveaux procès, et Shia ne manquera pas d'en profiter à la première occasion.
SOMMAIRK : Troubles dans le pays. — Établissement de la religion chrétienne et conversions à Ma-long-tchëou,Uë-tchéou, San-tcha, Tchang-y-tchëou et autres localités. — Progrés de la foi et espérances pour l'avenir.
OMME il a été dit plus haut, la foi avait fait des progrès assez rapides à Tang-kia-ten et dans les environs. Deux catéchistes surveillaient et dirigeaient le mouvement. Mais l'éducation chrétienne des femmes était forcément bien négligée. C'est à peine si, de temps en temps, une des religieuses de Tsao-kiayn ou de San-pé-hou, pouvait venir passer une dizaine de jours au milieu de ces néophytes, qui avaient cependant si besoin d'être soutenues, encouragées et instruites.
On résolut en conséquence de s'adresser encore une fois à Mgr de Philomélie qui, malgré la pénurie de maîtresses d'école, dont souffrait également le bas Yun-nan^ eut la bonté d'envoyer deux vierges pour Tang-kia-ten. Cela portait à six le nombre des religieuses employées dans le district de Kiutsin. C'était bien peu pour tenir trois orphelinats et autant d'écoles de jeunes filles.
Nous pûmes cependant, mieux que par le passé, faire face à la situation, détacher même une ou deux maîtresses d'école et les envoyer dans les nouvelles chrétientés que nous fondions, pour préparer les femmes à la réception du baptême.
Mais les rumeurs, les calomnies contre les Européens,con
tînuaîent d'avoir cours dans le pays et nuisaient au progrès de la foi. Un événement purement local ne fit qu'accréditer ces bruits. Depuis longtemps, deux familles puissantes de la contrée, nommées Tchang et Ly, étaient en lutte ouverte, et les violences auxquelles elles se portaient Tune contre l'autre, avaient déjà fait plusieurs victimes. Les populations, effrayées par ces rivalités et les crimes qu'elles causaient, en accusaient les Européens ; on racontait que les Anglais avaient pris les armes pour venger la mort de leur compatriote.
Cependant la vérité ne tarda pas à se faire jour. La famille Tchang, qui était plus riche et plus influente que sa rivale, enrôla plusieurs centaines de brigands, elle tomba sur la famille Ly qui, bien que préparée, ne put soutenir le choc et fut presque anéantie. Le chef de la famille vaincue avait échappé au massacre ; mais, désormais hors d'état de tenir la campagne, il dépêcha des courriers avertir les mandarins de la capitale de ce qui venait de se passer. Aussitôt six cents soldats, sous la conduite d'un officier supérieur, sont envoyés à Pan-kiao, le théâtre des hostilités.
Abusant de leur victoire, les troupes de la famille Tchang s'étaient portées aux derniers excès. Tout ce qui appartenait aux Ly avait été enlevé ou détruit, les maisons brûlées, beaucoup de gens avaient péri et ceux qui, de près ou de loin, leur avaient prêté main forte, étaient poursuivis et n'avaient dû leur salut qu'à la fuite.
Enfin les troupes chinoises arrivent ; les Tchang se sentant perdus, aveuglés d'ailleurs par le désir de la vengeance, réunissent tout leur monde et se battent avec acharnement contre les soldats de l'empire. La lutte dura plusieurs jours ; plus de trois cents hommes furent tués de part et d'autre. A la fin, les Tchang, abandonnés par les gens qu'ils avaient soudoyés, succombèrent et tombèrent au pouvoir des mandarins. Plusieurs furent pris les armes à la main ; le mandarin militaire, qui commandait l'expédition, fit couper la tête à tous les prisonniers et ne réserva que le chef de la famille, auteur de toute cette affaire, pour le conduire à la capitale