‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 68 sur 74 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIEME

et lui faire subir les tourments réservés aux fauteurs de rébellion.

On sera peut-être étonné que pareils faits puissent se produire dans un empire où Ton s'est plu à considérer l'autorité comme toute-puissante. Ces révoltes locales ne sont malheureusement pas rares dans nos contrées, et il ne se passe presque pas d'années qu'on n'en ait à enregistrer plusieurs. Tantôt, ce sont des chefs de bandes, véritables brigands sans foi ni loi, qui pillent et détruisent parfois des villages entiers. Sous prétexte de service public, ils prennent à leur solde autant de vagabonds qu'il leur plaît et s'en vont imposer partout leurs volontés. C'est surtout en temps de guerre, alors qu'il est fort dangereux de contrôler leurs actes, que ces petits tyrans se portent à tous les excès contre le pauvre peuple laissé sans défense.Tantôt, ce sont des chefs de village, hommes résolus jusqu'à l'audace, qui prétendent être les maîtres chez eux et ne permettent pas aux mandarins de s'immiscer dans leurs affairés.

C'est ainsi que dans un grand village, au milieu des montagnes, tout près de Pié-té, le maire qui, plus d'une fois, avait eu maille à partir avec la justice, s'était tout simplement insurgé contre l'autorité. Pendant cinq ou six ans, il tint en échec le mandarin de Pin-ngy. Bien souvent on chercha à s'emparer de lui par force ou par surprise, sans pouvoir jamais y réussir. Il avait fortifié son camp et pouvait défier une armée. Non seulement il bravait les autorités, mais il écrasait le peuple d'impôts, le traitait avec la dernière rigueur, et se riait des accusations portées contre lui. Son nom faisait trembler tout le pays. Enfin, un beau jour, il fut assassiné dans sa forteresse et toute sa famille fut exterminée. Les populations avaient trouvé l'occasion de se faire justice ellesmêmes et ne l'avaient pas manquée.

Plusieurs fois, dans mes voyages, j'ai été témoin de ces luttes fratricides et sanglantes.Après la pacification du Kouytclïéou et du Yun-nan, plusieurs de ces chefs de pillards et d'assassins qui s'étaient plus battus pour leur propre compte

HUIT ANS AU YUN-NAN. la

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que pour les intérêts de TEmpire, furent arrêtés et mis à mort. D'autres durent chercher le salut dans une fuite précipitée et abandonner tout le butin qu'ils avaient fait.

Aujourd'hui que le militarisme est moins à Tordre du jour, les faits que je viens de raconter sont devenus un peu plus rares ; mais ils sont encore malheureusement trop fréquents.

Revenons à notre sujet. Pendant le carême de cette année 1877, un individu du nom de Tchang, globule militaire, se présenta à M. Birbes. II était de Ma-long-tchéou,et venait, disait-il, pour se faire chrétien. Puis, il ajouta qu'il s'était entendu avec plusieurs lettrés et notables de cette ville afin de s'enquérir de la religion du Maître du ciel, et qu'ils étaient tous résolus à l'embrasser, si elle était réellement véritable.

C'était une bonne nouvelle et M. Birbes accueillit dé son mieux celui qui en était le porteur. Cet homme, du reste, avait des manières distinguées, et il était instruit. Pendant les deux ou trois jours qu'il passa à San-pé-hou, il lut nos livres de doctrine et de controverse, puis il fit son adoration. A son retour chez lui, il paraissait satisfait et il promit de revenir bientôt.

A Pâques, en effet, il était de retour à San-pé-hou, maïs cette fois, les nouvelles n'étaient plus aussi bonnes. Quelques lettrés de Ma-long ne voulaient pas de la religion, et en apprenant que Tchang-Kouang-eul l'avait embrassée et que plusieurs songeaient à l'imiter, ils ne cachèrent pas leur mécontentement et résolurent de le leur faire sentir.

Des placards anonymes furent affichés en divers quartiers de la ville contre notre sainte religion et ceux qui la prêchaient. Tchang ire fut pas épargné ; on lui prodiguait les plus grossières insultes. Mais celui-ci n'était pas homnïe à se laisser intimider si facilement ; décidé à tenir tête à l'orage, avec le concours de quelques bacheliers et de quelques petits mandarins ses amis, il se procura des échantillons de l'écriture de tous les lettrés de Ma-long, et les confronta avec les placards diffamatoires.

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