CHAPITRE YINGT-ET-UNIEME
Or, îl se trouva que les auteurs de ces écrits étaient deux des plus influents parmi les lettrés de la ville, ceux-là mêmes qui, du temps de Tchen-lao-yé, avaient déjà affiché plusieurs libelles contre les chrétiens. Tchang-Kouang demanda aussitôt à ces deux personnages raison de leurs attaques injurieuses. Ceux-ci nièrent être les auteurs de ces placards et prétendirent qu'on avait imité leur écriture dans l'intention de leur nuire.
Cependant les rumeurs continuaient à circuler, on menaçait de tuer Tchang avec toute sa famille. Celui-ci répond qu'il est prêt et qu'il attend de pied ferme les assaillants. En même temps il prévient le mandari n de la ville et porte plainte contre les auteurs de ces bruits et de ces libelles. Le mandarin lui recommanda la prudence, l'assurant d'ailleurs qu'il ne lui arriverait rien de fâcheux.
En effet, en apparence du moins, il n'arriva rien de bien fâcheux, car ces vaillants agresseurs eurent soin de se tenir hors de la portée de la rude main du Tchang. Mais, parmi ceux qui tout d'abord avaient eu l'intention d'embrasser notre sainte Religion, plusieurs n'osèrent donner suite à leur dessein et cédèrent à la peur. Lorsque M. le Provicaire, invité par Tchang-Kouang, se rendit à Ma-Long, il n'eut à enregistrer que dix-sept adorations dans cette ville, tandis qu'auparavant on assurait que la moitié des habitants étaient disposés à embrasser le christianisme.
Néanmoins, parmi ces adorations, il y en avait une qui donnait des espérances particulières, c'était celle d'un mandarin subalterne nommé Shû, très influent dans son pays, à 30 ly de Kîu-tsin. Cette localité, qui se trouve sur la grande route du Yun-nan au Kouy-tchéou, est très populeuse et très animée ; son nom est San-tcha. Tout porte à croire que si ce Shû-Kouan est vraiment de bonne foi, comme il le paraît, et qu'il s'est fait chrétien dans l'unique but de sauver son àme, notre sainte religion comptera bientôt de nombreux adeptes non seulement à San-tcha, mais encore dans les environs.
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M. Fenouil était de retour de Ma-Long depuis quelques jours, quand il reçut la visite d'une dizaine d'indjvidus de la ville de Ué-tchéou. Ly-ta-chao-yé, dont il a été parlé plus haut, était à leur tête et ils venaient se faire chrétiens. Au premier abord, M. le Provicaire fut très surpris : était-il vraiment possible que Ly-ta-chao-yé voulût embrasser le christianisme? On pouvait bien en douter. Mais celui-ci paraissait parfaitement décidé, il fit son adoration avec tous ceux qui le suivaient et promit, si besoin était, de mettre son bras et son épée au service de la religion.
Bien que la démarche d'un homme de cette trempe ne nous inspirât pas toute la confiance voulue, nous étions, cependant, très heureux de le voir dans ces dispositions. Son influence pouvait nous être utile ; sans parler de nos anciens catéchumènes qui avaient cédé à la peur et qui désormais auraient peut-être le courage de revenir à Dieu, plusieurs, sans doute, pensions-nous, suivraient son exemple et feraient la même démarche que lui.
On se souvient d'un mandarin dont j'ai longuement parlé, nommé Han-tchen, qui nous avait disputé le terrain de Péchy-ngay et que Tsen-ta-jen avait fait décapiter. La haine dont il avait été l'objet et la victime, de son vivant, poursuivit encore sa famille après sa mortSon fils unique Han-ta-chao-yé fut en butte à la malveillance des anciens ennemis de son père. Accusé plusieurs fois devant les tribunaux de Kiu-tsin et de Yun-nan-sen, il fut obligé de sacrifier des sommes énormes pour satisfaire aux exigences de ses accusateurs et à la cupidité des prétoriens peu disposés à lâcher une si bonne proie.
Han-ta-chao-yé, trompé par les amis de son père, exploité et poursuivi par ses ennemis, tracassé par la justice, ne savait où donner de la tête. A la capitale où u se trouvait à cause de ses procès, il vint trouver le missionnaire quî y résidait et promit de se faire chrétien. Celui-ci le soutint et l'encouragea, tout en lui faisant remarquer la vanité des choses d'icî-bas.